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Puis-je choisir mon identité ?

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« L'identité est un mot qui provient du bas-latin, et plus précisément du terme « identitas », qui désigne le caractère de ce qui est le même. L'identité est donc le fondement d'une permanence de l'être à travers les modifications imposées par le temps au corps et à la conscience. Dans un sens plus psychologique, l'identité est le sentiment de la persistance du moi à travers le temps. Le problème au centre du concept d'identité est de nature temporelle : en effet, l'identité est cette notion qui implique l'idée de permanence et de similitude à soi, alors que l'individu est en changement dans le temps, ne cesse de devenir autre que celui qu'il était. Dans une certaine mesure, nous pouvons dire que le concept d'identité est aussi problématique que celui du corps : alors que l'on compare le corps à la nef des Argonautes, dont on dit qu'elle est la même alors qu'elle subit de multiples avaries qui entrainent une totale modification de ce qu'elle était, il en va de même pour l'identité. Elle aussi incarne ce paradoxe d'une permanence en dépit du changement. L'action désignée par le verbe choisir est celle qui consiste à adopter une chose de préférence à une autre, à sélectionner quelque chose plutôt qu'une autre en fonction d'un jugement préalable, d'un calcul rationnel, qui la désigne comme meilleure, ou tout du moins préférable. La question qui nous est posée nous invite à nous interroger sur la possibilité d'un choix libre du sujet, autonome, consistant à donner lui-même une définition de son identité, et à l'incarner ensuite dans le monde. Il semble qu'une telle possibilité ne lui appartienne nullement, à première vue, dans la mesure où l'identité n'est pas susceptible d'être réifiée et obtenue à la manière d'un objet. Cependant, est-ce à dire que notre identité est déterminée par autrui, par les circonstances extérieures, de sorte que nous ne soyons susceptibles que de développer ce que nous sommes en puissance, et privés de la possibilité de décider de nous-mêmes ? Le problème au centre de notre réflexion sera donc de déterminer si nous avons la capacité de décider de notre identité et de l'incarner, ou si cette dernière ne nous est pas, en partie, ou totalement, imposée par des agents qu'il s'agira pour nous d'identifier. I. Je ne peux choisir mon identité, qui dépend entièrement d'un déterminisme expérientiel et organique a. Le déterminisme organique Nous commencerons par soutenir que nous ne pouvons choisir notre identité, car il existe un déterminisme organique qui empêche l'individu de devenir différent de celui qu'il était, de changer complètement en fonction d'un libre décret. En effet, pour toute une part des philosophes matérialistes du XVIIIe siècle, tels que La Mettrie et Sade, l'individu est tout entier défini et déterminé par la conformation native de ses organes. L'individu est donc ce que son corps le force à être : il aura tel penchant en fonction de la nature de tel organe, son tempérament sera relatif à son corps. Par conséquent, nous dirons que dans le cadre de cette pensée, il est rigoureusement impossible de choisir son identité, que ce soit complètement ou ne serait-ce que partiellement : car comment l'homme pourrait il modifier au moyen de sa volonté ce qui est proprement impossible à modifier, c'est-à-dire l'organisation de son corps qui le détermine à être ce qu'il est ? Une telle pensée implique deux conclusions : non seulement l'identité est une définition de l'individu qui ne dépend pas de l'individu lui-même, qu'il est strictement incapable de modifier peu ou prou ; mais d'un autre côté, l'identité c'est ce qui définit impérieusement un être, si impérieusement que son existence n'est que le développement d'un être en puissance, et non le libre avènement d'une définition de son être qu'il aurait choisi par un décret rationnel. b. Le déterminisme expérientiel Au déterminisme organique s'ajoute le déterminisme expérientiel qui a priori pouvaient s'exclure : en effet, si l'homme est déterminé par la conformation de ses organes, la nature de ses actes, quand bien même ils seraient pris dans une série répétitive, ne saurait modifier ce qu'il est. Néanmoins, pour les matérialistes du XVIIIe siècle, l'individu renforce ce qu'il est, et qu'il ne saurait ne pas être, lorsqu'il agit habituellement de la manière déterminée par les appétits propres de son corps. L'habitude ancre en effet l'identité de l'individu, de sorte que sa nature organique lui devient progressivement indissociable. C'est cette idée qu'exprime Sade dans le passage suivant des Malheurs de la vertu : »

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