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Qu'est-ce qui divise les hommes ?

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« Introduction L'histoire de l'humanité ressemble, à première vue, plus à un champ de batailles infinies qu'à un espace de paix perpétuelle.

L'entente, la concorde, le consensus apparaissent alors comme des objectifs toujours poursuivis par l'humanité sans jamais être réalisés pleinement.

Le sujet ici posé contient cette présupposition que les hommes ne sont pas dans cet état de paix et de concorde qu'ils poursuivent cependant.

La religion (religare signifie « relier » en latin), la civilisation étaient pourtant censées apporter cette concorde universelle.

Malgré nos efforts, il est remarquable de constater que l'humanité n'est toujours pas en situation d'entente harmonieuse.

La philosophie se pose alors la question des raisons, des causes de cet échec manifeste : Qu'est-ce qui divise les hommes ? Qu'est-ce qui, fondamentalement, empêche les hommes de vivre pleinement dans la paix et la concorde ? - Ne doit-on pas y voir une donnée fondamentale de la nature, sa manière même de s'actualiser et de se pérenniser, qui donc justifie les divisions présentent, de tous temps, à tous les niveaux et dans tous les domaines de notre civilisation ? - Mais la question ne renvoie-t-elle pas justement, alors, à la tentative humaine de créer, contre tout déterminisme de ce genre, une communauté d'hommes vivant en paix ? I.

La division comme fondement de la nature Cette idée que la nature, le monde, l'univers tout entier est basé sur la division et le rapport de force n'est pas nouvelle.

Elle est pensée par l'un des tout premiers philosophes : Héraclite.

En effet, ce dernier adopta une pensée de l'Un et du devenir, pensée de l'Être et de l'univers dans son aspect multiple et changeant.

Il considère le « Feu » comme principe premier, principe de toute chose.

En ce sens chaque chose n'est que du feu transformé.

Mais ce « Feu », en même temps qu'il est le principe de toute chose, est « polémos » (« guerre » en grec).

Cela signifie qu'à tous les niveaux, cosmique et anthropologique, les contraires s'affrontent dans une lutte permanente et indéfinie. Tout est, selon Héraclite, mû par cet antagonisme originel et primordial de forces en opposition incessante. Paradoxalement c'est cette tension perpétuelle qui est créatrice d'équilibre.

Celui-ci n'est pensable que comme équilibre des tensions, point de rencontre de ces forces antagonistes.

Héraclite est le premier à proposer une pensée « ontologique » (sur l'Être) basée sur une « dialectique » (confrontation totale et incessante des contraires) harmonieuse.

La division, principe de la nature et de l'univers, est cela même qui, aux yeux du penseur, permet de comprendre son dépassement dans l'harmonie, l'équilibre des contraires.

La raison est alors à la fois le lieu de rencontre des contraires et également le lieu de leur dépassement dans l'harmonie. Mais alors Héraclite nous propose de considérer la division comme raison d'être du monde et, a fortiori, comme facteur indépassable et principe régissant les rapports entre les êtres qui composent ce monde : les humains n'échappent pas à cette règle d'or.

Cette dialectique serait alors manifeste au sein de toutes les activités et de tous les domaines de la vie des hommes.

Qu'elle soit philosophique, morale, politique, physique, historique, la division est un thème récurrent et effectif chez nombres d'auteurs. Hobbes, par exemple, conçoit l'état de nature comme un état de guerre de tous contre tous : « L'homme est un loup pour l'homme », dira-t-il (reprenant l'adage de Plaute « homo homini lupus »).

Dans Le Léviathan, ou apparaît cette thèse, Hobbes pense cet état de guerre entre les hommes comme résultante de l'hétérogénéité des désirs.

La division entre les hommes est naturelle car basée sur cet antagonisme des désirs de chacun avec ceux d'autrui. L'homme se définit chez Hobbes comme ensemble de désirs et d'appétits.

Cet ensemble est le « conatus », « plus petit commencement du mouvement imperceptible », « mouvement vital ».

Il se caractérise par l'orgueil, la vanité, l'aspiration à la gloire, « désir perpétuel et sans trêve d'acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu'avec la mort ».

La raison qui pousse l'homme à entrer en conflit avec ses semblables est cet appétit démesuré lui-même. Hobbes y voit la cause de la division entre les hommes. Hobbes est considéré, avec Machiavel, comme le fondateur de la politique moderne.

Contemporain de la Révolution anglaise du XVII ième siècle, Hobbes sera frappé de la violence de la guerre civile et des conséquences désastreuses de la vacance du pouvoir.

Au chapitre XII du « Léviathan », il écrit : « Il apparaît clairement par là, qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition que l'on nomme guerre, et que cette guerre est guerre de chacun contre chacun.

» L'expérience inédite qu'est la Révolution va amener Hobbes à se faire le théoricien d'un pouvoir fort, de l'absolutisme. Hobbes appartient au courant dit du « droit naturel » qui rompt avec les conceptions politiques traditionnelles.

L ‘héritage antique affirmait avec Aristote que « l'homme est un animal politique » et assurait la prééminence de la communauté sur l'individu.

L'héritage chrétien, le droit divin, interdisaient toute contestation de l'autorité politique, laquelle était censée venir de Dieu. La Réforme religieuse de Martin Luther au XVI ième ébranle la tradition catholique et rejette le pouvoir qu'exerçait le pape non seulement sur les Eglises, mais aussi sur les Etats.

La philosophie de Descartes fait du passé table rase et place la conscience, l'homme conçu comme volonté autonome, au centre de l'univers.. »

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