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L'État n'a-t-il d'autre fonction que de protéger la liberté des citoyens ?

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« L'État n'a-t-il d'autre fonction que de protéger la liberté des citoyens ? Cette question, fort débattue dans la politique contemporaine, partage les esprits en deux écoles. La première étend au maximum les droits et attributions de l'État ; la seconde, au contraire, les réduit jusqu'à supprimer presque entièrement son intervention. Selon les partisans de la première doctrine, le rôle de l'État dans une société est presque illimité.

La plus grande partie des faits de la vie sociale sont sous sa juridiction.

C'est lui qui doit être chargé de tous les services d'intérêt général ; il doit tout entreprendre, tout diriger officiellement.

Il se substitue aux individus, les absorbe, supprime en eux toute initiative, agit, prévoit, veut et pense pour eux.

C'est l'État-Providence.

Les individus sont ses instruments : ils sont tous fonctionnaires. Dans les rêves de certains théoriciens de cette école, l'État serait seul propriétaire, seul industriel, seul commerçant, seul entrepreneur de travaux, seul dépositaire de la fortune publique, 'seul artiste, directeur de spectacles, producteur et dispensateur de jouissances intellectuelles; etc.

Beaucoup de socialistes n'ont pas d'autre idéal.

Il est superflu de s'arrêter aux multiples inconvénients d'un tel régime :le moindre n'en est pas l'absolu despotisme, l'annihilation de l'individu, l'ingérence continuelle et insupportable d'une autorité officielle dans la vie privée, la tyrannie anonyme d'une entité insaisissable, omniprésente et irresponsable. La doctrine adverse n'est pas moins exagérée.

Ses partisans prétendent que toute action de l'État est nuisible, inféconde, tyrannique, et doit être proscrite.

Il faut laisser à l'initiative individuelle tous les actes de la vie sociale, même ceux qui portent le plus nettement le caractère d'actes publics et ne sont accomplis que pour satisfaire à des besoins collectifs.

Dans le régime préconisé par ces théoriciens, pas de justice publique, pas d'armée, pas de police, aucune administration, pas de travaux publics : des particuliers ou des associations assument toutes les fonctions, se chargent de tous les services, exécutent toutes les oeuvres.

La fonction suprême elle-même, le gouvernement disparaît dans certaines conceptions des plus intransigeants disciples de cette école, qui, pour cette raison, se disent anarchistes.

De telles utopies n'ont pas besoin d'être réfutées. La vérité est dans une opinion intermédiaire : l'État ne doit ni ne peut tout faire ; ce n'est pas une raison pour soutenir qu'il ne doit rien faire.

Protéger la liberté des citoyens est un minimum d'action presque partout insuffisant.

Il y a un certain nombre de services publics que l'État accomplit mieux que les particuliers, parce qu'il a plus d'autorité, plus d'unité de vues, plus de continuité dans l'action, et une impersonnalité qui, dans certains cas, est une condition de succès.

Les meilleurs esprits sont d'accord pour lui réserver les fonctions suivantes : défense (armée et police) ; justice, relations internationales, finances, postes, instruction publique (au moins dans une certaine mesure; on peut discuter le droit de monopole). Mais en général, on doit reconnaître qu'il y a intérêt à ne pas multiplier outre mesure les attributions de l'État.

S'il y a certaines choses qu'il fait bien, il en est beaucoup d'autres qu'il fait mal.

et surtout qui lui coûtent infiniment plus cher qu'aux particuliers.

Presque toujours l'entreprise de l'État est onéreuse.

D'autre part, il met à la tête de ses services des hommes d'une culture intellectuelle très développée, élèves des grandes écoles spéciales, dont la valeur scientifique et la haute compétence sont au-dessus de toute contestation ; mais il arrive alors que ces savants sont employés à des travaux fort au-dessous d'eux, et l'État mérite alors le reproche que l'on nous adresse quelquefois à l'étranger sous cette forme humoristique : fendre des bûches avec des rasoirs.

Dans tous les services où il y a beaucoup d'argent à dépenser et du « coulage » possible, l'entreprise individuelle est toujours plus économique que celle de l'État.

Elle est aussi plus rapide, parce qu'elle n'est pas formaliste.. »

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