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Nietzsche et les immoralistes

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Mais ne devrions-nous pas aujourd'hui sentir enfin la nécessité de procéder à un bouleversement radical des valeurs grâce à un nouveau retour sur nous-mêmes, à un approfondissement nouveau de l'homme? Ne sommes-nous pas arrivés au seuil d'une nouvelle période que l'on pourrait, négativement d'abord, qualifier d'extra-morale, puisque chez nous au mois, immoralistes, on commence à soupçonner que la valeur décisive d'un acte réside justement dans ce qu'il a de non-intentionnel, et que tout ce qu'il a d'intentionnel, tout ce qui peut être vu pu su, tout ce qu'il a de conscient, fait encore partie de sa surface et de son épiderme, lequel, comme tout épiderme, trahit quelque chose, mais dissimule plus encore. Bref, nous voyons que l'intention n'est qu'un signe et un symptôme qui a besoin d'être interprété, un signe qui est chargé de trop de significations pour en avoir une à lui seul. Nous croyons que la morale, telle qu'on l'a jusqu'à présent conçue, la morale des intentions, a été un préjugé, un jugement hâtif et provisoire à mettre peut-être au rang de l'astrologie et de l'alchimie, une chose en tout cas qui devra être dépassée. Nietzsche

« Mais ne devrions-nous pas aujourd’hui sentir enfin la nécessité de procéder à un bouleversement radical des valeurs grâce à un nouveau retour sur nous-mêmes, à un approfondissement nouveau de l’homme? Ne sommes-nous pas arrivés au seuil d’une nouvelle période que l’on pourrait, négativement d’abord, qualifier d’extramorale, puisque chez nous au mois, immoralistes, on commence à soupçonner que la valeur décisive d’un acte réside justement dans ce qu’il a de non-intentionnel, et que tout ce qu’il a d’intentionnel, tout ce qui peut être vu pu su, tout ce qu’il a de conscient, fait encore partie de sa surface et de son épiderme, lequel, comme tout épiderme, trahit quelque chose, mais dissimule plus encore.

Bref, nous voyons que l’intention n’est qu’un signe et un symptôme qui a besoin d’être interprété, un signe qui est chargé de trop de significations pour en avoir une à lui seul.

Nous croyons que la morale, telle qu’on l’a jusqu’à présent conçue, la morale des intentions, a été un préjugé, un jugement hâtif et provisoire à mettre peut-être au rang de l’astrologie et de l’alchimie, une chose en tout cas qui devra être dépassée. Ce texte est extrait de « Par-delà le bien & le mal », Deuxième partie, $ 32. Introduction. La « morale de l’intention » est dépassée. 1) Il faut opérer un bouleversement des valeurs pour faire de l’homme le fondement de la morale. 2) Le temps est arrivé de comprendre que la valeur d’un acte réside dans le « non-intentionnel ». 3) Aussi la morale des intentions doit être dépassée. 1) Sous une forme interro-négative, Nietzsche pose la question en terme d’urgence : « ne devrions-nous pas aujourd’hui », et de rupture : « un bouleversement radical des valeurs » Le domaine d’investigation est celui de la morale (« les valeurs »).

Est radical ce qui va à la racine des choses. Et Nietzsche d’affirmer que la racine des valeurs c’est l’homme.

Autrement dit pour assurer un renouveau de la morale, il faut lui trouver une nouvelle base, différente de celle qu’on avait l’habitude d’indiquer (Dieu, la religion, la culture, etc.) C’est l’homme lui-même qui doit être à la base, à la racine de la morale. Cette croyance, qui fait de l’homme le fondateur des valeurs, a été perdue.

D’où l’idée d’un « retour » et même d’un « nouveau retour », qui marque que ce retour s’est déjà produit autrefois.

Mais d’un retour qui ne saurait être une simple reprise.

D’un retour dont il faut profiter pour mieux connaître l’homme, aller plus au fond, dans la perspective d’un « approfondissement ». 2) Mais pourquoi aujourd’hui ? C’est l’effet d’une mise en question de la morale traditionnelle par des hommes porteurs de la rupture, race nouvelle des « immoralistes », parmi lesquels Nietzsche se range (« chez nous »). Cet aujourd’hui sert de borne, de point de passage, entre l’ancien & le nouveau.

Partout dans le texte, Nietzsche parle du nouveau et le valorise : le nouveau retour, un approfondissement nouveau, une nouvelle période. Aux temps anciens correspond l’ancienne morale.

Aux temps futurs correspondra sans doute une nouvelle morale quil convient d’annoncer.

A l’aujourd’hui, sorte de seuil, correspond ce que Nietzsche appelle une « extra-morale », qui prépare la morale de demain. L’immoraliste se situe dans ce moment (et dans ce lieu) de passage entre l’ancien et le futur.

L’immoraliste n’est pas contre toute morale (puisqu’il prépare la morale du futur), il est contre la morale du passé.

C’est pour la nier qu’il se situe en dehors d’elle : d’où l’expression d’ « extra-morale ».

Mais le temps qui s’ouvre ne peut encore s’écrire au positif.

Avant d’affirmer, il faut dire non (aux valeurs anciennes), parler « négativement ». Faire passer les notions les mieux établies au crible de la critique –et donc introduire le doute.

Alors seulement, il est possible de pressentir le vrai, ce qui prend chez Nietzsche la forme de l’expression habituelle du soupçon. L’immoraliste, parce qu’il est à l’extérieur, n’est pas à la pression des préjugés, liés à l’ancienne morale. Il a la capacité de formuler des jugements nouveaux, d’approcher, grâce au soupçon, du vrai.

Qu’en est-il, dans ces conditions, d’un acte ? Deux approches sont possibles.

D’abord celle qui, comme on le ferait à l ‘égard d’un être vivant, reste en surface et se fie à l’apparence.

Dans cette démarche, de l’acte on sait ce qu’on en voit.

On sait, en interrogeant le sujet, ce qu’il en déclare, cad ses intentions.

Le sujet dira pourquoi il a fait ceci ou cela.

L’autre approche est celle qui s’efforce d’aller au-delà de la surface des choses (ou des gens), et du même coup s’efforce d’atteindre la réalité.

Dans cette démarche, on ne s’intéresse pas à ce que l’on sait spontanément, à ce qu’on voit.

ON cherche à aller au-delà des déclarations, vers ce qui est non-intentionnel.. »

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