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Le travail fait-il le malheur de l'homme ?

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De part son étymologie (instrument de toture), le travail évoque l’oppression voire l’aliénation. Dans le même ordre d’idée, Alain dira que l’essence du travail est d’être « forcé ».
Toutefois, le travail paraît, d’un autre côté, être la condition de possibilité même du bonheur de l’homme. N’est-il pas un moyen d'exprimer toutes nos capacités manuelles et intellectuelles. Ne permet-il pas de donner un sens à l’existence, de nous libérer des nécessités naturelles, de nous insérer au sein de l’ordre social ? Le travail est-il vraiment une malédiction ? Le signe de notre déchéance comme le rappelle la Bible ?
 
Dans un premier temps, nous envisagerons le travail comme source de liberté et d’épanouissement de soi. Ensuite, à travers les analyses marxistes d’exploitation et d’aliénation, nous parlerons du travail comme d’un malheur. Enfin, tentant de dialectiser le sujet, nous tenterons d’envisager, avec Nietzsche, les conditions d’une activité à la fois laborieuse et artiste.
 
  • I) Le travail comme source de bonheur individuel et social. Il faut travailler pour être homme. Une société heureuse exige le travail de chacun.
  • II) Le travail comme malédiction malheureuse: Le travail comme exploitation de chacun et aliénation de tous.
  • III) Un travail créateur: L'artiste, ce Sisyphe heureux.


« Le travail est un effort, individuel ou collectif, physique ou intellectuel, conscient, délibéré, créatif, professionnel ou non, dont le but est la concrétisation d'un projet, d'une idée.

De nos jours, le travail occupe une place primordiale dans la vie des hommes, il est souvent considéré comme une preuve d'identité dans la société.

Dans notre société moderne, l'homme travaille pour vivre, c'est une nécessité, afin de pouvoir subvenir après ses besoins primaires, à ses besoins secondaires (confort matériel, loisirs…).

Au sens économique, le travail désigne une activité rémunérée fatigante, nécessitant de l'énergie et demandant des efforts.

D'ailleurs, l'étymologie du mot travail est tripalium (VI ième siècle) qui désigne un instrument de torture formé de trois pieux, auquel on attachait les esclaves pour les punir.

Le travail a donc originellement une connotation pénible de contrainte, de souffrance.

Le sujet nous invite à réfléchir sur le lien existant entre le travail et la capacité de l'homme à être heureux.

Ainsi, le travail peut-il être source de malheur, ou au contraire, participe–t'il au bonheur de l'homme ? Comment alors accéder au bonheur par le travail ? La plupart de nos besoins et désirs ne peuvent être satisfaits que par un travail long et pénible.

Chez les philosophes grecs, le travail est jugé indigne de l'homme véritable car seuls les esclaves en sont chargés.

La mentalité chrétienne confirme que le travail est bien une punition douloureuse, une malédiction.

C'est après le péché originel qu'Adam et Ève ont été chassés du Paradis : et le premier devra dès lors « gagner son pain à la sueur de son front », et la seconde « enfanter dans la douleur ».

Ainsi, dès l'Antiquité, le travail est perçu comme une punition, une condamnation qui ne peut rendre l'homme que malheureux. Considérons cette formule de Boris Vian : "Le travail, c'est ce qu'on ne peut pas s'arrêter de faire quand on a envie de s'arrêter de le faire." ...

Par exemple, un amateur joue au football quand il le désire.

Il s'arrête de jouer dès qu'il n'en a plus envie.

Un footballeur professionnel est également un joueur, mais a-t'il vraiment envie de se rendre à l'entrainement en cette matinée glaciale de décembre ? Ainsi, de nos jours, le travail reste malgré tout une contrainte, même si parfois on peut prendre plaisir à travailler : un jour ou l'autre, même le travail le plus passionnant, le plus gratifiant peut se révéler éprouvant, énervant… Après avoir affirmé que le travail sépare l'homme de l'animalité, Marx constate que le sens du travail industriel est inversé : au lieu d'humaniser, il abrutit.

En effet, jusqu'au XVII ième siècle, c'est l'artisan qui produit les outils et les biens matériels utiles à chacun. Présent à chaque étape de la fabrication, l'artisan a un contrôle total sur l'objet. Dans une série de manuscrits intitulée Manuscrits de 1844, Marx montre qu'au XIX ième siècle, le travail se dépersonnalise.

La division des tâches aboutit à réduire le travail de l'ouvrier à un acte parcellisé, répétitif, abrutissant.

Pour l'homme, le travail n'est pas une activité dans laquelle il est heureux, s'épanouit, se réalise mais uniquement une contrainte nécessaire pour pouvoir survivre dans la société. Toutefois, il faut bien concéder le fait que le travail rend l'homme heureux.

En effet, si le travail reste pénible, énervant ou abrutissant, il engendre le bonheur parce qu'il permet une vie agréable et confortable. Au XVIII iéme siècle, Voltaire, célèbre philosophe des Lumières rédige Candide dans lequel il affirme « Le travail éloigne de nous trois grands maux, l'ennui, le vice et le besoin.

» Dans cette œuvre, Voltaire cherche à nous montrer que l'immature Candide acquiert un bonheur solide grâce au travail qu'il exerce à la métairie.

Cette idée est partagée par Hegel qui montre dans La dialectique du maître et de l'esclave que le travail est le chemin de l'autonomie: il est la source de tout progrès humain.

En effet, comme l'a souligné Marx, le travail humain contribue à transformer l'homme tout autant que la nature.

L'homme détermine dans sa conscience, le but qu'il veut atteindre avant de le réaliser.

Le travail requiert ainsi l'intervention de facultés de l'esprit telles que l'intelligence, la mémoire, l'imagination ou encore la volonté.

Il permet donc un épanouissement culturel certain et une véritable construction de l'être.

Le travail forme et éduque, il transforme le monde et civilise.

C'est donc par le travail que l'homme se réalise en tant qu'homme, s'épanouit et accède au bonheur. En plus d'assurer un épanouissement personnel et culturel, le travail est un facteur de développement des relations sociales mais il nous permet également d'acquérir une stabilité, et une sécurité financière.

En effet, c'est en travaillant que nous pouvons gagner de l'argent.

Ce gain d'argent permet par la suite de se procurer des biens utiles à la survie et à la vie.

Un emploi qui offre la possibilité de gagner beaucoup d'argent a bien sûr quelque chose d'intéressant, de motivant. A l'inverse, le chômage entraîne un traumatisme car on perd, momentanément une part de son identité, de sa sécurité, et c'est une partie de sa vie qui est appelée à changer. Ainsi, le travail est un véritable facteur d'équilibre et en ce sens il participe donc au bonheur de l'homme. Il semblerait donc que le travail permette l'accès au bonheur mais que certaines formes de travail restent aliénantes et sources de malheur.

Ainsi, l'homme, afin d'oublier l'aspect pénible et contraignant de son travail va essayer de profiter de son temps libre.

Ce temps libre et de méditation qui se définit en totale opposition par rapport au travail, Aristote l'appelle " loisir " Dans les sociétés développées contemporaines, le loisir semble avoir retrouvé une place qu'il avait perdue avec les progrès de l'industrie et du capitalisme.

Avec la réduction du temps de travail, les envies de l'homme en loisir s'accentuent.

Le loisir désigne désormais l'activité libre par excellence dans laquelle l'homme s'épanouit pleinement, accède au plaisir et au bonheur.

Cependant, les loisirs ont un coût. L'homme va donc travailler de plus en plus afin d'accéder à un maximum de loisir.

Une nouvelle aliénation apparaît, l'aliénation par le loisir.

Afin d'éviter cette nouvelle aliénation, l'homme doit trouver un compromis entre ce qu'il aime et son travail.

La solution serait de se réaliser complètement par le travail au point que la passion pour ce travail le fasse ressembler à un loisir.

Ainsi, l'homme aurait l'impression de se divertir, il réaliserait son travail avec plaisir et serait finalement heureux.

Concilier travail et passion serait alors la clé d'un bonheur durable. Le travail est une nécessité liée à la survie générale de l'espèce humaine.

Il peut cependant apparaître comme une contrainte lorsqu'il implique activité sans intérêt, horaires abrutissants ou environnement hostile.

Cette contrainte est le plus souvent mal vécue par les individus et lorsqu'ils en ont la possibilité, ils préfèrent s'y soustraire. Travailler occupe une grande partie de notre emploi du temps. Mais aujourd'hui émerge de plus en plus fortement une exigence fondamentale : être heureux dans sa sphère professionnelle.

Car si notre travail nous nourrit et nous occupe, il nous construit également.

Bien choisi, il peut donner un sens à notre vie.

Bien vécu, il nous apporte harmonie et identité.

D'ailleurs Freud affirmait « Aimer bien et travailler bien sont indispensables à une vie équilibrée ». »

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