Commentaire Linéaire : L'abbaye de Thélème Gargantua, Ch 57, François Rabelais, 1534
Publié le 23/09/2026
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Commentaire Linéaire : L'abbaye de Thélème
Gargantua, Ch 57, François Rabelais, 1534
Introduction :
La Renaissance est une époque florissante pour les intellectuels du XVI ème siècle.
La redécouverte de textes anciens permet aux artistes, scientifiques et lettrés d'Europe de
repenser la place de l'homme comme centrale, dans toutes les démarches intellectuelles.
Cette perspective permet l’essor d'un courant de pensée : l'humanisme.
Parmi les auteurs
illustres de ce mouvement nous trouvons François Rabelais.
Moine, médecin et homme
de lettres, il publie une série de trois livres concentrant la pensée humaniste : Pantagruel
en 1532 puis Gargantua en 1534 et enfin Le Tiers Livre en 1546.
Ces trois œuvres
retracent l'histoire d'une famille de géants, en quête de la vie la plus juste possible, par la
narration d' Alcofribas Nasier.
Dès le début du second roman, le narrateur – anagramme
de François Rabelais- s'adresse aux lecteurs en les nommant « buveurs très illustres ».
Dans Gargantua, le narrateur use de l'humour pour affirmer les grands principes de la
pensée humaniste.
Un passage pourtant, marque une pause dans la farce du roman :
celui de la description de l'Abbaye de Thélème, au ton bien plus sérieux.
Gargantua
devenu roi, offre une abbaye, Thélème, à son fidèle et valeureux compagnon d'aventure :
Frère Jean.
S'en suit alors un récit pour le moins surprenant du mode de vie des habitants
de l'abbaye.
La maxime centrale, « Fais ce que voudras » en est l'exemple : pourquoi
cette abbaye ne répond-elle pas aux dogmes religieux de l'époque ? Nous chercherons à
développer dans ce commentaire les éléments qui prouvent que Thélème n'est autre
qu'une utopie, portant les idées fondatrices de la pensée humaniste : d'abord car l'auteur
repousse toute règle de son utopie afin de permettre à ses habitants de s'accomplir
pleinement, mais aussi car la liberté offre aux thélémites un mode de vie communautaire
harmonieux et centré sur l'amour et la confiance.
I) Éloge de la liberté chez les thélémites :
La liberté est fondamentale, pour les humanistes, car elle prouve la confiance réelle
en la capacité humaine à aller vers le bien.
C'est d'ailleurs ainsi que l'auteur attaque sa
description, avec la précision répétée de l'absence de toute règle : ligne 1 « non par les
lois », « mais selon leur bon vouloir ».
Il fait aussi notion du « libre arbitre » des habitants :
la bonne conscience suffit aux habitants pour se guider vers ce qui sera bon pour eux.
D'ailleurs, lorsque François Rabelais inclus ensuite le travail à la ligne 2, c'est comme un
désir aussi fondamental que celui de boire ou de manger : « travaillaient » apparaît au
milieu d'autres verbes d'actions liés aux besoins primaires « mangeaient », « dormaient ».
Cela signifie en effet que naturellement, l'humain voudra se tourner vers l'élévation de son
esprit et le bien commun : personne ne dicte la routine de l'abbaye, elle s'effectue selon
les besoins de la communauté.
C'est en usant de la répétition lancinante d'adverbes
négatifs (« nul », « nul », « ne », « ni », « ni », « ni »,l3), que l'auteur appuie sur cette idée
de liberté absolue : rien, aucun commandement, personne n'impose à Thélème.
Cette
longue liste de l'opposition à toute gouvernance vient se conclure avec une seule et
unique règle, positive : « fais ce que voudras »(l4).
Or, dans un lieu anciennement dédié à
un mode de vie religieux, chronophage et réglé très précisément, la maxime est
surprenante.
Là encore, le narrateur décrit une utopie humaniste, où chacun peut suivre
son instinct car celui-ci est éclairé par l'éducation.
En effet, l'auteur nous dresse ici une liste de conditions à ajouter à la liberté pour
amener à l'harmonie possible dans la micro-société de Thélème : une bonne
instruction(« bien instruits », l5) et le partage de valeurs communes.
La répétition de
l'adverbe « bien » permet ici l'emphase du concept : tout à Thélème vise à mener l'Homme
vers le « bien ».
Si tout cela semble progressiste, il n'en demeure pas moins encré dans
son époque et la naissance (« bien nés »l5) permet ou non une libération.
Ici,l'auteur
glisse une précision de taille : la naissance conditionne l'éducation et le développement
moral.
Les Thélémites sont nés dans des conditions permettant leur épanouissement
intellectuel et sont donc dignes de confiance dans les choix qui seront les leurs au sein de
l'Abbaye.
Si ce droit de naissance précise l'incapacité de certains à user de leur libre
arbitre, le narrateur explique aussi la difficulté à prendre la bonne décision dans un monde
où la confiance n'est pas donnée aux humains.
Gardons bien en vue que par nature, l'humain est perfectible et cherchera à
s'améliorer dans l'idéal humaniste.
Dans ce premier paragraphe, nous notons des normes
très religieuses « vertu »(l6), « vice »(l6), que l'auteur vient agilement balancer avec le
terme « honneur »(l6), valeur qui permettrait aux humains de choisir le bien.L'auteur
réutilise tout un vocabulaire religieux (« vice », « vertu », « passion ») pour décrire
l'opposition entre les dogmes imposés pendant des siècles et la liberté offerte par
l'éducation humaniste.
La véritable foi doit être placée dans l'homme et non pas dans des
préceptes.
Ce qui empêche la paix pour l'auteur, est ce « joug »(l8) de la règle.
L'honneur
dont il est question chez les thélémites, est donc celui qui pousse l'homme à refuser de
s'assujettir s'il n'y voit pas son propre aboutissement, car la règle devient alors une
« contrainte »(l8).
En poursuivant cette confiance en l'homme les humanistes, inspirés par
les agoras antiques, offrent une nouvelle vision de la vie en communauté : personne ne
peut vouloir obéir sous la contrainte mais surtout, sans comprendre le but de la
soumission alors imposée.
Si Thélème est un havre de paix malgré l'absence de règles,
c'est qu'elle est fondée sur cet optimisme, cette confiance absolue en la bonté humaine.
II)La liberté permet une vie en communauté harmonieuse :
Après avoir traité de la liberté individuelle de chacun, permettant la liberté de tous
dans une première partie, l'auteur s'attache à développer l'idéal une vie en communauté
fondée sur le plaisir et l'émulation.
Nous verrons ici en quoi l'utopie fictionnelle de Rabelais
permet la démonstration d'un modèle humaniste respectant le corps, ses besoins et
l'expression des ses envies et parallèlement, glorifiant l'esprit et son expansion.
Enfin, il
s'agira de comprendre comment le respect de ces deux facette humaines permet un mode
de vie communautaire harmonieux, placé sous le signe de l'amour.
La ligne 11 marque un réel passage à une seconde idée dans le texte.
« Par cette
liberté » offre un repère dans l'argumentation rabelaisienne : toute la partie qui sera ici
développée dépend de la liberté débattue en amont.
En l'occurence, la liberté permet une
« louable émulation ».
Par cette expression, l'humaniste qu'est Rabelais offre une vision
positive de la dynamique de groupe: une fois libérés des règles, une fois leur libre arbitre
retrouvé, les thélémites peuvent profiter de rapports d'égalité au sein du groupe, comme
en témoigne l'envie collective de satisfaire un seul (l11).
Cette idée du collectif comme
besoin fondamental d'une vie juste est d'ailleurs la devise même du héros éponyme de
cette œuvre ; Gargantua lui-même vivant selon le précepte « La charité ne cherche pas son
propre avantage ».
L'expression de chacun devient alors collective.
L'importance du respect
de chacun au sein du groupe est soulignée par la première apparition de la voix des
habitants de l'abbaye : ligne 12, l'auteur nous offre un discours direct, en rupture avec la
description théorique.
Cette intrusion, dans l'argumentation, de la voix des thélémites vient
redonner toute son importance à leur corporalité : ils ont une voix et une voix collective,
qui vient affirmer les besoins de leurs corps.
L'auteur construit aux lignes 12 et 13 une
anaphore avec un parallélisme de construction sur trois besoins fondamentaux....
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