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Un critique contemporain définit comme il suit le XVIe siècle: "Grand siècle d'explosion et d'invention, d'efforts enthousiastes et de surprises émerveillées, le plus brûlant, le plus avide et tout ensemble le plus frais de notre histoire littéraire." Ex

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Les générations littéraires successives éprouvent souvent le curieux besoin de se donner un âge. C'est ainsi que les romantiques se pensent vieux ou du moins « venus trop tard dans un monde trop vieux », comme dit Musset. A partir de 1890, la littérature se juge elle-même « fin de siècle». Certaines époques se voient comme des maturités équilibrées: telle est volontiers la position classique; tout dans l'œuvre d'un Boileau laisse entendre une convergence de ses prédécesseurs vers ce point suprême de culture qu'est le siècle de Louis le Grand (« Villon sut le premier dans ces siècles grossiers... » — « Enfin Malherbe vint et le premier en France... »). En revanche, d'autres époques se jugent jeunes, insolemment et violemment jeunes : c'est sans doute le cas de la nôtre (culte de la jeunesse, jeunes civilisations qui entendent rompre avec tout ce qui les a précédées, sens d'une ère nouvelle qui commence avec l'énergie nucléaire et l'astronautique, transposition à l'échelle planétaire de problèmes jusqu'ici strictement européens): de toute manière, c'est sûrement le cas des générations de la Renaissance, « siècle d'explosion et d'invention », dit un critique contemporain. Sans doute l'histoire littéraire et notamment une meilleure connaissance du moyen âge ont permis d'établir bien des continuités entre le XVIe siècle et ce qui le précède. Mais qu'importe, car les hommes de ce temps-là, dans « leurs efforts enthousiastes et leurs surprises émerveillées », repensèrent avec avidité tous les problèmes de leur temps, donnant ainsi à la littérature une fraîcheur particulière et rarement égalée.

« Introduction Les générations littéraires successives éprouvent souvent le curieux besoin de se donner un âge. C'est ainsi que les romantiques se pensent vieux ou du moins « venus trop tard dans un monde trop vieux », comme dit Musset. A partir de 1890, la littérature se juge elle-même « fin de siècle». Certaines époques se voient comme des maturités équilibrées: telle est volontiers la position classique; tout dans l'œuvre d'un Boileau laisse entendre une convergence de ses prédécesseurs vers ce point suprême de culture qu'est le siècle de Louis le Grand (« Villon sut le premier dans ces siècles grossiers... » — « Enfin Malherbe vint et le premier en France... »). En revanche, d'autres époques se jugent jeunes, insolemment et violemment jeunes : c'est sans doute le cas de la nôtre (culte de la jeunesse, jeunes civilisations qui entendent rompre avec tout ce qui les a précédées, sens d'une ère nouvelle qui commence avec l'énergie nucléaire et l'astronautique, transposition à l'échelle planétaire de problèmes jusqu'ici strictement européens): de toute manière, c'est sûrement le cas des générations de la Renaissance, « siècle d'explosion et d'invention », dit un critique contemporain. Sans doute l'histoire littéraire et notamment une meilleure connaissance du moyen âge ont permis d'établir bien des continuités entre le XVIe siècle et ce qui le précède. Mais qu'importe, car les hommes de ce temps-là, dans « leurs efforts enthousiastes et leurs surprises émerveillées », repensèrent avec avidité tous les problèmes de leur temps, donnant ainsi à la littérature une fraîcheur particulière et rarement égalée. I Siècle d'explosion et d'invention De nombreux textes de la Renaissance témoignent en effet du sentiment aigu qu'elle a de tout découvrir, de tout inventer: le plus célèbre est la lettre de Gargantua à Pantagruel : « Maintenant toutes disciplines sont restituées... Tout le monde est plein de gens savants... » (Rabelais. Pantagruel, VIII: cf. XVIe Siècle, p. 42). Encore faut-il signaler que toute une série de découvertes matérielles soutient cet enthousiasme. Le XVIe siècle découvre beaucoup, ses inventions font explosion, engendrent le goût de la science et aussi posent des problèmes radicalement nouveaux, d'où va sortir, avec l'esprit moderne et l'esprit critique en matière religieuse et politique, un sens plus aigu des exigences de la nature humaine. 1 Des découvertes en série. La conscience intellectuelle est bouleversée par une suite de découvertes analogues, mais à un moindre degré, évidemment, aux fulgurants progrès de la science depuis le début du XXe siècle. A peu d'intervalle la stratégie militaire est transformée par l'artillerie, la diffusion des idées par l'imprimerie, la pensée philosophique par la découverte de mondes nouveaux (« notre inonde vient d'en trouver un autre: et qui nous répond si c'est le dernier? » s'écrie Montaigne, dans les Essais, III : cf. XVIe Siècle, p. 229) et par une modification de l'idée qu'on se fait de la place de la Terre dans l'univers (« système » de Copernic publié en 1543, que confirmeront plus tard les observations de Galilée, mais qui, sur-le-champ, ne fait guère de bruit: seul Montaigne entrevoit l'importance de cette révolution cosmographique). C'est également l'époque des grands progrès dans les « arts mécaniques » (humanisme technique d'un Bernard Palissy qui perce « le secret de l'émail » et perfectionne la céramique), dans les mathématiques (J. Cardan pousse l'algèbre jusqu'aux équations du 3e degré), en médecine (A. Paré substitue dans les amputations la ligature des artères à la cautérisation et il soulève les colères de ses confrères, parce qu'il ose exposer en français, et non plus en latin, le résultat de ses recherches ainsi que ses méthodes d'opération: A. Vésale pratique systématiquement la dissection du corps humain), etc. L'ère des grandes découvertes scientifiques est ouverte et elles sont déjà suffisantes pour provoquer une assez belle « explosion ». Mais l'explosion, si l'on peut dire, s'accroît encore de l'enthousiasme, de la surprise, de l'émerveillement, et cela de deux façons essentielles : les découvertes scientifiques provoquent un véritable engouement pour la science, les bouleversements scientifiques conduisent à une philosophie de la science. a) Le goût de la science. Un Rabelais, par exemple, sent d'une façon très aiguë que la science est en train d'expliquer et de conquérir le monde : il faut tout connaître et sous toutes les formes, parce qu'il faut mettre la main sur le monde. Dans le Tiers Livre (XLIX-LII) il s'étend complaisamment sur l'éloge du « Pantagruelion », herbe merveilleuse aux « vertus et singularités » innombrables, symbole probable du génie humain, dont l'industrie inventive est d'une inépuisable fécondité, et il rêve qu'un jour on pourra modifier le temps et le climat à volonté (cf. XVIe Siècle, p. 64). Ainsi s'explique cette avidité de savoir de ses héros, dont le nom même suggère la soif : Gargantua. Pantagruel, les Dipsodes (Ibidem, p. 47, 40). etc. b) La philosophie de la science. Mais surtout le XVIe siècle réagit à la science en réfléchissant aux modifications qu'elle introduit dans la conscience pensante du temps: l'homme n'est peut-être plus le centre du monde, l'Europe n'est plus le lieu unique et privilégié (Sur ce sentiment qu'il peut y avoir plusieurs mondes différents qui s'ignorent les uns les autres et se croient chacun le seul, ou tout au moins le meilleur et le plus ancien, cf. Rabelais, Pantagruel, XXXII et XVIe Siècle, p. 45). Une incessante curiosité jette Rabelais et Montaigne sur les routes du voyage. Ce n'est plus l'enquête pittoresque d'un Froissart. c'est le sens aigu des différences dues aux lieux et aux temps, c'est le relativisme, c'est l'esprit critique (Ibidem, p. 193). 2 L'explosion du sens critique. C'est peut-être l'esprit critique qui est la principale « bombe » lancée par le XVIe siècle dans le domaine de l'activité intellectuelle. a) Le sens des textes. Chronologiquement l'esprit critique éclate, en tout cas. le premier, quand, au début du siècle, des érudits, las des gloses et des commentaires médiévaux, s'avisent que l'essentiel de la culture, c'est avant tout d'aller aux textes, de les établir avec correction, de les comprendre, de les traduire, de discuter sur eux. L'effort de la première Renaissance apparaît donc en France moins comme un retour à l'Antiquité (qui n'avait pas vraiment été »

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