Argument Boétie
Publié le 06/06/2026
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«
Argument Boétie
I.
La Boétie propose une méthode de défense de la liberté
La liberté comme bien naturel
La première étape du raisonnement de La Boétie consiste à fonder la liberté non sur un principe abstrait, mais sur la
nature elle-même.
Il affirme en effet qu'« il ne peut venir à l'esprit de personne que, nous ayant tous mis en même
compagnie, la nature ait placé certains en servitude ».
En ancrant la liberté dans l'ordre naturel, La Boétie lui confère
une légitimité indiscutable : elle n'est pas un privilège accordé par le prince, mais un droit inaliénable que les hommes
ont tort d'abandonner.
Cette argumentation constitue la pierre angulaire de son discours ; en montrant que la servitude
est contre nature, il prépare le lecteur à reconnaître l'absurdité de sa propre condition.
La nature a fait de tous les êtres
humains des frères ; dès lors, aucun homme ne peut légitimement prétendre être supérieur à un autre.
Cette égalité
naturelle se manifeste également dans le monde animal.
En effet, les animaux utilisent les moyens dont ils disposent —
leurs griffes, leurs cornes, leurs becs ou encore leur force physique — pour défendre ce qu’ils ont de plus précieux : leur
liberté.
Ainsi, l’éléphant lutte contre les chasseurs qui convoitent son ivoire, tandis que le cheval se débat, rue ou mord
lorsqu’il est contraint, montrant par son comportement qu’il n’accepte pas spontanément la domination qui lui est
imposée.
Comme l’écrit La Boétie : « Même les bœufs sous le poids du joug gémissent, et les oiseaux dans la cage se
plaignent.
» Cette observation souligne que le désir de liberté est universel et naturel.
Si même les animaux refusent
instinctivement la servitude, alors les hommes, dotés de raison, ont d’autant plus de raisons de rejeter toute forme de
domination et d’inégalité injustifiée.
La servitude est volontaire : responsabiliser le peuple
La Boétie va plus loin en démontrant que la domination du tyran ne repose pas sur une puissance mystérieuse ou
extérieure, mais sur la complicité du peuple lui-même.
Il s'adresse directement au lecteur par une série de questions
rhétoriques particulièrement saisissantes : « D'où a-t-il pris tant d'yeux pour vous épier, si ce n'est vous qui les lui
donnez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les prend de vous ? » Ce procédé stylistique est
délibéré : en interpellant le lecteur, La Boétie l'implique directement dans le mécanisme de la tyrannie.
Il ne le désigne
pas comme une victime passive, mais comme un acteur responsable de son propre asservissement.
Cette
responsabilisation est en elle-même un acte politique.
Ainsi, les Grecs, malgré leur infériorité numérique face à
l’immense armée perse, ont choisi de défendre leur liberté plutôt que de céder à l’oppression.
Sous la conduite de chefs
tels que Miltiade, Léonidas ou Thémistocle, ils ont combattu avec courage afin de préserver leur indépendance et leur
autonomie.
Leur détermination démontre que le désir de liberté peut l’emporter sur la peur et sur le rapport de force.
De même, la République de Venise illustre l’importance accordée à la limitation du pouvoir.
Bien que gouvernée par
une oligarchie, celle-ci était encadrée par des institutions destinées à empêcher les abus et à préserver les intérêts du
peuple.
L’existence de contre-pouvoirs témoigne ainsi de la volonté de prévenir toute forme de domination excessive et
de garantir un certain équilibre politique.
La solution : cesser d'obéir
Fort de cette analyse, La Boétie propose une solution d'une simplicité déstabilisante : « Soyez résolus de ne plus servir
et vous voilà libres.
» Cette résistance est entièrement passive et non-violente — ce qui est remarquable pour un texte
du XVIe siècle.
Il illustre cette idée par la métaphore célèbre du colosse aux pieds d'argile : « Je ne veux pas que vous le
poussiez, ni que vous l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont
on a dérobé la base, s'effondrer de son propre poids.
» Quelle que soit la puissance apparente du tyran, le retrait du
consentement populaire suffit à le faire chuter.
La méthode est ainsi à la portée de tous, ce qui en fait théoriquement une
arme universelle.
Le tyran est un homme comme les autres , ce n’est pas un hercule ou samson .
« Celui qui vous
maîtrise tant n'a que deux yeux, n'a que deux mains, n'a qu'un corps, et n'a autre chose que ce qu'a le moindre homme du
grand et infini nombre de vos villes »
II.
Un texte qui se heurte à des obstacles profonds , les tyran utilise plusieurs stratégie
L'habitude, première chaîne de la servitude
Cependant, La Boétie lui-même reconnaît que la solution n'est pas si aisée à mettre en œuvre.
Le premier obstacle est
l'habitude : « La première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude.
» Les hommes naissent libres, mais la
répétition de l'obéissance finit par émousser leur sens critique jusqu'à rendre la soumission naturelle.
La servitude ne se
maintient donc pas uniquement par la force : elle s'installe dans les esprits au point que les hommes ne perçoivent même
plus leur condition.
La Boétie identifie ainsi un mécanisme psychologique redoutable, qui rend sa propre solution — la
simple décision de ne plus obéir — beaucoup plus difficile à réaliser qu'il n'y paraît.
Plus un peuple est soumis depuis
longtemps, plus il s’habitue à l’obéissance et perd progressivement le souvenir de la liberté.
L’auteur prend l’exemple
des Perses, qui, n’ayant jamais véritablement connu la liberté politique, ne pouvaient en éprouver le désir.
De même, il
évoque les Cimmériens, peuple mythique condamné à vivre dans une obscurité permanente.
Cette image constitue une
métaphore de l’aveuglement des peuples soumis : privés de toute expérience de la liberté, ils ne sont plus capables d’en
reconnaître la valeur ni même d’imaginer une autre condition que celle de la servitude.
La peur comme instrument de domination
À cette inertie psychologique s'ajoute un deuxième obstacle : la peur.
Le tyran ne gouverne pas seul ; il s'appuie sur un
réseau de relais que La Boétie nomme les « tyranneaux », chargés de faire régner la crainte autour d'eux et non pas les
armes .
Et souvent les plus proche etaient tués .
Cette pyramide de la domination est d'autant plus efficace qu'elle
atomise les individus : chacun, surveillé par son voisin, renonce à toute résistance par peur des représailles.
La tyrannie
fonctionne donc comme un système auto-entretenu, dans lequel chaque serviteur devient à son tour un instrument
d'oppression.
Cette réalité complexifie considérablement le projet d'une résistance collective spontanée.
Lorsqu'un
peuple est soumis par la force, il perd progressivement son courage et....
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