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L'objectivité est-elle possible en histoire ?

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« THÈMES DE RÉFLEXION • On a pensé que l'Histoire doit tendre à l'objectivité la plus parfaite et qu'il est possible de l'atteindre. Cf. Fénelon : « Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays. » • Penser à une telle objectivité et à sa possibilité, ne serait-ce pas ce que certains ont nommé un « rationalisme scientiste »? Cf. par exemple : Raymond Aron dans son « Introduction à la philosophie de l'histoire », citation page 322 : « L'objectivité de l'histoire a des limites, parce que l'histoire est dans l'histoire. » • Il convient cependant de remarquer que ces critiques portent sur la synthèse en histoire, lorsqu'il s'agit d'interpréter ou d'expliquer. Citation page 9 de l'ouvrage cité : « Nous excluons de notre enquête tout ce qui touche à l'établissement des faits et à la critique des textes. Nous admettons par hypothèse le caractère rigoureusement scientifique de ces démarches préliminaires. Notre étude porte sur la seule synthèse (choix, interprétation, organisation des matériaux). » • A cet égard (entre autres), ne convient-il pas de distinguer entre objectivité et probité (de l'historien)? • Ceci est d'autant plus important si l'on pense qu'il s'agit de raisonner non en terme dichotomique objectivité (absolue ?) ou subjectivité, mais en terme d'objectivation (progressive ?). De ce point de vue, il peut apparaître que l'objectivation peut gagner au choix de travaux passionnés et « engagés » (à condition que la probité scientifique soit respectée). • Aron soutint que chaque société, en récrivant son histoire, la verrait sous une perspective nouvelle et ainsi recréerait son propre passé. • Peut-être convient-il d'examiner (par rapport au sujet précis posé) pourquoi l'histoire est constamment réécrite par les historiens? — Élargissement des centres d'intérêts en histoire (en raison notamment des mouvements qui affectent la société. Par exemple, intérêts plus prononcés pour les mouvements sociaux, les classes dominées, la question féminine, voire la « Fête ». — Le développement de certains centres d'intérêts fait apparaître comme insuffisante voire marquée idéologiquement l'exploitation soidisant « neutre » de certaines sources exclusives. Par exemple, le document type des historiens du XIXe siècle (le document d'archives) apparaît comme insuffisant pour analyser les forces productives (cette analyse pouvant exiger la description, la compréhension, voire l'utilisation de l'outillage). Dans le même temps il apparaît que ces documents d'archives conduisaient à la survalorisation du rôle des classes dirigeantes (qui ont seules laissé des écrits), à une certaine méconnaissance du fonctionnement réel des structures sociales et de leur importance historique. — Les sources déjà connues sont interrogées différemment. Par exemple, les chroniques locales, étudiées depuis longtemps du point de vue de l'histoire institutionnelle ou politique sont réétudiées dans le cadre d'une problématique d'histoire sociale; des textes envisagés seulement du point de vue de l'histoire littéraire sont utilisés pour l'élaboration d'une histoire des idéologies. — Le développement de certains centres d'intérêts conduisent à des sources et à une façon d'envisager ces sources de façon inédite et en retour amènent à se poser d'autres questions et d'une autre façon. Par exemple l'étude des « superstructures » idéologiques, des « outillages mentaux » conduisent les historiens à rejeter des conceptions fixistes qui prêtaient à l'humanité une essence éternelle (à fondement divin ou biologique) abstraite, inhérente à l'individu isolé. Ce qui les conduit en dernière analyse à s'interroger sur « le lieu » ou « les lieux » d'où ils parlent, réfléchissent, recherchent, y compris les lieux institutionnels. • Ne convient-il pas également de se demander si le libellé du sujet n'implique pas une certaine appréhension de l'objectivité en science (dans la mesure où Ton nous demande si « l'objectivité est possible en histoire ») ? • Pourquoi peut-il apparaître exigible que la personnalité du savant n'intervienne pas dans son travail de recherche pour qu'il travaille selon l'idéal d'objectivité scientifique ? Ne serait-ce pas parce qu'elle risque de projeter sur le réel ses passions, ses rêves, ses préjugés ? Le savant devrait-il donc, dans son travail de recherche, éliminer ces projections spontanées et (inconscientes ?), opérer en un certain sens, comme le dit Bachelard, une « psychanalyse de la connaissance » ? • Mais le peut-il ? Peut-il faire (et être assuré) que sa personnalité n'intervienne « en aucune façon dans son travail de recherche »? Par exemple peut-il mettre l'ensemble de ses préjugés personnels et socio-historiques (qui font partie de la personnalité) au vestiaire avant d'entrer en son laboratoire ? Lorsqu'il recherche, les questions qu'il pose et se pose ne dépendent-elles en aucune façon de sa personnalité (c'est-à-dire y compris qu'il est x dans une société et à un moment donné de l'histoire et... de l'histoire des sciences) ? • Lorsque le savant travaille à la recherche scientifique, n'est-il pas en fait confronté bien plus au processus d'objectivation de « la » science qu'à son idéal d'objectivité ? (Cet « idéal » pouvant être bien peu opératoire dans la mesure où il ne prend quelque forme déterminée que précisément dans ce processus d'objectivation). • Ne pourrait-on soutenir la proposition en quelque sorte inverse suivante : la « désubjectivation » du savant est bien plus le résultat du processus d'objectivation des sciences que sa condition ? • Cette position du problème n'impliquerait-elle pas qu'on cesse de penser le processus de la science comme le fait de sujets (intemporels?) de la connaissance en face d'un « idéal d'objectivité » (lui aussi intemporel ?)? La position du problème de la connaissance scientifique selon le couple Sujet-Objet (qui peut paraître comme sous-tendant l'énoncé proposé) doit-elle être remplacée (pour penser effectivement ce qui est à l'oeuvre dans la recherche scientifique) par l'étude « des formes historiques concrètes où se réalise le processus sans fin en quoi consiste la production des concepts scientifiques » ? »

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