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MARC AURÈLE (121-180)

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Le temps de la vie de l'homme, un instant ; sa substance, fluente ; ses sensations, indistinctes ; l'assemblage de tout son corps, une facile décomposition ; son âme, un tourbillon ; son destin, difficilement conjecturable ; sa renommée, une vague opinion. Pour le dire en un mot, tout ce qui est de son corps est eau courante ; tout ce qui est de son âme, songe et fumée. Sa vie est une guerre, un séjour sur une terre étrangère ; sa renommée posthume, un oubli. Qu'est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose : la philosophie. Et la philosophie consiste en ceci : à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans dommage, et soit au-dessus des plaisirs et des peines ; à ce qu'il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par faux-semblant ; à ce qu'il ne s'attache point à ce que les autres font ou ne font pas. Et, en outre, à accepter ce qui arrive et ce qui lui est dévolu, comme venant de là même d'où lui même est venu. Et surtout, à attendre la mort avec une âme sereine sans y voir autre chose que la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant. Si donc pour ces éléments eux-mêmes, il n'y a rien de redoutable à ce que chacun se transforme continuellement en un autre, pourquoi craindrait-on la transformation de leur ensemble et sa dissolution ? C'est selon la nature ; et rien n'est mal de ce qui se fait selon la nature. MARC AURÈLE (121-180)

« Le temps de la vie de l'homme, un instant ; sa substance, fluente ; ses sensations, indistinctes ; l'assemblage de tout son corps, une facile décomposition ; son âme, un tourbillon ; son destin, difficilement conjecturable ; sa renommée, une vague opinion.

Pour le dire en un mot, tout ce qui est de son corps est eau courante ; tout ce qui est de son âme, songe et fumée.

Sa vie est une guerre, un séjour sur une terre étrangère ; sa renommée posthume, un oubli.

Qu'est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose : la philosophie.

Et la philosophie consiste en ceci : à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans dommage, et soit au-dessus des plaisirs et des peines ; à ce qu'il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par fauxsemblant ; à ce qu'il ne s'attache point à ce que les autres font ou ne font pas.

Et, en outre, à accepter ce qui arrive et ce qui lui est dévolu, comme venant de là même d'où lui même est venu.

Et surtout, à attendre la mort avec une âme sereine sans y voir autre chose que la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant.

Si donc pour ces éléments eux-mêmes, il n'y a rien de redoutable à ce que chacun se transforme continuellement en un autre, pourquoi craindrait-on la transformation de leur ensemble et sa dissolution ? C'est selon la nature ; et rien n'est mal de ce qui se fait selon la nature. Introduction : Marc Aurèle, empereur stoïcien (121-180), pose le problème de la temporalité : faut-il se révolter contre elle ou au contraire l'accepter sereinement avec l'ordre du monde ? 1er moment : la temporalité, que Marc Aurèle pense à l'aide de l'image héraclitéenne du fleuve en mouvement, est cause du changement et d'une instabilité universelle : l'âme, le corps, le monde sont des flux, non des substances permanentes.

Il n'existe pas, pour le matérialisme stoïcien, d'âme immortelle comme chez Platon. Cette instabilité de l'Être rend impossible tout lieu existentiel définitif (« Une terre étrangère ») et toute paix intérieure (« une guerre »).

Il en résulte une incertitude (« destin difficilement conjecturable ») et une vanité des valeurs temporelles (gloire, célébrité). 2e moment : le texte évoque les différentes solutions de l'éthique stoïcienne : • L'ataraxie, ou absence de trouble émotionnel, rend l'âme indépendante des événements perturbateurs, et lui confère une stabilité complète (« sans dommage et sans outrage...

au dessus des plaisirs et des peines ») et un détachement matériel (« ne s'attache point »). • La critique des opinions, par laquelle les fausses représentations et les fausses évaluations sont corrigées.

Par exemple, l'idée que la mort est terrible.

Marc Aurèle reprend l'idée d'Epictète selon laquelle l'opinion, de nature affective, doit faire place à une connaissance authentique (« les faux-semblants »). • L'acceptation de l'ordre du monde, providentiel et rationnel, doit empêcher tout conflit engendré par le refus de la temporalité.

Pour le stoïcien, la nature est légiférée par un logos divin et universel, de même nature que la raison humaine (« génie » en grec daimon, au sens ici de conscience rationnelle).

Notre devoir consiste à conformer notre vie intérieure à cet ordre du logos (« à ce qu'il ne fasse rien au hasard »). Conclusion : Marc Aurèle conclut que la mort n'est qu'un moment de la transformation matérielle du monde.

Elle n'est donc ni à refuser ni à craindre (« avec une âme sereine »).

Le matérialisme stoïcien estime qu'il n'y a pas d'immortalité de l'âme car l'âme elle-même est matérielle (« dissolution des éléments »).

La sagesse implique donc une acceptation totale du changement.. »

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