Aide en Philo

l'animal est ses sensations, l'homme a des sensations ?

Extrait du document

« INTRODUCTION.

— La psychologie moderne ne s'est pas ralliée à la thèse paradoxale de DESCARTES pour qui l'activité animale se réduisait à de purs mécanismes.

Elle accorde aux animaux un psychisme analogue au psychisme humain : le chien sent, se souvient et même, en un certain sens, comprend comme nous..

On reconnaît cependant, entre eux et nous, des différences profondes et en particulier celle-ci qu'a formulée un philosophe contemporain : l'animal « est » ses sensations: l'homme, lui, « a » des sensations. Tâchons de bien voir le sens de ces formules; nous serons amenés ainsi à découvrir l'intérêt que présente pour le philosophe l'opposition des deux verbes « être » et « avoir ». A.

Être et avoir.

— Il n'est sans doute pas de mot que nous employons plus souvent que ces verbes « être » et « avoir ».

Aussi nous en servons-nous avec aisance et sans hésitation.

Mais cette aisance même dénote un savoirfaire plutôt qu'un vrai savoir.

Arrêtons-nous donc un instant pour prendre conscience du sens précis de ces affirmations : « je suis », « j'ai ». a) La distinction est facile.

Tout ce que je suis est quelque chose de moi : Ainsi, je suis homme, français, intelligent, affectueux...; Ce que j'ai est une propriété extérieure à moi: par exemple, j'ai une montre, un cheval, une famille... b) Souvent, il est vrai, au verbe « être » nous substituons le verbe qui lui est ici opposé, « avoir ».

Ainsi nous disons tantôt : Pierre est intelligent, affectueux, énergique, et tantôt : Pierre a une bonne intelligence.

un coeur affectueux, de l'énergie...

Par là, tout ce que nous sommes passe à la colonne de l'avoir, ne laissant à la colonne de l'être qu'un sujet : « je » ou « il »; aussi, lorsque nous cherchons à déterminer fa nature de ce « je » ou de cet « il », nous ne découvrons jamais que quelque chose de son avoir.

Néanmoins, si la distinction entre ce que.

je suis et ce que j'ai s'est affinée jusqu'au paradoxe, elle reste bien claire : jusqu'au plus intime de l'homme il y a l'avoir constitué, non seulement par son acquis intellectuel ou spirituel, mais encore par ses qualités ou facultés naturelles (s'il s'agissait d'un objet matériel, nous emploierions encore le mot de «propriétés»; et il y a l'être titulaire de cet avoir, le « moi », le « toi » ou le « lui », qui possède et dont je dis qu'il est savant, judicieux, énergique, etc. B.

Les sensations comme être et comme avoir.

— Ces remarques nous font déjà pressentir comment l'homme peut « avoir » des sensations, tandis que l'animal ne pourra jamais que les « être ». a) L'homme nous étant mieux connu, c'est par lui que nous commencerons : Il n'« est » pas ses sensations.

Sans doute, il commence par les « être » : pendant des mois, le petit enfant n'est qu'un organisme qui a faim, qui souffre de la rugosité des choses et de la crudité de la lumière...

Mais bientôt apparaît le pouvoir d'abstraire et de s'abstraire.

Il prend conscience des sensations qu'il éprouve et par là même se distingue d'elles.

Parvenu à l'âge adulte, il pourra se donner de l'ensemble des faits qui se passent en lui une sorte de vue panoramique analogue à celle du propriétaire qui contemple ses champs.

Ce qu'il « est » s'est dégagé de ce qu'il « a »; il a ses sensations mais il ne les « est » pas. b) L'animal, au contraire « est » ses sensations et ne parvient jamais à les « avoir ».

Sans doute, son être ne se réduit pas aux sensations : il est aussi un corps sans lequel il ne pourrait rien sentir.

C'est de son' être psychique qu'il est ici question; cet être se réduit aux sensations éprouvées.

Nous disons bien, il est vrai, que le chien a froid, qu'il a peur ou qu'il a une sensibilité olfactive très délicate.

Mais c'est nous qui, lui attribuant un « je » analogue au nôtre, distinguons son « avoir » de son « être ».

Lui est incapable de cette distinction; totalement occupé à vivre ce qu'il vit, il ne peut pas sortir en quelque sorte de lui-même pour prendre conscience de ses états ou de ses actes.

Les sensations qu'il éprouve ne sont pas quelque chose qu'il peut observer du dehors comme un artiste qui examine son oeuvre ou comme l'écolier qui fait l'inventaire de son savoir.

Psychologiquement, il « est » ses sensations, il ne les « a » pas; il lui est impossible de réaliser ce mode d'appropriation qu'est la connaissance et d'« avoir » ce qu'il éprouve; il ne peut que l'« être ». c) Si l'animal ne peut qu'« être » ses sensations tandis que l'homme peut «avoir» des sensations, c'est qu'il n'y a qu'une analogie entre le psychisme animal et le psychisme humain.

La vie psychique de la, bête n'a que la réalité brute des phénomènes physiques ou biologiques : elle existe en soi, mais non pour soi.

Au contraire, l'homme étant conscient, l'en soi de son psychisme se double du mystère de son pour soi.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles