Aide en Philo

EXPOSÉ DU RAPPORT ENTRE SCIENCES TECHNIQUES ET ÉTHIQUE

Publié le 16/04/2023

Extrait du document

« EXPOSÉ Sujet : Rapport entre sciences, techniques et éthique Plan INTRODUCTION I-Clarification conceptuelle 1- science 2- Technique 3- Éthique II- Rapports entre science et technique III- Rapports entre science et étique CONCLUSION INTRODUCTION La science fait aujourd'hui l'objet de deux discours extrêmes qui relèvent plus de l'opinion que d'une réflexion sur la science.

D'un côté les thuriféraires de la science qui voient dans celle-ci le moyen de l'émancipation humaine et qui sont béats devant les réalisations de la technique, identifiant quelque peu naïvement, sous prétexte qu'elles interfèrent, science et technique.

Face à eux les opposants à la science qui, devant les dégâts causés par un usage à tout va de la technique, dénoncent la science comme responsable de ces dégâts.

Dans les deux cas il s'agit d'une double confusion, d'une part la confusion entre la science et la technique, confusion qu'il faut relier à l'imbrication de plus en plus forte entre ces deux aspects de l'activité humaine, d'autre part la confusion entre un outil, outil matériel ou outil de pensée, et l'usage qu'on en fait. Ainsi se construit un être hybride, la technoscience, mixte de science et de technique, qui serait caractéristique du monde contemporain.

Mais ce qui pourrait être un typeidéal permettant de mieux cerner le monde contemporain est devenu dans nombre de discours un personnage qui s'est émancipé des hommes qui l'ont produit, personnage omnipotent à l'égal des dieux, vénéré par les uns et abhorré par les autres.

Les fantasmes qui se développent autour de ce nouveau personnage font apparaître la technoscience comme la religion des temps modernes. I-Clarification conceptuelle 1- Sciences Elles sont l'ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d'objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales.

C'est aussi chacune des branches de la connaissance, du savoir (souvent pluriel) : Les sciences mathématiques. 2- Technique C'est l'ensemble des procédés qu’on doit méthodiquement employer pour un art, pour une recherche, dans un métier.

Théorie ou système de valeurs morales. 3- Éthique Elle est l'ensemble de principes de bonne conduite.

Théorie ou système de valeurs morales. II-Rapports entre science et technique La vulgate moderniste proclame souvent que la science et la technique sont indépendantes et que c'est la Révolution Scientifique qui a conduit à les rapprocher, la science jouant un rôle de plus en plus important dans le développement technique au point de n'être plus que la servante de la technoscience comme nous l'avons déjà remarqué.

Une telle proclamation suppose d'une part une définition de la science comme pure pensée et d'autre part une définition de la technique comme pure action ; on retrouve la classique dichotomie entre théorie et pratique.

Nous avons rappelé que le terme technoscience a été introduit par Gilbert Hottois pour prendre en compte le caractère opératoire des sciences contemporaines.

Dans son ouvrage Le signe et la technique Gilbert Hottois oppose le caractère logo-théorique de la science classique au caractère techno-opératoire de la science contemporaine, écrivant : "La science dite « moderne » s'est imposée progressivement contre le savoir logo-théorique par la mathématisation et l'expérimentation (qui s'identifie à la médiation technique de la relation de l'homme au réel) qui sont deux formes de l'opératoire." On peut alors poser la question : en quoi le techno-opératoire s'oppose-t-il au logo-théorique ? Gilbert Hottois répond partiellement à cette question lorsqu'il explique quelques lignes plus tard que la science moderne constitue "une sorte de mixte dans lequel le logo-théorique et l'opératoire s'enchevêtrent".

En reprenant à son compte l'opératoire, l'idéal logothéorique continue de gouverner la science moderne et la technoscience comme l'explique l'auteur : "Ces rêves logothéoriques qui émanent directement de l'essence même de l'homme attirent le mathématique du côté du logos (les mathématiques seraient un « langage », seraient ontologiques) et circonscrivent l'intervention technique comme une médiation provisoire et accessoire, destinée à être levée par la formulation discursive et théorique de la science pure." Ces remarques posent question.

S'il est vrai que depuis les Grecs la science s'est constituée comme discours, ce discours est opératoire dans la mesure où il permet de résoudre des problèmes ; c'est le sens de la distinction grecque entre théorèmes et problèmes.

Il faut aussi rappeler les aspects algorithmiques qui se sont développés au cours de l'histoire ; même si on peut réduire ces aspects algorithmiques à des techniques opératoires, ces algorithmes sont issus d'un raisonnement et en ce sens s'inscrivent dans le logo-théorique.

Quant à l'algèbre arabe, héritière de la pensée mathématique grecque, elle s'inscrit au carrefour du logothéorique et de l'opératoire.

On peut, il est vrai, objecter que cet opératoire n'opère pas sur la matière même s'il nous donne des informations matérielles, c'est ici une vision restrictive qui oublie à la fois la matérialisation du calcul que constituent les bouliers et les abaques et les divers instruments géométriques inventés au cours des âges pour mesurer ou dessiner.

Il ne s'agit pas de dire que la science moderne n'a rien inventé, ce qui serait absurde, il s'agit essentiellement de placer celle-ci dans un perspective historique explicitant où se situent les ruptures, la principale étant la mathématisation, laquelle, loin d'être une application des mathématiques à la connaissance scientifique, peut être définie comme une extension du domaine des mathématiques.

Avec Galilée et Newton, la mécanique devient un chapitre des mathématiques et c'est son caractère logo-théorique, pour reprendre le langage de Gilbert Hottois, qui la rend opératoire.

Les nouvelles techniques de calcul qui se mettent en place avec le calcul littéral de Viète et le calcul différentiel de Leibniz prolongent le logo-théorique.

Mais ce langage-calcul diffère du langage naturel sur deux points qui apparaîtront comme essentiels pour le langage de la science.

D'une part il est indépendant de toute signification des signes sur lesquels il opère, d'autre part il est aveugle au sens où Leibniz parle de pensée aveugle : il suffit d'observer les règles pour avancer.

Reste alors à signaler un point sans lequel ce langage-calcul est vain, il faut interpréter les résultats obtenus par un calcul, autrement dit la pensée aveugle ne suffit pas et il faut revenir au sens.

Cette interprétation renvoie aux langues naturelles qui restent le lieu de la compréhension des résultats, peut-être parce les langues naturelles renvoient à ce que Gilbert Hottois appelle "l'intime alliance du mot et de la chose".

La difficulté commence lorsque le calcul n'est plus interprétable en langue naturelle comme cela semble être le cas de la mécanique quantique.

Il y a ici une rupture qui est plus profonde que la seule question de l'opératoire mais nous ne pouvons aborder cette question dans cet article.

Plutôt que de poser la question de la place des mathématiques dans le logo-théorique, Gilbert Hottois préfère parler de la façon dont le logo-théorique s'est emparé des mathématiques.

La technique y apparaît alors comme une "médiation provisoire et accessoire, destinée à être levée par la formulation discursive et théorique de la science pure".

C'est cela qui le conduit à écrire :5"La forme la plus achevée de la confusion du logothéorique et de l'opératoire (sous le signe du primat du premier) est livrée par la définition, courante aujourd'hui, de la science comme « projet de maîtrise symbolique de la réalité ».

Hottois oppose ici maîtrise symbolique et maîtrise matérielle, présentant la première comme une sous-estimation de la seconde.

La technique apparaît alors comme une retombée de la maîtrise symbolique, une science appliquée tout au plus, et il précise : "Ainsi, la technique ne serait que l'effet extérieur d'une mutation de la pensée animée par une volonté de puissance et de maîtrise universelle." C'est oublier que la volonté technicienne s'inscrit dans la révolution scientifique comme cela apparaît déjà chez Bacon, et que le projet de l'Encyclopédie concerne à la fois les sciences et les techniques.

C'est oublier aussi que la maîtrise matérielle des techniques issues de la Révolution Scientifique passe par la maîtrise symbolique.

En ce sens la technique s'appuie sur le discours logo-théorique, que ce soit celui des langues naturelles ou celui des langages symboliques issus des nécessités du développement scientifique.

Mais la critique de Hottois, en cela plus idéologique que philosophique, exige que la technoscience, loin de puiser dans la science classique comme le montre la Révolution Scientifique qui apparaît comme un élargissement de la pensée scientifique grecque, soit en rupture avec cette pensée scientifique.

L'opposition entre le logo-théorique et le techno-opératoire apparaît alors comme une forme de manichéisme intellectuel dont l'objectif est de séparer le bon grain logo-théorique de l'ivraie technoopératoire, ce qui permet à Gilbert Hottois d'écrire quelques pages plus loin : "Toute velléité d'évoluer ou de muter autrement que par la voie des signes est contraire à l'humanité" puis d'affirmer : "L'opératoire technicien qui a investi le temps et l'espace contemporain est, essentiellement, rebelle à l'assignation symbolique." Gilbert Hottois oublie que c'est parce qu'il s'inscrit dans le logo-théorique mathématique que l'opératoire technicien peut investir le temps et l'espace contemporain.

Mais la reconnaissance de cette inscription est contraire à ce que nous avons appelé le manichéisme intellectuel de Gilbert Hottois.

C'est cela qui le conduit à opposer le temps.... »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles