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La réflexion philosophique est-elle une nécessité ?

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« Il y a deux manières de comprendre le sens de la réflexion philosophique : la réflexion philosophique peut être transitive, c'est-à-dire porter sur des objets extérieurs à la philosophie.

Il s'agit donc d'une activité intellectuelle de questionnement portant sur des questions de sens et de valeur.

Mais la réflexion philosophique est également une activité spéculaire, en tant que nous pouvons porter l'effort de l'activité philosophique sur la philosophie elle-même. La réflexion s'entendra donc comme le retour que fait la philosophie sur la philosophie, pour en comprendre la nature propre et les fins. Une chose qui a le caractère de la nécessité est une chose dont nous avons absolument besoin, que nous jugeons indispensable. A première vue, la réflexion philosophique ne semble pas une nécessité, dans la mesure où seules les choses indispensables à la perpétuation de la vie semblent à proprement parler nécessaires.

Le nécessaire semble donc se confondre avec l'utile pour la vie.

Mais nous nous demanderons si le concept de nécessité ne serait pas irréductible à celui d'utilité, de sorte que nous puissions juger nécessaire tant la réflexion philosophique transitive que la réflexion philosophique spéculaire. I. a. La réflexion philosophique n'est pas nécessaire car elle est utile La réflexion philosophique n'est pas un moyen pour une fin A première vue, il n'est pas difficile de répondre à notre question : la réflexion philosophique ne saurait être une nécessité, dans la mesure où elle n'est pas un moyen en vue d'une fin.

En effet, elle se caractérise par sa valorisation du doute, de la démarche lente et réfléchie, par la suspension du jugement que les stoïciens nommaient « épochè ».

Par conséquent, la réflexion philosophique n'est pas nécessaire, puisqu'elle peut représenter un obstacle à la recherche de fins directement utiles, en n'incarnant pas une forme d'action dans le monde, d'une part, mais de surcroît en ralentissant et soumettant à la loi du doute toute forme d'action dans le monde. b. La réflexion philosophique n'est pas nécessaire pour la préservation de la vie Mais plus largement, nous dirons que si la réflexion philosophique ne saurait passer à nos yeux pour une nécessité, c'est parce qu'elle n'est en aucun cas un moyen d'action en faveur de la préservation et de la perpétuation de la vie.

Spinoza montre en effet dans l'Ethique que tout vivant est poussé à persévérer dans son être propre, c'est-àdire à protéger son existence et à faire en sorte que la vie de l'espèce se perpétue après lui : c'est ce qu'il nomme le conatus.

Or, dans la mesure où la réflexion philosophique n'est en aucun cas le moyen de cette fin, la seule que nous puissions juger à proprement parler nécessaire, et dans la mesure où elle peut même passer pour un obstacle dans la réalisation de cette fin (la réflexion philosophie place un intermédiaire temporel entre la projection d l'action et l'action elle-même) nous dirons que la réflexion philosophique n'est pas une nécessité. II. a. La réflexion philosophique est nécessaire car elle est essentielle La réflexion philosophique est nécessaire à la morale Cependant, n'avons-nous pas pris le concept de nécessité dans un sens trop restreint, qui le fait équivaloir au concept d'utilité ? En effet, le nécessaire est l'utile, mais pas uniquement : nous parlons d'une chose nécessaire lorsque nous parlons de l'indispensable, et non pas seulement du vital.

Nous nous demanderons donc si la réflexion philosophique n'est pas une nécessité, dans la mesure où elle nous porte à une interrogation sur les fins et la valeur de nos actes.

En ce sens, la philosophie est moins une nécessité vitale qu'une nécessité morale : elle est le moyen non de vivre une vie comme un être naturel parmi d'autres, mais une vie proprement humaine, qui ne se sépare pas de certaines valeurs que nous considérons inséparables de la condition d'homme.

Ainsi la réflexion philosophique, en tant qu'elle soulève des problèmes éthiques, est une nécessité pour vivre une vie juste, la vie d'un homme et non d'un animal parmi d'autres. b. La réflexion philosophique « pose des questions de valeur » Mais nous dirons plus largement que la réflexion philosophique est une nécessité, non parce qu'elle répond indubitablement à des questions, mais parce qu'elle est l'activité qui fait émerger des « questions de valeur ».

C'est la thèse de Russell dans le texte suivant : “L'esprit qui s'est accoutumé à la liberté et à l'impartialité de la contemplation philosophique, conservera quelque chose de cette liberté et de cette impartialité dans le monde de l'action et de l'émotion; il verra dans ses désirs et dans ses buts les parties d'un tout, et il les regardera avec détachement comme les fragments infinitésimaux d'un monde qui ne peut être affecté par les préoccupations d'un seul être humain.

L'impartialité qui, dans la contemplation, naît d'un désir désintéressé de la vérité, procède de cette même qualité de l'esprit qui, à l'action, joint la justice, et qui, dans la vie affective, apporte un amour universel destiné à tous et non pas seulement à ceux qui sont jugés utiles ou dignes d'admiration.

Ainsi, la contemplation philosophique exalte les objets de notre pensée, et elle ennoblit les objets de nos actes et de notre affection ; elle fait de nous des citoyens de l'univers et non pas seulement des citoyens d'une ville forteresse en guerre avec le reste du monde.

C'est dans cette citoyenneté de l'univers que résident la véritable et constante liberté humaine et la libération d'une servitude faite d'espérances mesquines et de pauvres craintes. Résumons brièvement notre discussion sur la valeur de la philosophie : la philosophie mérite d'être étudiée, non pour y trouver des réponses précises aux questions qu'elle pose, puisque des réponses. »

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