Ce qui est vrai le restera-t-il toujours ?
Extrait du document
«
Définition des termes du sujet:
— Vrai : caractère de ce qui est conforme à la réalité, ce qui est réellement.
— Être : ici, présenter les caractères de, consister en,...
— Rester : continuer d'être dans un état, subsister à travers le temps ; ne pas être détruit malgré l'écoulement du
temps.
— Toujours : à tout moment, à toute époque ; éternellement, perpétuellement.
Sens du sujet
Ce qui est réellement présentera-t-il éternellement ce caractère ? Dire que le vrai est en devenir, n'est-ce pas
mettre en doute l'existence même d'une vérité qui nous échapperait sans cesse ?
Plan
1.
Thèse
Ce qui est vrai ne le restera pas toujours, car le vrai est mobile.
Une vérité plus mobile, fruit d'une expérience immédiate qui l'engendre.
Vers la tolérance.
Si la certitude subjective, voire la passion et le désir, engendrent un vrai et une vérité qui, dès lors, ne
transcendent plus la sphère de la Personne ni de l'individuel, la vérité est,
dès lors, plus mobile, elle échappe à l'immuabilité.
Cette donnée mobile et vivante est le fruit d'une expérience
immédiate, et non point d'un itinéraire semblable à la dialectique, d'un cheminement réglé, intellectuel et progressif.
On notera que, dans cette perspective, la vérité cesse de conduire au dogmatisme ou à un modèle de politique
autoritaire, comme dans le cas précédent.
S'il y a des vérités plurielles, individuelles, alors la tolérance accompagne
le jugement subjectif de l'esprit pensant, le désir (subjectif) se connaît dans sa relativité.
Le jugement subjectif et ses critères.
Le doute porte d'abord sur l'accession à la connaissance de l'Idée.
Quel critère permettra de savoir si l'on a atteint
l'Idée ? Platon ne la déclare-t-il pas lui-même, dans le Parménide, pratiquement inaccessible ?
Or l'expérience immédiate et quotidienne nous incite à déclarer vrais toutes sortes de phénomènes qui se déroulent
devant nous.
Le soleil est très chaud aujourd'hui : voilà un énoncé que nous déclarons être vrai sans hésitation.
Dès
lors, notre opinion ou notre « croyance » subjective peuvent se substituer à la vérité « objective ».
Cette opinion
correspond à l'état d'esprit variable de l'individu tenant une proposition pour déterminée et fixée, alors qu'elle est
relative à lui-même.
Dès lors, le jugement subjectif marque de son sceau toute assurance et tout rapport au vrai.
C'est en nous-mêmes que vont se trouver les critères du vrai et non plus dans quelque puissance extérieure
inaccessible.
— Le « sentir » des Sophistes
Une des premières réponses, purement subjectives, à la question « qu'est-ce que le vrai », nous fut, en effet,
apportée par les Sophistes.
Ces maîtres de rhétorique et d'éloquence, qui vécurent, pour l'essentiel, au Ve siècle
avant J.-C., et dont le plus célèbre fut Protagoras d'Abdère (484-404), professaient que la science et la vérité ne
sont rien d'autre que la sensation.
Telle une chose m'apparaît, telle elle est.
Si le vent est froid pour moi, froid il est
en soi.
Telles chacun sent les choses, telles elles sont.
La sensation a toujours un objet réel et n'est pas
susceptible d'erreur.
En nous-mêmes, en notre sensibilité subjective, se trouvent donc les critères du vrai.
Les
Sophistes affirmaient un subjectivisme radical.
Le sophiste Protagoras, écrit Diogène Laerce « fut le premier qui déclara que sur toute chose on pouvait
faire deux discours exactement contraires, et il usa de cette méthode ».
Selon Protagoras, « l'homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui
ne sont pas en tant qu'elles ne sont pas » Comment doit-on comprendre cette affirmation ? Non pas, semble-t-il,
par référence à un sujet humain universel, semblable en un sens au sujet cartésien ou kantien, mais dans le sens
individuel du mot homme, « ce qui revient à dire que ce qui paraît à chacun est la réalité même » (Aristote,
« Métaphysique », k,6) ou encore que « telles m'apparaissent à moi les choses en chaque cas, telles elles existent
pour moi ; telles elles t'apparaissent à toi, telles pour toi elles existent » (Platon, « Théétète », 152,a).
Peut-on soutenir une telle thèse, qui revient à dire que tout est vrai ? Affirmer l'égale vérité des opinions
individuelles portant sur un même objet et ce malgré leur diversité, revient à poser que « la même chose peut, à la
fois, être et n'être pas » (Aristote).
C'est donc contredire le fondement même de toute pensée logique : le principe
de non-contradiction., selon lequel « il est impossible que le même attribut appartienne et n'appartienne pas en
même temps, au même sujet et sous le même rapport ».
Or, un tel principe en ce qu'il est premier est inconditionné
et donc non démontrable.
En effet, d'une part, s'il était démontrable, il dépendrait d'un autre principe, mais un tel
principe supposerait implicitement le rejet du principe contraire et se fonderait alors sur la conséquence qu'il était
sensé démontrer ; on se livrerait donc à une pétition de principe ; et d'autre part, réclamer la démonstration de
toute chose, et donc de ce principe aussi, c'est faire preuve d'une « grossière ignorance », puisqu'alors « on irait à.
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