Colette, Les Vrilles de la vigne, « Le dernier feu »
Publié le 23/02/2026
Extrait du document
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Colette, Les Vrilles de la vigne, « Le dernier feu »
Parcours : La célébration du monde
Et les violettes elles-mêmes, écloses par magie dans l’herbe, cette nuit, les reconnais-tu ?
Tu te penches, et comme moi tu t’étonnes ; — ne sont-elles pas, ce printemps-ci, plus bleues ?
Non, non, tu te trompes, l’an dernier je les ai vues moins obscures, d’un mauve azuré, ne te
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souviens-tu pas ?...
Tu protestes, tu hoches la tête avec ton rire grave, le vert de l’herbe neuve
décolore l’eau mordorée de ton regard… Plus mauves… non, plus bleues… Cesse cette taquinerie !
Porte plutôt à tes narines le parfum invariable de ces violettes changeantes et regarde, en respirant
le philtre qui abolit les années, regarde comme moi ressusciter et grandir devant toi les printemps
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de ton enfance !...
Plus mauves… non, plus bleues… Je revois des prés, des bois profonds que la première
poussée des bourgeons embrume d’un vert insaisissable, — des ruisseaux froids, des sources
perdues, bues par le sable aussitôt que nées, des primevères de Pâques, des jeannettes jaunes au
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cœur safrané, et des violettes, des violettes, des violettes… Je revois une enfant silencieuse que le
printemps enchantait déjà d’un bonheur sauvage, d’une triste et mystérieuse joie… Une enfant
prisonnière, le jour, dans une école, et qui échangeait des jouets, des images contre les premiers
bouquets de violettes des bois, noués d’un fil de coton rouge, rapportés par les petites bergères des
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fermes environnantes… Violettes à courte tige, violettes blanches et violettes bleues, et violettes
d’un blanc bleu veiné de nacre mauve, — violettes de coucou anémiques et larges, qui haussent sur
de longues tiges leurs pâles corolles inodores… Violettes de février, fleuries sous la neige,
déchiquetées, roussies de gel, laideronnes, pauvresses parfumées… Ô violettes de mon enfance !
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Vous montez devant moi, toutes, vous treillagez le ciel laiteux d’avril, et la palpitation de vos petits
visages innombrables m’enivre…
Éléments pour l’introduction
• « Le dernier feu » = fin de l’hiver, arrivée du printemps.
• Intimité nonchalante de la narratrice et de la personne à laquelle elle s’adresse.
• Invitation de la narratrice à contempler la nature renaissante : « Regarde ! », « Regarde
bien ! », « Vois… » (l.
9, 10, 17)
• La nature se renouvelle chaque année : le lilas a poussé, le tamaris a changé d’allure.
La
nature est la même sans être pourtant identique à elle-même.
Se dévoile un mystère.
• « Et les violette elles-mêmes… » : ultime élément introduit
Problématique
Comment un dialogue tendre entre la narratrice et son amie la conduit à se souvenir de son enfance
et à célébrer la beauté des fleurs dans un registre lyrique ?
Mouvements
Lignes 1 à 8 : un dialogue tendre
Lignes 9 à 16 (« fermes environnantes ») : les souvenirs de la narratrice
Lignes 16 à 21 : Célébration lyrique de la nature
1.
UN DIALOGUE TENDRE (L.
1-8)
a) Une « taquinerie » (l.
1-5)
Les deux amies se chamaillent gentiment.
Tendresse partagée devant le spectacle étonnant d’une
nature qui embellit même les êtres qui s’y trouvent.
• Étonnement et admiration
o Formes interrogatives : restitution du caractère vivant du dialogue
o « par magie »
o « tu t’étonnes »
o Formes verbales au présent : scène présente à la mémoire
• Dialogue
o « Non, non, tu te trompes » : emploi de l’adverbe de négation : expressivité du
dialogue.
o Formes de dialogue direct
o Jeu de questions / réponses suggérées (nous n’avons pas les réponses de l’amie de
la narratrice)
o Verbes de paroles ou de pensée : « tu protestes », « tu hoches la tête »
• Tendresse
o Pronoms « je / tu » : complicité, amitié
o « Comme moi » : comparaison qui unit les intentions des deux interlocutrices
o « Rire grave » : légèreté et insouciance
o « l’eau mordorée de ton regard » : changement qui accompagne la résurrection de
la nature.
Les deux interlocutrices se fondent dans une nature accueillante.
o « Plus mauves… non, plus bleues… » : vestiges de dialogue qui souligne la
complicité et la « taquinerie » des deux amies.
• Nature changeante
o Emploi du comparatif de supériorité ou d’infériorité : « plus bleues » x 2, « moins
obscures », « plus mauves » : camaïeu de nuances, diversité des couleurs qui
enrichissent le paysage.
o Couleurs : « vert de l’herbe », « mauve azuré »
b) Invitation à se remémorer (l.
5-8)
La narratrice essaie de trouver un terrain d’entente, un accord, une réconciliation : le parfum des
fleurs, lui, ne change pas avec le temps.
En respirant l’odeur des fleurs, on doit pouvoir retrouver
ce qu’elles étaient les années précédentes.
• « Cesse cette taquinerie ! » impératif et forme exclamative : constitue une rupture, un appel.
La narratrice reprend l’initiative dans le dialogue.
Même chose pour les autres impératifs :
« Porte », « regarde » x 2.
• « Plutôt » : adverbe qui introduit un changement : le sens de l’odorat doit trancher la
querelle.
Le « parfum » doit susciter une vision puisqu’il débouche sur la répétition du verbe
« regarde ».
• Antithèse entre la permanence du parfum « invariable » et la couleur des « violettes
changeantes ».
Derrière l’apparente diversité de la nature se cache un élément inaltérable
qui doit pouvoir se retrouver.
• « narines », « parfum », « respire » : champ lexical du sens de l’odorat lié à l’emploi
métaphorique du terme « philtre » qui rappelle la « magie » des fleurs poussées
soudainement et confère une tonalité merveilleuse au passage.
La narratrice se présente
•
•
presque comme une magicienne capable de dévoiler à son amie les mystères cachés de la
nature.
Le caractère inaltérable du parfum des violettes est présenté comme le moyen de remonter
le temps, de retrouver un état de choses plus anciens, comme le suggère la relative
complément de « philtre ».
Les verbes de la proposition infinitive, « ressusciter » et
« grandir » semblent indiquer que le temps retrouvé se dresse devant elle comme pour une
apparition enchanteresse.
Le CCL « devant toi »....
»
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