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NIETZSCHE

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Afin de ne pas perdre courage et de ne pas succomber au dégoût, parmi des oisifs débiles et incorrigibles, ou parmi des compagnons qui ne sont actifs qu'en apparence mais en réalité seulement agités et frétillants, l'homme d'action jette un regard en arrière et interrompt un moment sa course, ne fût-ce que pour reprendre haleine. Mais son but est toujours un bonheur, pas nécessairement son propre bonheur, mais celui d'une nation ou de l'humanité tout entière. Il répugne à la résignation et il use de l'histoire comme d'un remède à la résignation. Il ne peut le plus souvent compter sur aucune récompense, si ce n'est la gloire, c'est-à-dire le droit d'occuper une place d'honneur dans le temple de l'histoire, où il pourra servir de maître, de consolateur ou d'avertissement pour la postérité. Car la loi qu'il reconnaît, c'est que tout ce qui a jamais été capable d'élargir et d'embellir la notion de « l'homme » doit rester éternellement présent, afin de maintenir éternellement présente cette possibilité. NIETZSCHE

« Afin de ne pas perdre courage et de ne pas succomber au dégoût, parmi des oisifs débiles et incorrigibles, ou parmi des compagnons qui ne sont actifs qu'en apparence mais en réalité seulement agités et frétillants, l'homme d'action jette un regard en arrière et interrompt un moment sa course, ne fût-ce que pour reprendre haleine.

Mais son but est toujours un bonheur, pas nécessairement son propre bonheur, mais celui d'une nation ou de l'humanité tout entière.

Il répugne à la résignation et il use de l'histoire comme d'un remède à la résignation.

Il ne peut le plus souvent compter sur aucune récompense, si ce n'est la gloire, c'est-à-dire le droit d'occuper une place d'honneur dans le temple de l'histoire, où il pourra servir de maître, de consolateur ou d'avertissement pour la postérité.

Car la loi qu'il reconnaît, c'est que tout ce qui a jamais été capable d'élargir et d'embellir la notion de « l'homme » doit rester éternellement présent, afin de maintenir éternellement présente cette possibilité .

NIETZSCHE QUESTIONS 1.

Dégagez l'idée principale du texte en analysant la valeur originale que l'auteur accorde à l'histoire. 2.

Expliquez : « [...] il use de l'histoire comme d'un remède à la résignation.

» 3.

À quoi l'histoire peut-elle servir ? QUESTION 1 L'histoire doit servir à vivre et à agir, sinon elle étouffe la vie par son fardeau passé.

Il faut savoir à la fois oublier et conserver en mémoire la force vitale qui fait du présent un « gai savoir ». Nietzsche développe ici une vision tout à fait originale de l'histoire : l'histoire ne sert que si elle sert la vie présente et permet à l'homme actif de comprendre que, ce qui a été possible dans le passé, est toujours possible, maintenant et dans l'avenir. Le début du texte : « afin de » exprime une première différence entre l'homme d'action et l'homme d'inaction. On pourrait résumer ainsi cette différence : le véritable homme actif sait s'arrêter, non par paresse ou par fatigue, contrairement à l'oisif apathique et au « brasseur de vent », mais pour reprendre son souffle créatif et encore mieux en tirer profit.

S'il « interrompt un moment sa course », c'est pour fortifier encore plus sa vie présente et sa confiance en l'avenir.

Son objectif est le bonheur : la vie devant soi, vigoureuse, et «qu'importe ce qu'il advient de moi ! » écrit Nietzsche.

C'est sa maxime de vie. Nous avons coutume de considérer l'histoire comme la « connaissance du passé humain » (H.-I.

Marrou).

Elle est tributaire du regard subjectif sur ce passé humain.

Seul l'homme a conscience du temps et de l'histoire. Cette conscience de l'historicité (« La nature n'a pas d'histoire », dit Hegel) est le privilège de l'homme.

Le savoir historique s'apparente ainsi à attacher plus d'importance aux morts qu'aux vivants.

C'est « la vallée des ossements », dont parle Hegel.

Cette fascination pour la mort et le sang ne peut pas produire une vision sereine du passé.

Rien d'heureux ne peut sortir du passé, semble-t-il ! Nous vivons dans un monde tourmenté, tragique : il suffit de regarder le passé pour lire l'avenir, et être paralysé. Nietzsche s'oppose à cette conception croque-mort de l'histoire, conception partagée par la majorité des individus.

Si cette histoire tragique existe, il faut comprendre que le possible est toujours présent.

Mais « l'histoire n'est tolérable que pour de fortes personnalités.

Elle étouffe les personnalités faibles », écrit-il. QUESTION 2 a.

« [...] il use de l'histoire comme d'un remède à la résignation.

» Un remède est un traitement, ce qu'on emploie pour traiter une maladie et la guérir.

La maladie est ici la résignation.

Quels sont les symptômes de cette maladie ? Ils sont de deux sortes : – une profonde apathie, un manque profond d'énergie ; – une excitation vaine. Les oisifs et les fébriles ne sont ainsi que pour échapper au poids du passé, et adoptent deux positions : pour les premiers, ne rien faire ; pour les seconds, s'agiter dans tous les sens.

Car ils ne supportent pas le poids tragique des événements passés : mesquineries, bassesses, tragédies remplissent le monde, étouffent l'action, obscurcissent l'avenir.

Ils ont l'impression que tout est fini, et restent impuissants. Au contraire, l'homme d'action se sert de l'histoire pour continuer à agir, pour ne pas sombrer dans l'apathie ou dans la vaine excitation.

Il sait utiliser de façon créatrice le savoir historique, car il est capable d'oublier.

Cet oubli n'est pas comme une déficience de la mémoire, mais il est une faculté vitale, condition du bonheur et remède à la résignation, à l'acceptation de la maladie.

Nietzsche ne veut pas être malade : il soigne le mal par le mal ! b.

« Car la loi [...] cette possibilité.

» Pour être heureux, il faut savoir se libérer du passé et vivre le présent.

À ne rien oublier, on reste plongé dans « le torrent du devenir », on reste figé, incapable d'être heureux et de donner du bonheur aux autres.

L'homme. »

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