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L'intuition peut-elle, par ses seules forces, assurer le progrès de l'esprit et l'extension de nos connaissances ?

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« L'intuition peut-elle, par ses seules forces, assurer le progrès de l'esprit et l'extension de nos connaissances ? Dans les diverses branches de l'activité humaine, l'importance de la méthode employée est absolument capitale.

La philosophie ancienne, généralement rationaliste, a surtout utilisé le raisonnement discursif.

Mais DESCARTES dénonçait le formalisme de ce dernier et préconisait l'intuition portant sur des « idées claires et distinctes ».

Ce genre de connaissance a fait fortune dans sa prétention à entrer en contact direct avec les existences, par opposition au caractère abstrait des concepts.

Mais si les tenants de l'intuition ont fait le procès de l'analyse et du « discours », il n'est que juste aussi de faire la critique de l'intuition, en nous demandant si elle est capable, par ses seules forces, d'assurer le progrès de l'esprit et l'extension de nos connaissances. Nous mettrons rapidement au point ce qu'il faut entendre par « intuition », et nous poserons le problème saur le plan des connaissances scientifiques, puis sur celui de la métaphysique. *** Qu'est-ce que l'intuition ? Etymologiquement, c'est une vue pénétrante.

Ce mot désigne un mode d'aperception immédiate, et aussi un don de prendre une vue globale et rapide d'ensembles complexes.

Ainsi distingue-t-on deux sortes d'intuition : l'intuition empirique, qui porte sur les objets de nos sens (intuition sensible) et sur nos états et nos actes intérieurs (intuition psychologique); il y a, d'autre part, l'intuition intellectuelle.

Celle-ci sera métaphysique quand elle nous fera connaître immédiatement les êtres en eux-mêmes; rationnelle quand elle visera des rapports entre des données empiriques ou entre des représentations.

L'intuition, c'est le savoir-faire de l'artisan et l'habileté du joueur de football qui ne raisonne pas pour décider avec quelle force et dans quelle direction il enverra la balle.

Elle est encore l'éclair qui fait briller à la pensée du savant la solution cherchée. Dans tous ces sens, dont on aperçoit facilement l'orientation commune, nous retiendrons deux aspects.

Le premier portera sur la vue synthétique des choses, par opposition à la discursivité qui traite un élément après l'autre; le second retiendra davantage le caractère concret de la connaissance intuitive, et il s'opposera à l'abstrait de la connaissance conceptuelle. *** La première considération se réfère à une question de fait; nous la traiterons brièvement.

« Comment se réalise le progrès scientifique ? Grâce à quel usage de la pensée ? » Certes, l'intuition y joue un grand rôle.

Nous la rencontrons à l'origine de toute invention.

Les témoignages d'Henri POINCARÉ sont célèbres.

Il parle de « flair », de « sentiments de convenances », en présence de certaines ébauches de solution.

D'autre part, à l'intuition encore revient l'honneur de recueillir le fruit de la recherche el de la couronner.

Dans une intuition dite « divinatrice », le savant a eu le sentiment global de la solution, et maintenant qu'il a détaillé les éléments de sa découverte, il les regroupe et les embrasse d'une seule vue : grâce à une intuition synthétique.

Mais reconnaître à l'intuition cette place, c'est avouer qu'entre la phase inaugurale (et confuse) et la phase terminale (et lumineuse), il y a toute la place du travail de l'analyse et de la déduction. « L'intuition procède de l'intuition obscure à l'intuition claire à travers la recherche discursive; ou bien de la synthèse confuse à la synthèse distincte à travers l'analyse.

On dit encore que le travail d'intellection est constitué par une analyse entre deux synthèses.

» (Loc.

cit., p.

82.) La discursivité prépare donc l'intuition.

BERGSON lui-même le reconnaît.

L'effort d'intuition où veut nous amener &a philosophie nécessite une longue préparation. «Cette manière de saisir le réel ne nous est plus naturelle, dans l'état actuel de notre pensée; pour l'obtenir, nous devons donc, le plus souvent, nous y préparer par une lente et consciencieuse analyse, nous familiarisant avec tous les documents qui concernent l'objet de notre étude.

» (In Voc, LALANDE.) Le raisonnement, la discursivité, sont donc une nécessité de fait.

Si nous passons maintenant à la question du droit, le problème devient plus délicat : « Pourquoi l'intuition ne suffit-elle pas au progrès de l'esprit et à ses conquêtes ? » Nous voilà sur le terrain métaphysique. ***. »

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