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Retourner le sablier

Publié le 07/06/2026

Extrait du document

« Retournons le sablier ! VM et vous tous mes frères en vos grades et qualités. Nous l’avons croisé maintes et maintes fois ce sablier : dans nos jeux de société, dans nos cuisines ou bien à côté de nos brosses à dents.

Toujours là pour mesurer, par l’écoulement du sable, un intervalle de temps de parole, de cuisson, de brossage, etc. Et puis un soir, nous l’avons à nouveau rencontré dans la pénombre d’un cabinet de réflexion où nous étions amenés à réfléchir sur notre vie.

Son image entrecroisée avec la faux, représentation funeste, et celle du coq, symbole de lumière et de renaissance, plus la rédaction d’un testament philosophique laissaient évoquer, même pour le profane que nous étions encore, une allégorie du temps et de la mort. Depuis toujours, les êtres humains ont émis le souhait de mesurer l’écoulement du temps.

De cette quête inlassable, le gnomon et le cadran solaire en furent les toutes premières étapes dès 1500 ans avant JC.

La Lumière aidant à la mesure du temps, déjà que de symboles… Puis vint l’horloge à eau ou clepsydre (si vous êtes perdus révisez votre Fort Boyard).

Mais il y a un problème avec la clepsydre : quand la moitié de l’eau est tombée, c’est moins de la moitié du temps qui s’est écoulée ! En effet, la vitesse d’écoulement varie avec la hauteur de l’eau restante : le débit n’est donc pas constant, il est plus rapide au début et plus lent à la fin (loi de Torricelli).

Le sabulum ou sablon apparaît au XIV siècle et remplace la clepsydre car la vitesse d’écoulement constante du stable (loi de Beverloo) le rendait plus pratique pour mesurer les durées intermédiaires.

Mais également pour une autre raison bien pratique : le sable ne gèle pas ! Nous sommes désormais passés aux horloges et aux montres mais le sablier reste le symbole de la fugacité du temps.

On retrouve d’ailleurs sur bon nombre de pierres tombales des sabliers ailés : parfois ailes de colombe (Zénith) ou de chauve-souris (Nadir).

« Ô Temps suspends ton vol » implorait Lamartine. Alors oui, quand j’ai voulu plancher sur le sablier, plusieurs axes de travail se sont imposés : 1.

le sablier me semblait associé au Temps qui passe ; 2.

le sable, en tant que matériau, méritait également une analyse symbolique poussée… 3.

… de même que la forme et la structure du sablier. 1.

Le temps, donc… Le temps, mais quel temps ? En effet, nous pouvons l’appréhender de deux façons. Le temps dans son aspect linéaire, celui du sable qui coule inexorablement jusqu’au dernier grain.

Le sablier qui permet de visualiser une évolution, une modification irréversible, celui qui mesure un temps de construction, un temps fini car il contient la promesse d’un fin permettant l’accès au divin.

Car le sable ne coule pas pour rien, il met en scène le fil de notre vie et en mesure la durée.

Nous sommes dans l’espace / temps profane « qui n’est jamais qu’une des conditions de l’existence corporelle » nous dit René Guénon. Mais lors de nos tenues, le temps et l’espace sont figés par notre rituel qui abolit ce temps profane. Nous travaillons de midi à minuit dans un temps cyclique où nos actes sont réitérables à souhait.

Nous nous réinventons dans un cycle éternel de destruction et de reconstruction, dans un temps infini où se succèdent temps et mort, dans un cycle incessant de lumière et de ténèbres.

Nous sommes dans le temps de l’initié qui retourne volontairement le sablier et choisit un nouveau départ. Car le sablier ne mesure pas le temps, il le crée, le fabrique.

Ernst Jünger, écrivain allemand très impressionné par l’importance que les gens accordaient aux horoscopes dans les années 30, disait : « le temps est une des formes de la représentation humaine » même si elle reste relative à chacun.

Le temps n’a en effet que le sens que nous lui donnons (la seconde équivaut à 9 192 631 770 vibrations d’un atome de césium).

Parfois il n’existe même pas ou passe très vite (quand nous sommes en bonne compagnie), parfois il nous semble long (quand les travaux de loge ne nous parlent pas).

Tout dépend de ce que nous vivons.

Il y a là une invitation à la mesure et à la patience: temps de parole ou temps de réflexion. Mais le temps passe.

Il ne sert à rien de vouloir le ralentir voire l’arrêter à coups de potions ou de rêves d’immortalité.

Et inutile de courir, tel Alice au pays des merveilles, après le lapin blanc, gardien du temps et chimère conductrice poursuivie sans raisons.

Seul notre cheminement présent de maçon importe car le passé est irrévocable et le futur incertain. Nous apprendrons au cours de notre instruction que le sablier renvoie également à Saturne car il est le symbole d’une fin et d’un début.

Rappelons en effet que Saturne fut affronté et vaincu par un de ses enfants, Jupiter, que sa mère Cybèle avait remplacé par une pierre afin que Saturne ne le dévore pas. Et que Saturne est, d’un point de vue alchimique, assimilé au plomb.

Ce sablier présent dans le cabinet de réflexion symbolise donc la mort du profane qui va se transmuter spirituellement et symboliquement de plomb en or. Et que dire du sable ? Pierre polie par les flots et devenue galet, lui-même réduit en grain de sable.

Poussière parmi les poussières, rappel de l’œuvre du temps. Ephémère château de sable balayé par le cycle des marées. Ce sable qui pourtant épouse les formes (appel à la tolérance, à l’adaptation).

Chaque grain trouve sa place dans ce sablier, analogie à la grenade et à la place de chaque grain, de chaque frère dans la loge. Harmonie des jardins zen en sable, invitation à l’introspection et à la méditation. Mais ce sable abrasif peut également renvoyer à la stérilité du désert, à l’ensablement ou à.... »

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