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Ne peut-il y avoir de l'art sans artiste ?

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« C'est question qui peut sembler étrange, car à partir du moment où il y a art, il y a forcément un artiste qui est l'origine de l'œuvre.

Question aussi paradoxale à la vue de l'art contemporain qui tend de son côté à supprimer la notion d'œuvre d'art.

Ces deux paradoxes iraient peut être ensemble dans la mesure où l'artiste après avoir été mis en avant depuis la Renaissance aurait perdu de son « aura » et de son prestige, il ne serait plus l'inventeur et le créateur génial, mais juste un transmetteur.

Et si l'artiste n'était qu'un moment dans l'histoire de l'art et non un corollaire obligatoire de l'art.

Combien d'œuvre connaît-on sans que nous connaissions les artistes ? L'art du Moyen Age, l'art antique, égyptien, préhistorique est l'œuvre le plus souvent d'artistes que l'on ne connaît pas. 1) L'émergence de l'individualité et de l'artiste. L'artisan devint artiste à la Renaissance, il acquis une nouvelle dignité.

C'est la naissance de l'individualité moderne qui a concouru à forger la notion même d'artiste.

A une société clanique médiévale basée sur le groupe, apparaît progressivement l'individualisme par le biais des élites et de la noblesse.

La naissance du « moi » et du « je » dans la littérature à l'exemple de Montaigne au 16e siècle puis de Descartes illustre l'apparition du sentiment de l'existence séparée de l'individu par rapport au reste du monde.

L'artiste exprime sa subjectivité, il s'affiche sur le devant de son œuvre.

Aussi, on peut glorifier à partir de là l'artiste lui-même et non l'œuvre dans une quasi vénération.

Au début de la Renaissance, l'attention nouvelle accordée à l'artiste ne dépend pas uniquement des mutations conjointes du pouvoir économique et politique ; l'évolution de son statut est induite par d'autres transformations sur le plan philosophique.

Si, au Moyen Âge, les défenseurs de la pensée scolastique tiennent les praticiens toujours rattachés aux « Arts mécaniques » à l'écart des spéculations intellectuelles, il semble que la pensée humaniste néoplatonicienne, telle qu'elle se développe dans la Florence du 15e siècle, ne persiste pas dans cette exclusive et cherche plutôt à unifier les aspirations humaines en changeant les règles éthiques et esthétiques.

De cette nouvelle attitude naît le concept d'art, reflet de la nature, elle-même miroir de la pensée divine, qui va porter le débat au sein du champ intellectuel, en levant une partie des réticences : pour les artistes, l'enjeu devient la reconnaissance de leur aptitude à se dégager de la pratique (telle que Michel-Ange la symbolise en arrachant et en délivrant ses Esclaves de la matière) et de leur capacité à égaler les plus abstraites des constructions mathématiques, rhétoriques ou poétiques.

Il a donc exister de l'art sans qu'il existe proprement dit des artistes tels qu'on les connaît. 2) La mort de l'artiste. L'art à l'époque de la consommation de masse a vu remettre en question le statut de l'artiste, l'art contemporain à partir du surréalisme et du dadaïsme a peu à peu évacué l'idée même d'artiste.

Par les procédés de l'écriture automatique, par l'hypnose, retire par ce biais le pouvoir à l'artiste d'être l'origine consciente de l'œuvre.

Le mouvement Dada avec Duchamp et ses ready-made détruit l'image de l'artiste comme créateur et comme fabricant d'objet.

Les arts du recyclage du Nouveau Réalisme qui ressemble plus à de la récupération inaugure une période de l'art sans artiste.

L'heure des happenings, des performances, de l'art brut laisse penser qu'il est possible de créer des œuvres d'art sans être artiste.

Le simple défoulement d'instincts, des lacérations de toiles, d'affiches, le simple déplacement d'un objet dans un autre contexte que son contexte d'origine suffit à élever un objet au rang d'objet artistique.

Il devient difficile de distinguer ce qui différencie un artiste d'un autre individu.

L'art populaire et naïf est sans artiste.

Les objets rituels et parfois de la vie quotidienne de l'art primitif ont été haussés au rang d'œuvres d'art à part entière sans que des artistes au sens occidental du terme aient travaillé dessus. 3) L'art et le hasard. L'irruption de l'aléatoire et du hasard dans l'art doit beaucoup à la musique.

Mais c'est un aléatoire crée et voulu. Les expériences de John Cage, Stockhausen, Boulez.

Ils brisent le concept d'œuvre envisagée comme objet d'art « fini », déterminée par le contrôle « absolu » du compositeur sur l'écriture.

L'indétermination va contaminer jusqu'à l'acte même de création.

Ainsi, la responsabilité face au résultat sonore, face à la partition écrite se voit remise en question et, avec elle, la perception, l'appréhension, les habitudes des interprètes en regard du nouveau rôle que les compositeurs leur confient.

Il s'agit de créer un cadre d'indétermination, et il y a à l'origine un projet artistique.

De même tout improvisation est née d'une volonté artistique.

Les notes de musique ne naissent pas seules.

La nature seule ne peut créer des œuvres d'art, elle peut créer du beau naturel.

On ne peut imaginer des œuvres autres que d'origine humaine.

Il ne peut y avoir d'art sans homme, mais il peut y en avoir sans artiste. Conclusion. Il peut exister un art sans artiste, au sens où le fait d'être artiste est un statut que la culture a crée, qu'il est un phénomène historique destiné à disparaître.

Valoriser l'artiste au détriment de l'œuvre n'est plus autant d'actualité qu'à l'époque romantique, puisque la subjectivité a moins place dans les procédés.

A l'heure des performances, du recyclage, l'important n'est plus l'individu qui se trouve derrière la démarche mais la démarche elle-même.

C'est le geste qui fait l'art.. »

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