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LLCE Grand oral Dystopie

Publié le 03/06/2026

Extrait du document

« a dystopie est souvent perçue comme un genre anglophone.

Les œuvres​ L ​les plus connues et les plus enseignées sont en anglais.

Quand on pense à de la​ ​dystopie, on pense à Orwell, Huxley, Atwood, Collins.

Jamais on pensera à​ ​Barjavel, Ogawa, ou même Zamyatin.

Mais est-ce que ça veut dire que les​ ​anglophones sont les seules à avoir écrit des dystopies ? Pour répondre à cette​ ​question, il faut d'abord regarder d'où vient cette notion.

Le genre a un style​ ​anglophone très fort.

Mais cela ne veut pas dire que les autres cultures n'ont pas​ ​produit de dystopies.

Mais plutôt qu'elles n’ont pas eu la possibilité d’avoir le​ ​même public que les œuvres anglophones.

On verra donc dans un premier​ ​temps que si le genre est dominé par les anglophones, d'autres ont aussi écrit​ ​des dystopies sans avoir eu la même reconnaissance.

On verra ensuite que​ ​cette domination dépasse le cadre littéraire et s'étend au cinéma, à la musique et​ ​aux jeux vidéo.

Enfin on comprendra pourquoi d'autres cultures ont répondu aux​ ​mêmes angoisses mais de manières totalement différentes, qui expliquerait aussi​ ​en partie la domination anglophone sur le genre.​ ​ e mot lui-même vient de l'anglais.

C'est John Stuart Mill qui l'utilise pour la​ L ​première fois en 1868 devant la Chambre des communes britannique.

Le terme​ ​met cinquante ans à devenir le nom d'un genre littéraire, mais dès le départ il est​ ​anglais.

Les textes qui vont ensuite définir les conventions du genre le sont aussi​ ​: Brave New World d'Huxley en 1932, Nineteen Eighty-Four d'Orwell en 1949,​ ​Fahrenheit 451 de Bradbury en 1953.

Ces romans sont traduits dans des​ ​dizaines de langues, intégrés aux programmes scolaires du monde entier, cités​ ​dans des milliers d'articles et de discours politiques.

Dans les années 2000, le​ ​genre connaît une deuxième vague avec le jeune adulte dystopique : The​ ​Hunger Games, Divergent, The Maze Runner.

Des romans adaptés par​ ​Hollywood, vus par des centaines de millions de personnes, qui installent une​ ​nouvelle génération dans cet imaginaire.​ ​Pourtant l'origine réelle du genre moderne n'est pas anglophone.

Nous de​ ​Zamyatin est écrit en russe entre 1920 et 1921, soit plus de dix ans avant Huxley​ ​et près de trente ans avant Orwell.

Le roman imagine une société totalitaire où​ ​les individus n'ont plus de noms mais des numéros, vivent sous surveillance​ ​permanente et sont gouvernés par un Bienfaiteur tout-puissant.

Orwell lui-même​ ​reconnaît en 1946 que ce texte l'a influencé et que Brave New World lui doit​ ​beaucoup.

Zamyatin est donc l'inventeur du genre, mais son roman est censuré​ ​ n URSS dès sa parution, considéré comme une attaque contre le socialisme, et​ e ​sera mis aux yeux du public russe qu'en 1988.

C'est uniquement parce qu'une​ ​traduction anglaise paraît à New York en 1924 que le texte survit et circule.​ ​Zamyatin avait l'idée mais n’avait pas la liberté ni la possibilité de la publier là où​ ​il vivait.​ ​En France, Barjavel publie Ravage en 1943, en pleine Occupation.

Le roman se​ ​passe en 2052, dans une France hypermoderne où une panne mondiale​ ​d'électricité plonge la civilisation dans le chaos.

Les survivants régressent vers la​ ​barbarie, les livres sont brûlés, la technologie interdite.

Les thèmes sont très​ ​proches de Fahrenheit 451, publié dix ans plus tard.

Mais une traduction​ ​anglaise ne paraît qu'en 1967, vingt-quatre ans après.

Barjavel reste populaire​ ​en France et quasi inconnu à l'international.

La même chose arrive à La Police​ ​des mémoires d'Ogawa, roman japonais de 1994 qui imagine une île où les​ ​objets disparaissent progressivement de la réalité et de la mémoire sous le​ ​contrôle d'une police secrète.

Fortement apprécié au Japon dès sa sortie mais​ ​seulement traduit en anglais en 2019.

Il n’a été nominé pour des prix​ ​internationaux qu’après sa traduction.​ ​Ces œuvres existent.

Elles ne manquaient pas de qualité.

Elles manquaient de​ ​traduction rapide et de distribution internationale.

La domination anglophone du​ ​genre est autant une question de pouvoir éditorial que de production littéraire.​ ​ e qui rend la dystopie anglophone encore plus dominante, c'est qu'elle ne reste​ C ​pas dans les livres.

Elle s'étend au cinéma, à la musique et aux jeux vidéo, et​ ​touche des gens qui ne lisent pas.​ ​Hollywood adapte les romans et les rend accessibles à des audiences que la​ ​littérature seule n'aurait jamais atteintes.

The Matrix en 1999, Mad Max : Fury​ ​Road en 2015, les adaptations de The Handmaid's Tale et The Hunger Games​ ​construisent un imaginaire visuel aussi puissant que n'importe quel texte.

Elles​ ​donnent des images, des.... »

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