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Epicure: Nous disons que le plaisir est la fin de la vie

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Nous disons que le plaisir est la fin de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des hommes débauchés ni de ceux qui consistent dans la jouissance, comme l'imaginent certaines gens, mais nous entendons le plaisir comme l'absence de douleur pour le corps, l'absence de trouble pour l'âme. Car ce ne sont ni des beuveries et des festins à n'en plus finir, ni la jouissance de jeunes garçons ou de femmes, ni la dégustation de poissons et de bonne chère que comporte une table somptueuse, qui engendrent la vie heureuse, mais c'est un entendement sobre et sage, qui sache rechercher les causes de tout choix et de toute aversion et chasser les opinions fausses, d'où provient pour la plus grande part le trouble qui saisit les âmes. Or le principe de tout cela, et par conséquent le plus grand bien, c'est la prudence. Et voilà pourquoi la prudence est une chose plus précieuse que la philosophie elle-même ; car c'est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu'il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, comme il est impossible de vivre avec prudence, honnêteté et justice sans vivre par là même heureusement. Epicure

Comme il est d’usage en son temps, la doctrine d’Epicure concerne tous les aspects du savoir : à la fois, une théorie de la connaissance (atomisme et sensualisme), une physique (mécaniste) et une morale (hédoniste). C’est cette dernière qui est encore évoquée aujourd’hui sous le nom d’épicurisme, mais avec un contresens habituel, puisque la notion d’épicurisme, malgré la vulgarisation qui en est faite par Lucrèce, est généralement associée à l’idée d’une recherche effrénée des plaisirs.  Le texte présenté est extrait de la « Lettre à Ménécée ».  L’expression « vie heureuse » apparaît trois fois dans ce texte. L’objectif d’Epicure est donc de définir les conditions d’une vie heureuse. Le lecteur remarquera aussi que le plaisir est ici défini de manière négative comme absence (« absence de trouble pour l’âme », « absence de douleur pour le corps »). C’est à l’entendement de discerner les vaines opinions (les désirs vains) des vrais. La vertu la plus haute est donc lz prudence permettant l’usage correct de l’entendement.  

« PRESENTATION DE LA "LETTRE A MENECEE" D'EPICURE La Lettre à Ménécée est l'un des rares écrits qui nous restent de l'oeuvre immense d'Épicure (vers 341-270 av. J.-C.), que nous connaissons surtout à travers son disciple Lucrèce. Le projet du fondateur de l'École du Jardin, à une époque où la Grèce traverse une grave crise politique, économique et sociale, est de fonder une sagesse sur une physique matérialiste. Souvent mal compris et caricaturé, Épicure ne cessera d'inspirer les philosophes athées cherchant à penser le bonheur de l'homme ici et maintenant. Il s'agit de méditer sur les causes du malheur humain et de montrer quels en sont les remèdes afin d'atteindre l'ataraxie* : la philosophie d'Épicure est une médecine de l'âme, qui nous enseigne la conduite à adopter à l'égard de nos craintes et de nos désirs. "Nous disons que le plaisir est la fin de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des hommes débauchés ni de ceux qui consistent dans la jouissance, comme l'imaginent certaines gens, mais nous entendons le plaisir comme l'absence de douleur pour le corps, l'absence de trouble pour l'âme. Car ce ne sont ni des beuveries et des festins à n'en plus finir, ni la jouissance de jeunes garçons ou de femmes, ni la dégustation de poissons et de bonne chère que comporte une table somptueuse, qui engendrent la vie heureuse, mais c'est un entendement sobre et sage, qui sache rechercher les causes de tout choix et de toute aversion et chasser les opinions fausses, d'où provient pour la plus grande part le trouble qui saisit les âmes. Or le principe de tout cela, et par conséquent le plus grand bien, c'est la prudence. Et voilà pourquoi la prudence est une chose plus précieuse que la philosophie elle-même ; car c'est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu'il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, comme il est impossible de vivre avec prudence, honnêteté et justice sans vivre par là même heureusement." EPICURE. PREMIER TEMPS : L'AVANT-TEXTE Quelques éléments sur l'épicurisme a) La valeur de ce qui est Epicure place le souverain bien de l'homme dans le plaisir. Primat du plaisir et primauté d'une réflexion sur le plaisir, car si on supprime le plaisir, on ne voit pas ce qui reste. L'hédonisme d'Epicure fait du plaisir le critère du bien et du mal. Le bien est ce qui permet de jouir ; le mal est ce qui fait souffrir. Il n'y a qu'une alternative : plaisir ou douleur. Donc pas de moyen terme : l'absence de douleur est source de plaisir et la présence du plaisir exclut la douleur. Le sage est celui qui s'est rendu compte que la pratique du bien est intimement liée à la pratique du plaisir. Epicure qui adopte l'atomisme de Démocrite est résolument matérialiste. Tout est composé d'atomes et de vide. L'âme est matière « infiniment subtile » mais de même nature que le reste du monde. Elle vit la vie du corps et meurt avec le corps. Tout plaisir est donc sensible et tout bonheur « condamné » à atteindre la plus grande somme de plaisirs. Le plaisir demeure toujours CE QU'IL FAUT CHOISIR, et la douleur CE QU'IL FAUT EXCLURE. Cette tendance est naturelle. Elle est enracinée dans notre âme. Le plaisir, c'est la réalité de tout ce qui est (recherché) et le principe de tout ce qui doit être (atteint). La valeur du plaisir confère un sens à toute valeur. b) Le minimum vital Boire de l'eau quand on a soif est le summum du plaisir. Vivre heureux, c'est désirer peu de choses. Dans l'intérêt même delà jouissance (du corps) ou de la réjouissance (de l'âme), il faut savoir se contenter de peu. On peut bien boire à ne plus avoir soif, manger à ne plus avoir faim mais on ne peut jamais modérer une ambition ou «arraisonner» une passion. L'ambition ignore la mesure et l'amour est toujours insatiable. Ainsi, on ne pourra jamais être riche à souhait, ni se contenter de ce que l'on possède lorsqu'on cherche la possession, ni se satisfaire de sa gloire lorsqu'on cherche les honneurs. Le malheur de l'homme vient de ce qu'il désire toujours PLUS et davantage. Il faut désormais apprendre à renoncer aux désirs impossibles et aux plaisirs vains. Car si nous manquons seulement d'une quantité finie (et limitée) de choses, une quantité finie (et limitée) de choses peut nous satisfaire. — Les désirs naturels et nécessaires : qui doivent être impérieusement satisfaits car ils sont la source de plaisirs purs. — Les désirs naturels et non-nécessaires : qui appellent et justifient de par leur complexité une réflexion pratique ou un choix. — Les désirs non-naturels et non-nécessaires : qui peuvent et doivent être sacrifiés sans peine. Et il distingue parmi les plaisirs : — les plaisirs en mouvement : plaisirs violents et impurs — les plaisirs en repos : plaisirs purs et stables c) Réalisation effective du bonheur L'épicurisme nous enseigne en vue du bonheur : — De prendre les plaisirs qui ne doivent être suivis d'aucune peine (autrement dit, tous ceux qui ne risquent pas de nous priver d'un plaisir plus grand). — De préférer les plaisirs purs aux plaisirs impurs. »

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