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Le travail est-il aliénant ?

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« Le travail est libérateur. Le travail est libérateur puisqu'il a permis à l'espèce humaine de s'éloigner de son animalité originaire. En outre, en transformant la nature, l'homme lui donne la forme de son intériorité et peut ainsi accéder à une certaine reconnaissance de lui-même dans ce monde qui porte sa marque. Enfin, en créant quelque chose de stable en dehors de lui, il peut surmonter son angoisse de la mort. Mais si le travail, dans son essence, est libérateur, il a revêtu, dans l'histoire, des formes concrètes aliénantes. Le profit est du travail exploité. Dans la société capitaliste, le travailleur est libre mais il est aussi libre de tout, cad ne possédant que sa force de travail. Il ne la vend pas en bloc une fois pour toutes, mais jour après jour. Le capitaliste achète la force de travail de l'ouvrier à son prix, autrement dit à sa juste valeur. Le profit résulte donc de ce que la quantité de travail que fournit la force de travail est toujours supérieure à celle qui est nécessaire à sa production. La plus-value ou profit résulte donc de la différence entre la valeur d'usage de la force de travail et sa valeur d'échange. Ainsi s'éclaircit le mystère de l'échange chrématistique. Le changement de valeur exprimé par A-M-A', conversion de l'argent en marchandise et reconversion de la même marchandise en plus d'argent, provient de l'utilisation par le capitaliste de cette marchandise particulière dont la valeur d'usage est source de valeur échangeable: la force de travail. Le profit est donc du travail exploité. La division du travail augmente la productivité. La diminution de la journée de travail imposée par les luttes a amené le capital à toujours pousser davantage la division du travail pour augmenter la productivité et maintenir ainsi son taux de profit. La première forme de la division capitaliste du travail est la manufacture. Celle-ci rassemble dans un même atelier des artisans de métiers différents, travaillant ensemble à la fabrication d'un même produit. Ainsi les diverses opérations qui concourent à la fabrication d'un objet sont séparées, confiées chacune à un ouvrier spécialisé. Ce dernier est ainsi confiné dans une tâche mécanique simple qui peut être apprise en quelques instants et exécutée rapidement avec l'habitude. La manufacture entraîne la disparition du savoir-faire artisanal et la déqualification de la force de travail. L'ouvrier ne participe que de façon fragmentaire à la fabrication du produit. Le travail, réduit au maniement d'un outil fragmentaire, devient toujours plus mécanique jusqu'à ce que la machine remplace l'homme. Dans la grande industrie, l'homme n'a plus qu'à surveiller la machine et en corriger les erreurs. La machine-outil permet une utilisation purement mécanique des outils. L'habileté manuelle encore requise dans la manufacture disparaît. La force de travail se dévalorise davantage. De plus le travail devient monotone. Enfin l'intensité du travail augmente dans la mesure où le travailleur doit se plier au rythme imposé par la machine. Le travail et la vie hors travail sont aliénés. Ainsi dans la société capitaliste le travail est aliéné. Vendu à autrui, exploité, il n'est plus pour le travailleur qu'un moyen de gagner sa vie. Non seulement le travailleur n'a aucun droit de propriété sur le produit de son travail, mais aussi et surtout, il est dépossédé réellement de son travail dans lequel « il ne s'affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l'aise mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit ». Le travail est donc du travail forcé. Mais c'est aussi la vie hors travail qui est aliénée : elle n'est plus que temps de repos. Manger, boire, procréer, dit Marx, sont certes des fonctions authentiquement humaines, mais « séparées abstraitement du reste du champ des activités humaines, et devenues ainsi la fin dernière et unique, elles sont bestiales ». Toutefois, on peut penser que ces formes parcellaires et aliénées du travail ne sont, dans l'évolution séculaire de la production, que les mauvais côtés par lesquels des formes plus avancées pourront se réaliser »

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