Philosopher est-ce une perte de temps ?
Extrait du document
«
APPROCHE: Ce sujet est construit à partir d'une expression commune : " Perdre son temps " dont il faudrait
commencer par analyser le sens.
Se demander si philosopher revient à perdre son temps c'est relever un jugement
couramment émis à propos de la philosophie.
En effet, on pourrait être amené à penser qu'il y a beaucoup mieux à
faire que de sans cesse s'interroger.
Si de nombreuses sciences ont des applications techniques précises,
produisent un savoir objectif défini, la philosophie semble être étrangère à tout cela.
Face aux divers problèmes que
la philosophie pose, on peut bien souvent avoir le sentiment que l'on n'avance pas...Toutefois, il serait intéressant
de revenir à l'expression utilisée.
Quand on dit que l'on perd son temps, on signifie généralement que l'on aurait des
choses beaucoup plus utiles à faire.
Comme nous le remarquions, c'est au regard d'une certaine productivité et
même plus précisément au regard d'une fin qu'on se fixe que ce jugement est porté.
Il faudrait donc s'attacher à
montrer que ce jugement est toujours relatif à une certaine fin, à un certain but.
Dans ces conditions, on pourrait
s'interroger à savoir si au regard d'autres fins la philosophie ne pourrait pas être autre chose qu'une perte de temps.
1) La philosophie est une perte de temps
Calliclès: La philosophie ne vaut que pour la jeunesse
Pratiquer la philosophie n'a de charme que si l'on s'y livre avec modération dans la jeunesse; poursuivie au-delà, elle
devient une calamité, faisant du philosophe un étranger à toutes les choses qu'il faut connaître afin de devenir bien
élevé et socialement considéré.
A l'âge mûr, un philosophe se remarque par son ignorance des lois de la Cité; peu
doué pour traiter des affaires publiques et privées, sa connaissance de l'homme "tel qu'il est", sujet aux passions et
en quête des plaisirs et des divertissements, est quasiment nulle.
Sans ambition, ne visant aucune "publicité", il
porte à rire par sa gaucherie et sa maladresse en public.
La philosophie ne peut servir qu'à la prime éducation car
ses débats forment l'esprit, mais elle est indigne de l'homme parvenu à la maturité.
Le philosophe est détestable
quand il fuit la compagnie de ses semblables, quand il méprise les préoccupations ordinaires et quotidiennes de
l'existence, quand il refuse de s'illustrer d'une quelconque façon au coeur des affaires politiques et quand il passe
son temps, reclus avec quelques compagnons, à "babiller sans jamais faire entendre une parole libre, grande,
généreuse."
2) Philosopher, ce n'est pas perdre son temps
Épicure: La philosophie est l'art d'accéder à la sagesse
La philosophie est une discipline ou un art qui procure la santé de l'âme.
Jeune ou vieux, on a toujours intérêt à la pratiquer.
Procurant la santé de
l'âme, elle procure le bonheur, et il n'est jamais trop tôt ou trop tard pour y
avoir droit.
L'homme âgé méditera sur le temps passé et les biens qui lui ont
été accordés.
L'homme jeune apprendra le courage et l'intrépidité face à
l'avenir.
La philosophie enseigne un bonheur qui ne se trouve pas dans les
jouissances de la vie matérielle ou la consommation effrénée des biens.
Elle
éveille la raison, qui permet de bien juger et de choisir entre ce qu'il convient
de poursuivre et ce qu'il faut préférer abandonner.
Rejetant les vaines
opinions, elle guérit les troubles de l'âme.
Appréciant et mesurant les justes
valeurs de la vie, elle permet d'accéder à la sagesse.
L'homme sage est celui
qui se tient dans une juste appréciation des dieux : êtres immortels et
bienveillants, ils ne sont pas à craindre car ils ne se soucient pas de nos bas
sentiments humains; il ne redoute pas la mort, car il sait que la vie n'est pas
désirable au point de la vouloir éternelle et que sa durée limitée nous incite à
en profiter autant qu'il est raisonnablement possible.
La sagesse que vise le
philosophe saisit le sens de la vie : un mal extrême ne dure pas longtemps et
ne cause que des peines légères, tandis que le souverain bien est à la portée
de tous.
Guérissant ainsi tous les troubles de l'âme, la philosophie nous
permet de vivre comme des dieux parmi les hommes.
Si la crainte est ce qui
s'oppose en tout premier lieu à la vie philosophique, il ne faudra pas pour s'en délivrer, se mettre en quête d'opinions
vaines ou de théories sans raisons, mais d'une doctrine qui engendre l'absence de trouble
Que nul, étant jeune, ne tarde à philosopher, ni, vieux, ne se lasse de la philosophie.
Car il n'est, pour personne, ni
trop tôt ni trop tard, pour assurer la santé de l'âme.
Celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu
ou qu'il est passé, est semblable à celui qui dit que le temps du bonheur n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus.
De
sorte que ont à philosopher et le jeune et le vieux, celui-ci pour que, vieillissant, il soit jeune en biens par la
gratitude de ce qui a été, celui-là pour que, jeune, il soit en même temps un ancien par son absence de crainte de
l'avenir.
Il faut donc méditer sur ce qui procure le bonheur, puisque, lui présent, nous avons tout, et, lui absent,
nous faisons tout pour l'avoir.
[...]
Qui alors, estimes-tu supérieur à celui qui a sur les dieux des opinions pieuses, qui à l'égard de la mort, est
constamment sans crainte, qui s'est rendu compte de la fin de la nature, saisissant d'une part que la limite des biens
est facile à atteindre et à se procurer, d'autre part que celle des maux est ou brève dans le temps ou légère en
intensité, qui se moque de ce que certains présentent comme le maître de tout, le destin, disant lui, que certaines
choses sont produites par la nécessité, d'autres par le hasard, d'autres enfin par nous-mêmes, car il voit que la
nécessité est irresponsable, le hasard instable, mais que notre volonté est sans maître, et qu'à elles s'attachent.
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