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Bergson et la pure durée

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La pure durée pourrait bien n'être qu'une succession de changements qualitatifs qui se fondent, qui se pénètrent, sans contour précis, sans aucune tendance à s'extérioriser les uns par rapport aux autres, sans aucune parenté avec le nombre: ce serait l'hétérogénéité pure. Bergson

« PRESENTATION DE "ESSAI SUR LES DONNEES IMMEDIATES DE LA CONSCIENCE" DE BERGSON Cet essai est la thèse de doctorat de Bergson (1859-1941), élève de l'École normale supérieure puis professeur de philosophie.

Il y défend, contre le scientisme et le positivisme, courants de pensée dominants au XIXe siècle, la possibilité et la prééminence d'une intuition métaphysique de la durée et de la liberté.

Il y montre que la science expérimentale confond la durée, qui est la dimension propre de la conscience, avec l'espace, qui est la dimension dans laquelle se déroulent les phénomènes physiques.

Le besoin de séparer et de distinguer les phénomènes les uns des autres pour la commodité de la vie sociale conduit les hommes à ignorer leur vie psychique profonde et personnelle au profit d'une représentation simplifiée et impersonnelle de leur expérience, transmise par le langage et la société. La pure durée pourrait bien n'être qu'une succession de changements qualitatifs qui se fondent, qui se pénètrent, sans contour précis, sans aucune tendance à s'extérioriser les uns par rapport aux autres, sans aucune parenté avec le nombre: ce serait l'hétérogénéité pure. Si grande que soit la diversité des thèmes abordés dans son oeuvre, Henri Bergson (1859-1941) est l'homme d'une intuition unique qui éclaire toutes ses idées.

Cette intuition est que les sciences positives éliminent la durée et que le vrai temps n'est pas celui que mesurent les scientifiques, mais la durée concrètement vécue, c'est-à-dire le temps de la conscience.

Les scientifiques qui s'épuisent à conceptualiser, à penser le temps à travers la spatialité, le continu à travers le discontinu, ne peuvent parvenir à saisir dans leur être vrai le changement, la vie. Penser le temps de manière abstraite, c'est, au fond, en détruire la réalité. Puisque les sciences positives éliminent la durée, il s'agit de la restaurer. Tel est le propos de l'Essai sur les données immédiates de la conscience (PUF), thèse pour l'obtention du doctorat que Bergson a soutenue à la Sorbonne en 1899, devant un jury où siégeaient notamment Emile Boutroux et Jules Lachelier.

On y trouve cette définition : « La pure durée pourrait bien n'être qu'une succession de changements qualitatifs qui se fondent, qui se pénètrent, sans contour précis, sans aucune tendance à s'extérioriser les uns par rapport aux autres, sans aucune parenté avec le nombre : ce serait l'hétérogénéité pure.

» Tous les phénomènes qui se produisent dans l'univers, tous les événements qui se déroulent dans l'histoire des hommes ont un commencement et une fin, donc une durée.

Appréhender cette durée, c'est, pour les scientifiques, la mesurer.

Or, la mesure du temps n'est possible que si l'on pose que celui-ci est homogène, c'est-à-dire qu'il s'écoule de manière régulière, toujours semblable à lui-même.

Mais s'il est facile de mesurer l'espace — la longueur d'un coupon de tissu, par exemple : il suffit de prendre une longueur étalon comme le mètre, de l'appliquer à la longueur considérée et de le rapporter sur elle autant de fois qu'il le faut —, il n'en va pas de même avec le temps qui est une succession irréversible dont on ne peut pas superposer les durées. Comment résoudre cette difficulté, sinon en traduisant le temps en espace ? C'est ce que font les scientifiques qui enregistrent des simultanéités et supposent que deux phénomènes qui commencent et finissent en même temps ont la même durée.

Mais comme l'affirme Bergson, le temps homogène est une création de l'esprit car, au fond, nous ne savons rien de ce qui se passe dans l'intervalle de ces deux simultanéités.

Le principe de la mesure du temps repose sur un postulat : « Il existe des mouvements uniformes et des mouvements périodiques se répétant dans des conditions identiques.

Ils sont eux-mêmes identiques et par conséquent de même durée.

» Une fois le temps spatialisé, on ne peut que se heurter à des paradoxes.

Admettons que le temps soit divisible à l'infini : il devient alors impossible de comprendre comment une heure peut s'écouler.

En effet, pour qu'une heure s'écoule, il faut d'abord qu'une demi-heure s'écoule, mais pour qu'une demi-heure s'écoule, il faut qu'un quart d'heure s'écoule, et ainsi indéfiniment.

Admettons alors que le temps est composé d'instants indivisibles : on ne voit pas comment une flèche peut atteindre sa cible, puisqu'à chaque instant donné, la flèche occupe une longueur égale à elle-même.

Or, être en mouvement consisterait pour elle non à coïncider avec sa propre longueur, mais à passer au-delà.

Autrement dit, à chaque instant donné, la flèche est dans un espace égal à elle-même, c'est-à-dire en repos ou immobile.

Il en résulte que si le temps est divisible en instants indivisibles, alors le mouvement est une suite d'immobilités.

Bergson en conclut qu'on ne peut mesurer le temps qu'en le dénaturant.

Le vrai temps est indivisible. Il en est de même du mouvement.

Mais les scientifiques le soumettent à la même analyse que le temps, en en faisant ainsi le symbole vivant d'une durée en apparence homogène : « On dit le plus souvent qu'un mouvement a lieu dans l'espace, et quand on déclare le mouvement homogène. »

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