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Autrui comme un autre moi-même

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« Qu'est-ce qui m'assure que les autres hommes ont comme moi une pensée ? Que sais-je s'ils ne sont pas de simples machines admirablement constituées pour parler et agir, sans aucune conscience ? Descartes se pose cette question dans le Discours de la méthode.

Ma conscience, qui est le fond de mon intimité, est ce à quoi j'ai seul l'accès : s'il en est de même d'autrui, comment puis-je savoir que, comme moi, il est conscient de lui-même ? 1.

AUTRUI COMME LE MÊME QUE MOI A - Le solipsisme Je me définis moi-même comme une conscience de soi.

Exister, pour une conscience, c'est être conscience de soi-même : si je ne me savais pas être, je ne serais pas conscient d'être : je ne serais donc pas une conscience, mais seulement un corps, chose parmi les choses. Contrairement à une simple chose, dont l'existence est constatable par tous dans l'extériorité, la conscience existe d'une manière tellement particulière, qu'elle n'existe jamais que pour elle-même : seul je sais que j'existe comme conscience, personne ne peut forcer mon intimité pour en constater l'existence. Le monde des consciences ressemble donc à un monde atomisé, dans lequel personne n'est pour personne, et où chacun est un être certain de son existence, mais incapable de savoir certainement si une autre conscience existe.

C'est la philosophie du solipsisme. B - La constitution de soi-même à partir d'autrui Pourtant, si j'ai de l'existence de ma conscience une entière certitude, il faut, pour qu'elle soit une vérité universelle, que tout un chacun la constate comme l'existence d'une pierre.

La certitude de l'existence de ma conscience ne se change en vérité que par la connaissance qu'autrui a d'elle. La conscience de soi, ce que j'ai de plus intime et de plus certain, n'existe véritablement qu'en existant aux yeux d'autrui ; j'ai bien la certitude subjective de mon existence en tant que conscience, je n'en détiens pas la vérité objective pour autant : j'ai besoin d'autrui pour affirmer l'existence de ma conscience. C'est donc en existant d'abord aux yeux d'autrui que chacun existe vraiment pour soi-même.

Ainsi, chaque homme a besoin d'un autre homme pour savoir qu'il existe lui-même ; il faut donc deux consciences de soi pour que chacune reconnaisse l'existence de l'autre. 2.

AUTRUI COMME UN AUTRE QUE MOI A - La constitution d'autrui à partir de soi-même L'existence d'autrui, condition de la vérité de ma propre existence, n'est pour moi-même que si je la reconnais ; qu'estce que penser qu'une autre conscience de soi existe ? Poser en face de soi une autre conscience de soi, c'est supposer qu'il y a en-dehors de soi quelque chose d'autre que soi, qui est comme soi. La conception que l'on se fait d'une autre conscience a son origine dans l'expérience que l'on fait de sa propre conscience.

C'est par analogie avec cet être primitivement découvert qu'est notre conscience que nous envisageons autrui comme une autre conscience de soi. C'est sur la base de cette supposition que devient possible tout partage d'une vérité universelle : c'est parce qu'autrui est le même que moi que ce qui m'apparaît vrai lui apparaît vrai à son tour.

Je peux de même comprendre ce qu'autrui ressent, en ce que je le ressens moi-même.

Ce qui se prouve, comme ce qui s'éprouve, est universel parce qu'autrui est un autre moi-même. B - L'irréductible altérité de l'autre homme Pourtant, la similitude d'autrui n'est qu'une supposition.

En tant que l'expérience de la conscience de soi d'autrui m'est par définition refusée, je ne saurais jamais en connaître la nature.

L'autre homme est donc toujours absolument inaccessible. L'altérité de l'autre homme est radicale : autrui n'est pas comme le même que moi, à côté de moi.

Nous sommes deux non pas comme deux fois le même, mais comme deux autres : autrui est si différent pour moi de moi, que nous ne pouvons pas nous connaître, même si nous pouvons nous reconnaître. Dans la totalité des choses que je peux atteindre, autrui est comme une exception : tout peut se réduire à la connaissance que j'en ai, tout m'appartient, sauf autrui.

En ce que je ne saurais jamais m'approprier l'autre homme, il est pour moi plus qu'une pierre : une personne dont l'existence hors de mon monde exige le respect. OUTILS Certitude et vérité Selon la distinction de Hegel, la certitude est la connaissance indubitable que chacun a pour lui-même de quelque chose, sans prétendre que c'est la vérité.

Je suis certain de voir une tour ronde, même si en vérité elle est peut-être carrée. La vérité est une certitude universelle, indubitable et objective, par opposition au caractère singulier et subjectif de la certitude.

Si la certitude est liée à la conscience, la vérité est liée à l'existence. Solipsisme : théorie selon laquelle je serais seul au monde.

L'écueil du solipsisme est un reproche adressé aux philosophies qui font l'économie de l'existence de toute autre conscience de soi que celle du philosophe. Reconnaissance : processus, décrit par Hegel, par lequel une conscience de soi est conscience de soi pour une autre conscience de soi, un être reconnaissant un autre est reconnu a son tour par lui.. »

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