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le travail est il proprement humain

Publié le 28/01/2026

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« Le travail est-il une activité proprement humaine ? Le sujet, tel qu’il est posé, semble présupposer que le travail n’est pas uniquement du ressort de l’Homme, et que cette activité est le fait d’autres êtres vivants.

Il est vrai que les animaux travaillent aussi et, comme l’Homme, modifient la nature.

Ne pouvons-nous pas qualifier de travailleur le termite qui bâtit des monticules monumentaux ? Si travailler se définit comme la production d’un bien de consommation en vue de satisfaire des besoins vitaux, alors la sphère du travail s’étendrait par principe à tous les êtres vivants.

C’est l’idée reprise par Hannah Arendt aux Anciens, qui définissent le travail comme un asservissement à une nécessité vitale.

Or, L’Homme n’est-il pas fait pour marquer l’Histoire en se différenciant du cycle infini de la nature ? La contrainte que constitue le travail l’empêcherait-elle donc de s’établir en Homme libre et vecteur de grandeur ? Pour Arendt, être Homme passe par le fait de se décharger du travail, qui serait alors réservé aux esclaves ou aux animaux. Pourtant, n’y aurait-il pas dans le travail humain d’avantage qu’une contrainte pénible nécessaire à la survie ? La production de l’Homme au travail prend-t-elle uniquement source dans la nécessité vitale ? L’unique motivation d’un architecte à construire un édifice serait-elle donc une volonté de répondre à ses besoins vitaux ? N’y aurait-il pas, au delà, un projet mûrit dans l’imagination de l’architecte, qui aurait pour but de lui faire prendre conscience de luimême ? C’est la thèse soutenue par les Modernes, qui mettent en avant la dimension humanisante du travail.

Ce dernier serait un moyen pour l’Homme de se reconnaître dans son milieu, en le transformant, grâce à une impulsion pas seulement vitale mais également réfléchie et spirituelle. Malgré cela, dans le sens commun aujourd’hui, le travail reste une activité de contrainte, dans laquelle l’individu ne se définit pas par son savoir-faire ou par son imagination.

En régime capitaliste, lorsque la priorité est aux gains de productivité, on ne travaille ainsi pas pour créer et extérioriser ce qui naît dans notre imagination, on travaille dans un but de produire toujours plus de biens de consommation, toujours plus rapidement, sans s’épanouir dans son emploi. Pouvons-nous alors parler de déshumanisation du travailleur qui, aliéné, exécute machinalement son travail dans l’unique but de percevoir son salaire, pour répondre à ses besoins ? Ainsi le travail est-il une simple contrainte naturelle commune à l’animal et à l’Homme ou bien une manière pour ce dernier d’établir son humanité et de se différencier des autres êtres vivants ? Y a-t-il des limites à cette humanisation ? Dans la Condition de l'homme moderne, Hannah Arendt reprend la vision des Grecs sur le travail, qu’elle différencie en effet des deux autres activités des Hommes : la fabrication d’œuvres (des meubles, des œuvres d’art…) ou l’action (au sens performatif, comme les discours mémorables…) Le travail est une activité répétitive de production de biens de consommation éphémères, nécessaires pour vivre.

Ainsi, si le travail s’inscrit dans le processus vital, il se rapproche des « activités » exécutées par les animaux pour survivre.

La production du travail est donc au plus près de la nécessité vitale, par opposition à l’œuvre et à l’action qui transcendent la vie, qui nous survivent, et constituent un cadre dans lequel les hommes vont se développer.

Les œuvres et les actions existent non pas par nécessité comme le travail mais pour elles-mêmes, créant ainsi un monde.

Elles sont héroïques, alors que le travail est une corvée, une contrainte, nécessaire à la survie.

C’est un enchaînement d’actions répétitives que l’homo laborant (l’homme travailleur) exécute pour répondre à ses besoins. Or, si le travail est un asservissement à la nécessité et une dégradation de l’Homme, il est réservé aux animaux et aux esclaves.

En se débarrassant du fardeau du travail qui le rapproche d’un animal, l’homme-maître libre peut se consacrer à des activités considérées comme nobles. Avoir des esclaves pourraient donc être, selon Aristote, la manière humaine de maîtriser la nécessité.

C’est lorsqu’il échappe au travail que l’homme peut mener une vie libre et s’appliquer à ce qui construit l’Humanité, soit la production d’objets durables ou esthétiques, ou l’action politique. Le travail produit des biens de consommation, destinés à être assimilés, donc à disparaître. En effet, les productions ont pour but d’être absorbées dans le processus vital de l’être, qu’il soit humain ou animal.

Le travail est une production destinée à être consommée, à être assimilée à l’organisme d’un être vivant.

Le produit issu du travail n’est pas fait pour durer dans le temps, mais pour être consommé.

Dans le cas où il ne le serait pas, le bien périt naturellement.

Le travail n’établît alors rien de durable sur Terre, étant donné que ses produits sont éphémères, ils apparaissent et disparaissent continuellement.

Le produit du travail n’est pas durable, il suit un cycle, constitué de la production, puis de la consommation et ainsi de suite.

Ce cycle est celui de la nature et des animaux dont parle Arendt dans la Crise de la culture.

Selon elle, ce qui relève de la nature ne nécessite pas de mention dans l’Histoire, étant donné qu’il se répète sans fin, suivant une trajectoire cyclique.

Or, selon la philosophe, l’Homme suit pour sa part trajectoire linéaire, constituée d’actions uniques et mémorables qui constituent l’Histoire.

Ainsi, le travail ne différencie en rien l’Homme de l’animal, tous deux travaillant dans l’ultime but d’obéir aux contraintes de leurs organismes, à leurs besoins immédiats.

Ainsi, en travaillant, l’Homme n’est pas différent de l’animal car il produit des biens naturels et périssables qui sont « moins de-cemonde » par opposition à ce que pourraient être les œuvres ou les actions. Selon Arendt, dans le monde moderne c’est l’obéissance à la nécessité qui prime aujourd’hui dans les actions humaines.

On constate une promotion du travail et la disparition ou la perversion des activités nobles, comme la politique, la philosophie ou les arts… Arendt parle donc d’un démantèlement de la culture, qui est pourtant base et condition du monde humain, qui l’érige en supériorité et en puissance par rapport au monde naturel animal.

La basse activité qu’est le travail est mise en avant, la société étant composée de consommateurs.

L’objectif des membres de la société n’est pas de se perfectionner, ainsi ils s’écartent des activités nobles qui sont le propre de la vie humaine.

Si le travail manuel est fait par les machines, les hommes ont cette fois-ci une volonté de consommation, de loisirs de masse.

La culture de masse est donc développée et nourrit le métabolisme des Hommes, comme n’importe quel autre être vivant pourrait être nourri. Cependant, n’est-ce pas simpliste de réduire le travailleur à un « animal laborans », qui travaille uniquement pour répondre à ses besoins vitaux ? N’y a t-il pas une véritable valeur au travail et à la production ? Si le travail peut être une contrainte vitale, ne peut-il pas être également une action créative relevant de l’imagination et de la conscience ? L’Homme ne se distingue-t’il pas des autres êtres vivants lorsqu’il invente des outils pour façonner la nature et transformer son environnement ? S’opposant ainsi à la thèse des Anciens et de Arendt, les Modernes présentent une vision du travail qui différencie l’Homme des autres êtres.

D’une part sa manière de travailler lui permet d’asseoir sa domination sur la nature, d’autre part le travail permet à l’Homme de s’épanouir et de se libérer en développant sa conscience. L'action de travailler prend chez l'homme une forme particulière, il réalise une transformation réfléchie de la nature, contrairement aux autres animaux.

Si par leur travail les les animaux transforment simplement les matières premières pour satisfaire leurs besoins, les hommes élaborent leur production par le biais de leur conscience, c’est ce qui fait, selon Marx, la spécificité du travail humain..

En effet, l’Homme pense avant d’agir et donc de produire.

Il dispose de la faculté d’imaginer, de concevoir au préalable dans son esprit ce qu’il va produire. Marx prend l’exemple de l’abeille qui est en capacité de réaliser des structures bien plus complexes que ne le pourrait n’importe quel architecte.

Or, l’abeille le fait de manière spontanée de par son instinct naturel, donc de manière inconsciente.

A contrario, l’architecte va toujours réfléchir, ou du moins va penser à ce qu’il voudrait réaliser par anticipation.

Cette différence fondamentale constitue une frontière entre les activités de l’animal (ou plus largement de la nature).... »

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