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Voir et prévoir ?

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« Forme de l'énoncé. Énoncé formé de deux concepts réunis par la conjonction et, énoncé, par conséquent, incomplètement déterminé. Nous devons en particulier nous demander s'il s'agit de faire une comparaison ou de déterminer un rapport. Comparaison. 1° Ce que l'on constate au premier abord ce sont des ressemblances ou des rapprochements possibles entre les deux fonctions. a) Voir ou prévoir, c'est se représenter un objet ou un événement : on prévoit une éclipse, puis on la voit; c'est la même éclipse; l'apparence que nous pourrions imaginer dans la prévision est celle sous laquelle paraît l'éclipsé quand nous la voyons. b) Prévoir, c'est, bien évidemment, se représenter d'avance; mais voir c'est aussi, dans une certaine mesure, prévoir.

Quand je vois la flamme, je sais que c'est une chose brûlante, je la vois brûlante; de même que je vois le pavé lourd, la porte fermée que je puis ouvrir; la pomme verte, je la vois acide; voir une mare glacée, c'est voir une étendue solide.

Il n'y a pas de perception qui ne soit anticipation. On peut même ajouter que, dans les deux cas, la prévision ou l'anticipation sont plus ou moins imprécises et incertaines.

Je prévois qu'il va pleuvoir, mais les nuages se dissipent; de même, cette valise que je vois et que je me prépare à soulever avec effort, je suis surpris de la trouver vide.

Sans doute, les erreurs de perception sont-elles bien plus rares que les erreurs de prévision, néanmoins les deux existent. 2° Mais il est aisé de constater aussi que ces rapprochement sont superficiels : a) Voir est toujours une opération qui suppose un objet réel, présent, concret, résistant, que nous pouvons explorer à l'infini pour enrichir ou corriger notre première perception, que nous ne pouvons modifier, ni voir autre qu'il n'est. Prévoir, c'est peut-être se représenter l'avenir, mais se le représenter sans grande précision; je prévois un orage pour cette nuit et je puis l'imaginer, mais il y a mille façons d'imaginer un orage, même dans un lieu et dans une saison bien déterminés.

Prévoir une mauvaise récolte, cela signifie bien des choses : raréfaction d'une denrée, augmentation des prix d'une marchandise, aspect désolé d'une culture, lamentations des victimes.

Il est vrai qu'on ne peut pas « voir » non plus tout cela : ce qu'on verra sera toujours concret, c'est-à-dire susceptible d'être exploré et perçu avec autant de précision qu'on voudra. b) L'anticipation (dans la connaissance par les sens) n'est pas la prévision.

Cette valise sous mes yeux que je « vois » lourde, cela signifie que dans ma perception est contenu quelque chose de l'effort que j'aurai à faire pour la soulever.

Mais j'ai des raisons par exemple de « prévoir » qu'un porteur va venir la chercher et je calcule le prix que j'aurai à payer : tout cela n'est pas contenu dans la vision que j'en ai. 3° Plutôt que de comparer voir et prévoir, mieux vaudrait distinguer et définir aussi exactement que possible différentes fonctions : a) Nous pouvons partir de ce fait tout à fait général que nous désignons par l'expression : penser un objet (ou, comme on dit familièrement, penser à un objet) ; par exemple, je pense le château de Versailles ; je pense au temps qu'il fera demain; je pense à la décadence de l'Empire romain; lisant la Ve partie du Discours de la méthode, je pense au mouvement du sang dans l'appareil circulatoire.

Chacune de ces pensées a un objet dont j'affirme ou nie certains caractères, que je décris, dont j'énonce les lois. b) Aucune de ces pensées n'exige que je voie son objet, ni même que je l'imagine; il se peut qu'en les formant je ne puisse m'empêcher d'imaginer de façon confuse, éphémère, fragmentaire, toutes sortes d'apparences.

Et de toutes façons cette fonction d'imagination est constamment en exercice aussi bien dans mes rêveries les plus désordonnées que dans mes méditations les plus profondes. Or, parmi ces pensées, certaines sont des prévisions de l'avenir, d'autres des évocations du passé, d'autres de pures inventions que je ne rapporte spécialement à aucun moment du temps.

Sont prévisions celles qui supposent une certaine intention et qui résultent d'un certain travail, d'une information, d'une enquête, d'un calcul. c) La perception est aussi la pensée d'un objet, mais cet objet est concret et cette pensée, nous disons plutôt cette connaissance, est une connaissance sensible.

C'est donc une forme de pensée tout à fait spéciale (encore que très commune et familière à tous) et qui n'est comparable à aucune autre forme de pensée (nous en avons déterminé les caractères dans l'analyse du concept de voir).. »

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