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Dans quelle mesure le jugement est-il soumis à l'action de la volonté ?

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« Dans quelle mesure le jugement est-il soumis à l'action de la volonté ? INTRODUCTION.

— On oppose souvent ou, au contraire, l'on rapproche à plaisir intelligence et volonté, de la même manière que l'on oppose ou rapproche connaissance et action.

A u fond, c'est la même question; et elle ne constitue pas l'un des moindres problèmes de la psychologie et de la métaphysique. Le jugement étant l'acte fondamental de l'intelligence humaine (« penser c'est juger », a pu dire KA NT), si nous envisageons le rôle qu'y peut jouer la volonté, faculté de l'action, nous devons nous attendre à nous trouver en face des attitudes principales qui caractérisent les solutions données à ce problème général : les unes, gâtées plus ou moins par l'esprit de système et péchant par excès ou par défaut, la dernière enfin étudiant les faits de façon plus objective et apportant une réponse mesurée. PREMIÈRE RÉPONSE : LE JUGEMENT DÉPEND ENTIÈREMENT DE LA VOLONTÉ. C 'est la réponse volontariste intégrale de la v thèse cartésienne, ainsi que la tendance pragmatiste. A .

Elle s'appuie : a) Sur quelques faits : nécessité de la volonté, en certains cas, pour découvrir la vérité; pouvoir qu'elle a parfois de suspendre le jugement. b) Sur des conceptions préjugées : — l'entendement est plus ou moins passif et ne fait que concevoir les idées, la volonté seule est capable d'unir activement les termes par un lien ou rapport (DESC ART ES); — l'intelligence est un instrument au service de l'action et l'on n'adhère à une affirmation qu'autant que la volonté pourra l'utiliser (William JA MES 'et les pragmatistes). B.

Il en résulte que l'affirmation du rapport étant un acte propre de la volonté, le jugement (sauf dans les cas d'évidence immédiate, ou idées claires de D E S C A RTES, qui ont une action nécessitante) est un acte libre et imputable à l'agent, car « liberté et volonté ne font qu'un ». C 'est de ce principe que D E S C A RTES conclut à la culpabilité de toutes nos erreurs : la volonté a tranché, dans ce cas, sans avoir les idées claires nécessaires. Une telle conséquence suffirait à elle seule à suggérer des doutes sur la valeur et la légitimité de cette première réponse. DEUXIÈME RÉPONSE : LE JUGEMENT NE DÉPEND NULLEMENT DE LA VOLONTÉ, MAIS DE L'INTELLIGENCE SEULE. A .

C ette réponse intellectualiste se présente aussi sous deux nuances : a) La tendance empiriste de HUME et TA INE, suivant laquelle l'assenti ment est entraîné par la seule force de l'impression représentative sur l'esprit. b) La tendance plus spiritualiste de SPINOZA , pour lequel l'adhésion de l'intelligence est déterminée par la vivacité intrinsèque des idées et l'évidence claire du rapport. B.

Une telle position présente, dans son exclusivité, des difficultés diamétralement opposées à celles de la thèse précédente : a) Elle néglige ce qu'il y a à'actif et de personnel dans le jugement et la croyance, des esprits différents portant sur les mêmes données des affirmations différentes qui, évidemment, ne reposent pas toutes sur les idées considérées du point de vue objectif.

Souvent aussi, nous percevons les rapports et n'arrivons pas à porter un jugement. b) Une conséquence immédiate de cette position serait évidemment la non-imputabilité de toutes nos erreurs qui, provenant de l'intelligence seule, ne rentreraient nullement dans le champ de notre responsabilité. c) Cette solution, imprégnée, elle aussi, de préjugés, et dictée soit par l'empirisme, soit par le panthéisme, ne paraît' pas donner la réponse satisfaisante et définitive. Il faut rechercher quelque chose de plus objectif et moins exclusif. TROISIÈME RÉPONSE : LA PART DE LA VOLONTÉ DANS LE JUGEMENT. A .

Il suffit pour cela d'une analyse de cette opération et de l'examen des faits. a) A bien considérer tout jugement, il apparaît aisément comme une prise de possession, une appréhension d'un rapport ou lien entre deux idées : par exemple, terre et ronde; ce lien une fois perçu, est accepté ou affirmé par l'esprit, qui en fait ainsi l'assimilation. C es deux phases, parfois même à peine distinctes, appartiennent donc spécifiquement à l'ordre intellectuel.

Et l'on peut sur ce point donner raison à SPINOZA : l'esprit est l'agent essentiel du jugement. b) Quant aux faits : les uns sont nettement de même sens intellectualiste : — il est des vérités pour ou contre lesquelles ne peut rien aucun effort de volonté : axiomes mathématiques, évidences immédiates de fait; — il est d'autres connaissances qu'aucun acte de volonté ne saurait me faire accepter (par exemple, un théorème que je ne comprends pas); la volonté de croire constituerait plutôt « une raison de douter », comme dit RABIER. c) D'autres faits, au contraire, nous mettent en présence de rapports perçus par l'intelligence (par exemple, dans l'ordre historique ou philosophique) et devant lesquels aucune affirmation n'est portée : de tels cas rendent manifeste la nécessité (et l'existence quand survient l'adhésion) d'une intervention de la volonté. B.

Essayons d'en préciser la portée et d'en déterminer le rôle exact : a) Dans bien des cas, ce rôle de l'élément volontaire n'est qu'indirect : 1° Il s'agit le plus souvent de fixer l'attention sur une proposition ou un objet pour en percevoir la valeur ou le bienfondé. 2° Il faudra fréquemment encore, surtout dans les questions d'ordre moral ou métaphysique, se mettre dans les dispositions subjectives qui seules permettront la perception de la vérité objective. 3° D'autres fois encore, lorsqu'une proposition est démontrée solidement, des difficultés intellectuelles ou imaginatives pourront surgir contre le « comment » de la doctrine, sans porter atteinte à la valeur de la preuve elle-même : il appartiendra, dans ce cas, à la volonté, d'exclure et chasser ces objections imprudentes et de transformer ainsi une certitude imparfaite en adhésion véritable. b) La volonté doit parfois aller plus loin et assumer un rôle direct. Dans certains cas (cela arrive, par exemple, en face d'une vérité historique dont l'évidence est d'ordre extrinsèque), l'esprit ne voit pas la valeur du rapport entre les idées elles-mêmes et, par conséquent, ne peut affirmer ce lien par ses propres forces.

Il faudra pour l'y amener une intervention, un ordre de cette faculté dominatrice qu'est la volonté. CONCLUSION.

— On le voit : tout en étant parfois nécessaire et souvent utile, ce rôle de la volonté n'est jamais suffisant au jugement ni son constitutif essentiel: si l'on juge d'après elle ou grâce à elle, ce n'est pas elle qui juge.

Mais ce rôle nous montre du moins, une fois de plus, l'unité de notre vie psychologique par l'étroite et fréquente interaction entre notre faculté de juger et la volonté, pouvoir d'agir.. »

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