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Changer d'avis est-ce faire acte de liberté ?

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« Problématique La première démarche consiste à se demander quels sont les termes qui sont mis en opposition dans cette question. Ici, il s'agit évidemment d' « avis » (et même « changer d'avis ») et « liberté » Alors pourquoi opposer ces deux mots ? Peut-être pour mettre en avant l'ambiguïté que soulève l'idée d'opinion qui, comme on le sait, est une ennemie farouche de la philosophie.

Et l'expression « changer d'avis »met précisément en avant l'aspect changeant, versatile, de l'opinion qui ne peut s'ériger comme véritable connaissance. Alors, si l'on s'accorde assez aisément à penser que l'opinion s'oppose à la vérité, pourquoi la confronter à la liberté ? La deuxième question qu'il faut se poser concerne donc la définition même de la liberté et ce, dans son rapport à l'opinion.

Etre libre, n'est ce pas avoir une certaine constance dans les choix que l'on fait ? Il faut ici penser à l'expression : « avoir le courage de ses opinions » qui insiste sur le fait qu'exposer son avis comporte parfois des dangers qu'il faut savoir surmonter et assumer, c'est à dire rester constant, ce qui est précisément gage de liberté. Proposition de plan : I/ L'opinion comme bouclier face à soi-même En se cachant derrière des opinons qui ne sont que des jugements hypothétiques qui n'émanent pas d'une réflexion personnelle, l'homme fait-il vraiment acte de liberté ? N'est-il pas, en vérité complètement assujetti dans son être propre à la seule opinion d'autrui ? En s'appropriant une idée « toute faite », il semble davantage manifester sa servitude à l'égard de jugements qui ne sont en réalité pas les siens. « Avoir une opinion, c'est affirmer, même de façon sommaire, la validité d'une conscience subjective limitée dans son contenu de vérité.

La manière dont se présente une telle opinion peut être vraiment anodine.

Lorsque quelqu'un dit qu'à son avis, le nouveau bâtiment de la faculté a sept étages, cela peut vouloir dire qu'il a appris cela d'un tiers, mais qu'il ne le sait pas exactement.

Mais le sens est tout différent lorsque quelqu'un déclare qu'il est d'avis quant à lui que les Juifs sont une race inférieure de parasites, (...).

Dans ce cas, le « je suis d'avis » ne restreint pas le jugement hypothétique, mais le souligne.

Lorsqu'un tel individu proclame comme sienne une opinion aussi rapide, sans pertinence, que n'étaye aucune expérience, ni aucune réflexion, il lui confère même s'il la limite apparemment et par le fait qu'il la réfère à lui-même en tant que sujet, une autorité qui est celle de la profession de foi. Et ce qui transparaît, c'est qu'il s'implique corps et âme ; il aurait donc le courage de ses opinions, le courage de dire des choses déplaisantes qui ne plaisent en vérité que trop.

Inversement, quand on a affaire à un jugement fondé et pertinent mais qui dérange, et qu'on n'est pas en mesure de réfuter, la tendance est tout aussi répandue à le discréditer en le présentant comme une simple opinion.

(...) L'opinion s'approprie ce que la connaissance ne peut atteindre pour s'y substituer.

Elle élimine de façon trompeuse le fossé entre le sujet connaissant et la réalité qui lui échappe. Et l'aliénation se révèle d'elle-même dans cette inadéquation de la simple opinion.

(...) C'est pourquoi il ne suffit ni à la connaissance ni à une pratique visant à la transformation sociale de souligner le non-sens d'opinions d'une banalité indicible, qui font que les hommes se soumettent à des études caractériologiques et à des pronostics qu'une astrologie standardisée et commercialement de nouveau rentable rattache aux signes du zodiaque.

Les hommes ne se ressentent pas Taureau ou Vierge parce qu'ils sont bêtes au point d'obéir aux injonctions des journaux qui sous-entendent qu'il est tout naturel que cela signifie quelque chose, mais parce que ces clichés et les directives stupides pour un art de vivre qui se contentent de recommander ce qu'ils doivent faire de toute façon, leur facilitent - même si ce n'est qu'une apparence - les choix à faire et apaisent momentanément leur sentiment d'être étrangers à la vie, voire étrangers à leur propre vie. La force de résistance de l'opinion pure et simple s'explique par son fonctionnement psychique.

Elle offre des explications grâce auxquelles on peut organiser sans contradictions la réalité contradictoire, sans faire de grands effort.

A cela s'ajoute la satisfaction narcissique que procure l'opinion passe-partout, en renforçant ses adeptes dans leur sentiment d'avoir toujours su de quoi il retourne et de faire partie de ceux qui savent.

» Theodor ADORNO Modèles critiques, Paris, Payot, 1984, pp.

114 à 119. II/ La connaissance comme gage de liberté C'est donc bien par le biais de la connaissance qu'il nous est possible d'agir librement. En effet, c'est par la connaissance que je peux avoir accès au monde et à moi même et ainsi jouir pleinement de ma liberté.. »

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