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Russell: La valeur de la philosophie

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La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. Celui qui n'a aucune teinture de philosophie traverse l'existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu'elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l'habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d'une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n'ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d'émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau. RUSSELL

Ce texte pose, dans une perspective épistémologique, le problème de la valeur de la philosophie, et du caractère singulier de cette valeur, en la définissant par opposition à une position non philosophique. Le pivot de cette opposition entre la posture philosophique et la posture non philosophique est le couple doute – certitude.

 

HTML clipboard« C‘est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie » C’est ainsi que Russel propose à son lecteur une réflexion paradoxale sur la philosophie. Comment la faiblesse de l’incertitude peut-elle être la valeur même de la philosophie ? On considère couramment l’incertitude comme une erreur, un doute, une hésitation, pour démontrer et prouver on s’appuierait plutôt sur des certitudes. Mais si la philosophie réside sur l’incertitude, faut-il penser qu’en philosophie il n’existe rien que l’on puisse affirmer, démontrer ? L’attitude décrite ici est celle du scepticisme : certains philosophes considèrent qu’il existe probablement des réponses aux problèmes philosophiques mais que l’homme ne peut pas trouver de certitudes quant aux énigmes de al nature et de l’univers, que l’esprit humain ne peut connaître avec certitude. Cette pensée entraîne alors une suspension du jugement et une attitude de doute permanent. Mais alors, faut-il mettre continuellement de côté son opinion, son propre jugement ?

« Russell La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même.

// Celui qui n'a aucune teinture de philosophie traverse l'existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison.

Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris.

// Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes.

La philosophie, bien qu'elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l'habitude.

Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d'une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n'ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d'émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau. Elements pour le commentaire (Les différentes parties du texte sont séparées par le signe // ) Ce texte pose, dans une perspective épistémologique, le problème de la valeur de la philosophie, et du caractère singulier de cette valeur, en la définissant par opposition à une position non philosophique.

Le pivot de cette opposition entre la posture philosophique et la posture non philosophique est le couple doute – certitude. Le texte peut se diviser en trois parties : la première phrase, tout d'abord, introduit le thème du texte – « la valeur de la philosophie » - et l'élément qui servira à interroger ce thème – « son caractère incertain même ».

La seconde partie, qui est la première partie du développement du texte, et qui va de « Celui qui n'a aucune teinture de philosophie » à « et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris », définit la posture non philosophique face à l'existence : l'élément de la certitude, de l'incapacité à remettre en cause et à questionner, lui est attribué.

La posture non philosophique apparaît donc comme une posture de pure réception des savoirs, cette réception de faisant d'une manière qui n'est pas interrogative, mais qui se contente de prendre acte des choses.

La troisième partie enfin, qui correspond à la seconde étape du développement et s'étend de « Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie » jusqu'à la fin du texte, définit la particularité de la posture philosophique dans sa prise en considération du monde.

Son opposition avec la posture non philosophique est fortement marquée par l'emploi de l'expression « au contraire ».

La valeur de la philosophie est affirmée parce que la philosophie prend en charge le doute et l'interrogation, ce qui, au plan épistémologique, ouvre un large champ de possibilités pour la connaissance du monde et, au plan anthropologique, maintient un émerveillement de l'homme face au monde.

C'est une posture d'éveil et de questionnements permanents. La perspective épistémologique de départ contient donc une perspective anthropologique, qui concerne le rapport de l'homme au monde.

Le texte propose en quelque sorte deux portraits d'hommes opposés, dans le but de définir la valeur propre de la philosophie.

Cette valeur vaut pour la connaissance pure, mais aussi pour la conduite de la vie de l'homme.

Il faudra donc expliquer le texte sans perdre de vue cette ambivalence de l'interrogation de la valeur de la philosophie.

Cette explication devrait permettre d'interroger le problème central du texte – la valeur de la philosophie - et la manière particulière dont il est posé – par jeux de portraits opposés - , d'examiner la thèse centrale qui y est avancée : la valeur de la philosophie réside dans le caractère productif et actif de l'incertitude qui en est le fondement, pour en dégager finalement un intérêt philosophique, que l'on pourra accompagner d'une prise de recul critique sur le propos du texte. Intérêt philosophique et perspective critique La thèse avancée par Russell a le mérite d'envisager la philosophie sous un angle à la fois épistémologique et anthropologique.

Elle se fonde par la mise en valeur de l'élément du doute, et entre ainsi dans la thématique traditionnelle en philosophie du lien entre doute et philosophie, depuis la déclaration de Socrate ( « tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien ») jusqu'au cogito cartésien, par exemple, qui part d'une expérience du doute radical.

Ces deux pistes peuvent être utiles pour mettre en perspective le texte, ce qui permettra d'ouvrir finalement une perspective critique portant sur la détermination des concepts de doute et d'incertitude. Descartes « Que pour examiner la vérité il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute, autant qu'il se peut. Comme nous avons été enfants avant que d'être hommes, et que nous avons jugé tantôt bien et tantôt mal des choses qui se sont présentées à nos sens, lorsque nous n'avions pas encore l'usage entier de notre raison, plusieurs jugements ainsi précipités nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et nous préviennent de telle sorte qu'il n'y a point d'apparence que nous puissions nous en délivrer, si nous n'entreprenons de douter, une fois en notre vie, de toutes les choses où nous trouverons le moindre soupçon d'incertitude.

2.

Qu'il est utile aussi de considérer comme fausses toutes les choses dont on peut douter.

Il sera même fort utile que nous rejetions comme fausses toutes celles où nous pouvons imaginer le moindre doute, afin que, si nous en découvrons quelques-unes qui, nonobstant cette précaution, nous semblent manifestement vraies, nous fassions état qu'elles sont aussi très certaines, et les plus aisées qu'il est possible de connaître.

3.

Que nous ne devons point user de ce doute pour la conduite de nos actions.

Cependant il est à remarquer que je n'entends point que nous nous servions d'une façon de douter si générale, sinon lorsque nous. »

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