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Nietzsche

Extrait du document

Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute. La vérité n'est pas une chose que l'un posséderait et l'autre non (…). Plus on s'avance dans les choses de l'esprit, et plus la modestie, l'absence de prétentions sur ce point deviennent grandes : être compétent dans trois ou quatre domaines, avouer pour le reste son ignorance (…). Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : ils séduisirent. Déduire (…) qu'une cause pour laquelle un homme accepte la mort doit bien avoir quelque chose pour elle - cette logique fut un frein inouï pour l'examen, l'esprit critique, la prudence intellectuelle. Les martyrs ont porté atteinte à la vérité. Il suffit encore aujourd'hui d'une certaine cruauté dans la persécution pour donner à une secte sans aucun intérêt une bonne réputation. Comment ? Que l'on donne sa vie pour une cause, cela change-t-il quelque chose à sa valeur ? (…) Ce fut précisément l'universelle stupidité historique de tous les persécuteurs qui donnèrent à la cause adverse l'apparence de la dignité. Nietzsche

« "Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité.

Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute.

La vérité n'est pas une chose que l'un posséderait et l'autre non (…).

Plus on s'avance dans les choses de l'esprit, et plus la modestie, l'absence de prétentions sur ce point deviennent grandes : être compétent dans trois ou quatre domaines, avouer pour le reste son ignorance (…). Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : ils séduisirent.

Déduire (…) qu'une cause pour laquelle un homme accepte la mort doit bien avoir quelque chose pour elle - cette logique fut un frein inouï pour l'examen, l'esprit critique, la prudence intellectuelle.

Les martyrs ont porté atteinte à la vérité.

Il suffit encore aujourd'hui d'une certaine cruauté dans la persécution pour donner à une secte sans aucun intérêt une bonne réputation.

Comment ? Que l'on donne sa vie pour une cause, cela change-t-il quelque chose à sa valeur ? (…) Ce fut précisément l'universelle stupidité historique de tous les persécuteurs qui donnèrent à la cause adverse l'apparence de la dignité." NIETZSCHE. QUESTIONNEMENT INDICATIF • Qu'est-ce qui justifie, dans le texte, que — selon Nietzsche « aucun martyr » n'a jamais eu « le moindre rapport avec la vérité » ? • Y a-t-il nécessairement contradiction entre dire « être compétent dans trois ou quatre domaines » et « la vérité n'est pas une chose que l'un posséderait et l'autre non »? • En quoi, selon Nietzsche, « les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire »? • Quel est l'enjeu de ce texte ? — Une appréciation des martyrs ? — Une appréciation (ou mise en valeur) de la condition minimale d'un rapport « véridique » à la vérité ? Une caractérisation de la vérité ? Pour sacrifier sa vie à une cause, il faut sans nul doute être convaincu de sa valeur.

Nul plus que le martyr n’est certain de posséder le vrai.

Mais la certitude est-elle une condition nécessaire et suffisante de la vérité ? C’est à cette question que Nietzsche répond dans ce texte, par le moyen d’une méditation provocante sur le martyr qui, précisément parce qu’il croit posséder la vérité, en est le plus éloigné.

Pouvoir mourir pour ses idées n’est pas une preuve de leur vérité mais seulement la manifestation de la force de la croyance du martyr.

Or la croyance est pour Nietzsche et dans ce texte, un obstacle à la recherche de la vérité dans la mesure où elle est la certitude aveugle de la posséder.

L’attitude du croyant, qui consiste à poser la possession immédiate du vrai dans et par l’acte de foi est exactement l’inverse de l’attitude de celui qui recherche le vrai, attitude qui consiste à poser au préalable la non possession immédiate de la vérité : la recherche de la vérité exige l’aveu préalable qu’on ne la possède pas.

Aussi à travers cette critique du martyr, c’est l’aveuglement du croyant compris comme type d’homme et comme type de relation à la vérité rendant celle-ci impossible, que Nietzsche entend critiquer. " Aucun martyr n’eut jamais le moindre rapport avec la vérité ".

Telle est la thèse énoncée avec une brutalité voulue, que Nietzsche va expliciter dans le texte.

Cette thèse s’oppose à une opinion très répandue, selon laquelle le martyr a raison, puisqu’il est capable de mourir pour ses idées.

Justement Nietzsche ne prend pas la peine de réfuter l’opinion commune.

Il ne s’arrête pas à l’affirmation selon laquelle souffrir pour une cause n’est pas une preuve de sa vérité : discuter, cela serait en effet admettre que le martyr entretient une relation avec la vérité d’une part et ce serait d’autre part lui accorder ce que sa position refuse : que la vérité puisse être démontrée, prouvée, discutée.

Ces deux concessions sont inutiles puisque " aucun martyr n’eut jamais le moindre rapport avec la vérité ".

Ce n’est pas le même niveau d’analyse et il y a une radicalisation.

L’attitude du martyr l’empêche lui-même de chercher la vérité et d’y accéder (premier paragraphe) et les martyrs ont empêché les autres hommes de l’atteindre (deuxième paragraphe) La " fermeture d’esprit ", la " malhonnêteté intellectuelle " caractérisent le fanatisme du martyr.

Animé par une certitude absolue, le martyr ne peut admettre que la vérité au destin de laquelle il identifie sa vie, ne peut être l’objet d’une quelconque discussion, du moindre débat.

L’intime conviction du martyr ne peut souffrir une existence ni une extériorisation dialogiques.

C’est pourquoi le martyr est incapable d’honnêteté intellectuelle.

Si l’on cherche à caractériser celle-ci, on peut dire qu’elle consiste à admettre que l’on peut se tromper, que son argumentation peut présenter des failles, que les thèses que l’on défend peuvent avoir des faiblesses.

Le martyr ne peut accepter d’objection ; cela reviendrait à reconnaître que la vérité est " devant lui ", est autre. »

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