Que serais-je sans toi ?
Extrait du document
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Introduction :
Notre culture met en avant la valeur de l'individualisme qui permet à la société de reconnaître la liberté comme
fondamentalement individuelle.
Mais cela risque de nous faire oublier que l'individu est dépendant des autres et qu'il
ne serait peut être rien sans les autres.
La question est de savoir ce que serait l'individu indépendamment d'autrui.
Le moi psychologique existerait il sans la
relation à l'autre? Que serait il?
D'autre part le « je » comme sujet libre et indépendant n'est il qu'une abstraction?
Problématique :
Le moi peut il exister sans un autre?
I : L'homme est un animal social
1.
Il n'y a pas de conscience sans une autre conscience.
Hegel parle d'une dialectique des consciences : le moi et le toi se constituent
mutuellement par le désir de se reconnaître l'un dans l'autre.
Cette situation
culmine selon Hegel dans la relation maître/esclave qui est guidée par le désir
de maîtriser l'autre pour qu'il reconnaisse ma force.
Donc pas de « je » sans
un « toi » qui le reconnaisse.
Pour toute conscience de soi, il y a une autre conscience de soi ; autrement
dit, chaque conscience ne peut avoir l'intuition de soi que dans une autre
conscience.
Chacun ne peut se saisir comme conscience que dans la
conscience de l'autre où il se reconnaît d'abord comme identique.
Mon Je est
le même que le Je de l'autre.
Mais l'un n'est pas l'autre : chacun est l'un pour
l'autre une présence concrète et objective, et chacun exige de l'autre d'être
reconnu comme conscience de soi, c'est-à-dire comme conscience autonome
et libre.
La conscience ne peut être qu'à la condition d'être reconnue, mais
cette reconnaissance doit être celle de ma propre liberté, de mon autonomie,
une reconnaissance de moi en tant que sujet.
Je ne suis pas une simple
présence concrète, je suis plus que cela.
Afin d'être reconnue comme
conscience libre, chaque conscience doit se représenter pour l'autre, comme
"libérée de la réalité naturelle présente".
Aucune conscience n'est donc
immédiatement donnée.
Sans être reconnue par une autre conscience, ma
conscience n'est rien.
Mais pour être reconnue en son essence, la liberté, elle
doit nier son pur être-là immédiat, autrement dit se transcender.
La lutte des consciences et le rapport asymétrique de la liberté et de la servitude
Le coeur du rapport entre les consciences est le conflit.
Il n'y a pas de coprésence ou de cohabitation possible sur
un mode égal, il y a toujours - du moins potentiellement - un rapport de maîtrise et de servitude.
Chaque
conscience cherche à se manifester face à une autre conscience, comme un être-pour-soi absolu, c'est-à-dire un
être absolument libre, qui préfère la liberté à la vie naturelle présente et donnée.
La conscience serve, inversement,
est la conscience qui préfère la vie à la liberté, et qui renonce par conséquent à s'abstraire, pour la dépasser, de la
réalité sensible.
Tout rapport entre les consciences est par conséquent asymétrique : dans un rapport vivant entre
deux consciences, il y en a toujours une qui préfère la liberté, et nie pour cela ce qui est; et l'autre qui préfère s'en
tenir à la réalité présente qui lui semble essentielle.
La conscience maître choisit la liberté au péril de sa vie même,
et se fait reconnaître comme telle
par l'autre conscience, en usant si besoin est de la force et de la violence, tandis que la conscience serve est la
première qui renonce à la lutte, préférant conserver son existence au prix de sa liberté, de son autonomie et de sa
volonté.
Plutôt servir que mourir, pense le serviteur ; plutôt mourir que perdre ma liberté face à l'autre, proclame le
maître.
La liberté en question dans le rapport des consciences
Il faut observer que la liberté du maître est négative, puisqu'elle consiste simplement dans un mouvement de
négation de la réalité présente.
Elle tire son héroïsme et son courage de l'absence de crainte de la mort.
Elle se
prouve par la force de négation.
Pourtant, la liberté au sens positif serait celle d'une égalité à soi dans l'altérité, une
identité de son soi reconnu dans un autre soi, une liberté présente dans la réalité même.
Le serviteur n'a pas de soi
: son soi est un autre soi, c'est celui du maître, dans lequel il s'aliène, tout en gardant l'intuition que son soi
essentiel est ailleurs, qu'il lui échappe.
Le maître a l'intuition que le Je du serviteur est supprimé, et que sa propre
volonté s'incarne et se conserve dans "son" serviteur.
Craignant son maître, celui-ci n'a pas de volonté propre : elle.
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