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Peut-on travailler comme une bête ?

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« Travailler comme une bête, selon le sens commun, revient à s'abrutir de son activité : y consacrer beaucoup de temps et d'énergie.

L'expression en elle-même recèle pourtant une antithèse : l'homme se distingue précisément de l'animal en ce qu'il travaille. Les problèmes a relever sont donc de nature diverse : comment fonder une distinction entre le travail humain et les activités animales ? Si l'on accepte dans un second temps l'expression du sens commun, quelles sont les conditions qui abaissent l'homme au niveau de la bête lorsqu'il travaille ? Enfin, la dimension éthique du problème doit être mise en lumière : si le travail humanise la Nature et perfectionne celui qui le fait, travailler comme une bête, n'est-ce pas réduire l'homme à une machine d'exécution ? ON NE PEUT PAS TRAVAILLER COMME UNE BÊTE - - - A prendre l'expression au sens premier, cela est impossible à l'homme, pour la raison que l'animal ne travaille pas.

Certes, les termites construisent un environnement qui leur est favorable, les araignées tissent leurs toiles, mais on ne peut parler de travail car leurs activités se font sous l'impulsion de l'instinct.

Par ailleurs, l'animal ne peut isoler l'intention de ce qu'il réalise, alors que l'homme en est capable, tout comme il pourrait dresser des plans sans pour autant les accomplir effectivement. De plus, en transformant la Nature, l'homme se transforme lui-même : l'homme est perfectible, l'animal ne l'est pas.

Par le travail, la nature s'humanise, elle prend la forme de la pensée humaine.

Le travail éveille des facultés qui pourraient rester en sommeil, c'est un véritable moteur de l'esprit humain. Si dans une fourmilière chaque individu est assigné à une tâche, l'organisation optimale du travail humain devrait respecter les quatre étapes suivantes (Marx) : projet, recherche de moyens, volonté effective, habileté et savoir faire.

Si un seul individu peut réaliser ce cheminement, il est réellement maître de lui-même, de son travail, et de l'objet créé. LE TRAVAIL COMME ABRUTISSEMENT ET DENI DE L'HUMAIN - - Le travail devient aliénation : dépossédé de ses moyens de production, le travailleur ne vend pas son travail mais sa force de travail, il est obligé de se vendre s'il veut survivre.

Le salaire ne rétribue pas la valeur du travail mais la force de travail : l'objet une fois produit, le capitaliste le revend à sa valeur d'échange, générant un profit supérieur au salaire.

Le travail concret du salarié se transforme en abstraction : dépossédé de l'objet de son travail, le travail aliène l'ouvrier : on peut dès lors dire qu'il travail comme une bête, simple force de travail, au même titre que l'âne tirant une charrette. Dans Condition de l'homme moderne, H.

Arendt met en lumière la nature servile du travail sou l'Antiquité. Les travaux manuels étaient confiés aux esclaves afin d'évacuer de la vie de leurs maîtres la désagréable tâche de répondre par eux-mêmes à leurs besoins primaires.

Il s'agit d'une tentative pour « éliminer des conditions de la vie le travail ». Pourquoi ? Car le travail n'est pas au sommet de la hiérarchie des activités humaines. Comme idéal de bonheur, on trouve l'ataraxie, c'est-à-dire l'absence de troubles.

Le travail nous éloigne de cette possibilité en nous rappelant sans cesse que nous sommes tributaires de besoins vitaux au même titre que tout bête (ex : le manger, le boire etc.) TRAVAILLER COMME UNE BÊTE, C'EST DÉNATURER LE TRAVAIL - - Du peut-on il s'agit à présent de s'interroger sur le doit-on.

Car s'il nous est possible de travailler comme des bêtes, quantitativement par exemple mais aussi qualitativement comme nous l'avons vu plus haut, ce déni n'est pas seulement celui de l'individu, mais celui de la société toute entière.

L'homme au travail ne produit pas seulement des objets, il pense, il créé des liens sociétaux.

Nier la dimension créative de cet acte, c'est aboutir à la tyrannie du travail : l'homme ne se libère pas à travers lui mais s'enferme dans un processus qui l'isole du reste de la société et le coupe également de lui-même. Dans le cas du travail artistique, cela est encore plus visible : l'artiste créé des mondes, de nouveaux regards sur la réalité et un dialogue entre les membres de la société.

L'animal n'est pas capable de faire un tel travail - premier élément – mais de plus, à vouloir imposer à l'homme, à l'artiste son travail, il y perd son autonomie : sa possibilité de choisir.

Les conséquences politiques sont particulièrement visibles sous les dictatures.

Exemple : les commandes du Troisième Reich aux artistes afin de se débarrasser de l'art juif pour ériger un art « pur » : ce travail est un travail de bête en tant qu'il est synonyme d'asservissement à une idéologie qui niait l'impératif kantien de toujours considérer l'homme comme fin et non comme moyen. Au terme de cette analyse, il apparaît qu'il est possible de travailler comme une bête, si l'on considère que l'organisation capitaliste du travail nie l'individu pour le considérer exclusivement comme force de travail et que ce dernier nous ramène à nos besoins vitaux.

Car au sens propre, l'analyse a mis en avant que la bête ne travaille pas stricto sensu.

Enfin, on aura mis en lumière la nécessaire réflexion quant au respect de la dimension cognitive et créative du travail : travailler, c'est exercer son autonomie, sa liberté.

Travailler comme une bête, ce serait nier cette dimension du travail pour faire de l'homme un simple exécutant.. »

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