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Peut-on être heureux sans le savoir ?

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« [Introduction] Il n'est pas rare que l'on se surprenne à éprouver une vague jalousie à l'égard d'un enfant endormi ou d'un chien avalant sa pâtée : en voilà qui sont heureux ! Mais le savent-ils ? En comparant notre situation (nos soucis, nos préoccupations, tout ce qui nous empêche d'être heureux...) à la leur, nous semblons admettre qu'il serait possible d'être heureux sans en prendre conscience, alors même que c'est bien parce que nous en avons conscience que nous déplorons nos difficultés. Peut-on donc être heureux sans le savoir ? [I. Bonheur et chance] a. Rappel étymologique : le bonheur désigne initialement ce qui nous arrive par un coup heureux du sort, par chance. Si l'on insiste sur cet aspect, on peut considérer que le bonheur survient par hasard, sans que nous y soyons pour rien. Pourquoi serait-il dans ce cas nécessaire de savoir qu'il est bien présent ? b. Remarque : la question n'a de sens qu'à propos d'un bonheur « terrestre », par opposition notamment à la conception kantienne, qui comprend dans le bonheur une telle plénitude que sa possibilité ne peut être réservée qu'à la vie éternelle de l'âme. c. Dans cette optique restreinte, le bonheur désigne un accord, une harmonie, entre notre être et ce que propose le monde. Pour être heureux sans le savoir, il faut admettre : — que ce qui est nécessaire à notre être (en termes de confort ou de satisfactions plus précises) peut être luimême ignoré (avantage : on ne ressent aucune frustration, on n'est donc jamais malheureux) ; — que la façon dont le monde nous satisfait s'effectue sans que nous le sachions davantage. d. Cas limite : le sommeil ou les fonctions physiologiques qui s'effectuent en effet sans que nous en ayons connaissance. Peut-on admettre que le bonheur consiste à dormir ou à digérer ? Cela semble un peu court, même si dormir peut être un plaisir. [II. Bonheur et projet] a. Autre interprétation : nous bénéficions d'un bonheur que nous ne savons pas reconnaître. C'est ce qui affleure dans les paroles d'autrui : « Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as ! » ou « Tu ne connais pas ton bonheur ! » Mais : — le bonheur ainsi désigné par un autre n'a de sens que pour lui, relativement à sa propre situation : il le repère en fonction de ce qu'il vit lui-même; — si nous ne savons pas, à en croire cet interlocuteur, combien nous sommes heureux, c'est que ce qu'il perçoit comme bonheur n'en est pas véritablement un pour nous. b. L'accord harmonieux entre mes désirs et le monde suppose en effet que je constitue, relativement au monde, un projet. C'est la réussite de celui-ci qui peut me paraître heureuse. L'autre ignore ce projet, et c'est pourquoi il peut croire que je suis heureux sans le savoir. c. Qui dit projet suppose nécessairement que l'on en a conscience. Le projet détermine en effet un certain nombre de buts ou d'attentes, d'actes à effectuer, de réussites espérées, etc. »

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