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« Autoportrait de Rembrandt Lorsque Rembrandt peint, personne ne peut prétendre le déranger, fût-il roi.

Dans son atelier, il est seul face à sa toile, vêtu d'un immuable tablier serré à la taille par un chiffon gras de peinture.

Rembrandt peintre, c'est un peu comme un maçon, un ouvrier aux prises avec la matière picturale.

On possède un dessin à l'encre de 1655 inspiré de cette toile, qui montre le peintre dans la même position.

Debout, les mains sur les hanches, bien campé, le ventre en avant, il regarde le spectateur, sûr de lui, de sa vitalité physique et artistique.

On imagine assez bien Rembrandt ouvrant la porte de son atelier et regardant ainsi le visiteur inopportun. Cet autoportrait à l'huile, au contraire du dessin, ne présente pas le peintre en pied, il s'arrête au niveau des cuisses et ne montre que partiellement les bras.

A ce sujet, on sait qu'à l'origine la toile était plus large.

Elle a été coupée de part et d'autre, supprimant ses coudes. Rembrandt se représente comme il est, sans artifice, son corps est lourd et corpulent, son visage un peu flasque, son nez légèrement rouge, le tout baignant dans des tons sombres.

Le visage est éclairé d'une lumière rasante qui met en valeur les moindres aspérités de la peau.

Sévères, ses yeux sont plongés dans le regard du spectateur.

A moins qu'il ne se regarde lui-même dans un miroir (dont il a besoin pour se peindre), fier et sûr de son art. Autoportrait Rembrandt doit avoir 22 ans quand il peint cet autoportrait.

Il est loin d'être célèbre, mais il a déjà fondé depuis trois ans son propre atelier avec un de ses amis peintres.

Il existe différentes versions de cette oeuvre et également des études , mais c'est celle-ci qui attire toute notre attention.

Jeune peintre, Rembrandt, au contraire de ses confrères, ne se présente pas dans une pose avantageuse d'artiste arrivé et prospère.

Il nous offre le portrait d'un jeune homme, les épaules basses, l'air un peu rêveur, les cheveux ébouriffés.

Comme ces mendiants qui sont dans les rues d'Amsterdam et de Leyde et dont il réalise à cette époque de nombreuses gravures et dessins.

Il n'hésite d'ailleurs pas à leur donner ses traits, réalisant ainsi autant de petits autoportraits. On pourrait penser que le jeune Rembrandt est plein de modestie en se peignant de la sorte, mais la suite de son oeuvre et les autoportraits à venir semblent confirmer le fait que Rembrandt, sûr de son art, compte bien vite sortir de l'ombre... La vie de Rembrandt est tendue par deux ambitions.

Jusqu'en 1642, Rembrandt n'a d'autre volonté que d'être le premier des peintres d'Amsterdam.

Jusqu'en 1669, année de sa mort le 4 octobre, Rembrandt veut être le premier des peintres de son temps.

Jusqu'en 1642, c'est à la fortune et à la renommée qu'il voue son oeuvre.

A partir de 1642, il ne rend plus de comptes qu'à la peinture.

Jeune peintre associé à Jan Lievens à Leyde, il ne songe à vingt ans qu'à prouver qu'il est peintre d'histoire et qu'il est capable de peindre des portraits qui répondent à l'attente de modèles sûrs de leur foi comme de leur fortune.

C'est que la peinture d'histoire est le premier des genres dans la hiérarchie que les guildes et les académies ont instaurées en Europe depuis presque deux siècles.

C'est que le portrait est le plus sûr moyen d'attirer à soi une clientèle bourgeoise qui veut tenir tête à la noblesse de l'Europe.

Dès 1631, Rembrandt est à Amsterdam.

Il a vingt-cinq ans.

La Leçon d'anatomie du professeur Tulp, qu'il peint un an plus tard somme que l'on reconnaisse immédiatement la puissance et la pertinence de sa peinture.

Cette toile est l'une des premières qu'il signe de son seul prénom, Rembrandt.

Signer ainsi c'est vouloir être confondu dans la gloire avec ceux que l'on nomme de la même manière par leurs seuls prénoms ou surnoms, comme Masaccio, Leonardo, Michelangelo, Rafaelo...

Rembrandt sait encore que seule la gravure, parce qu'elle circule à plusieurs exemplaires, est en mesure de faire connaître son oeuvre aux amateurs de toute l'Europe.

Aussi Rembrandt grave.

Pendant des années, posent devant Rembrandt des théologiens et des armateurs, des marchands et des banquiers, des couples aux pourpoints et aux robes parés de dentelles, des fonctionnaires de la Compagnie des Indes orientales.

Et dans son atelier, Rembrandt, peintre d'histoire, peint la Sainte Famille comme L'Enlèvement de Ganimède ou Le Sacrifice d'Abraham.

Et il peint encore des personnages qui ne sont ni des portraits ni des prophètes des Saintes Écritures mais des philosophes, mais des hommes coiffés de turbans, chargés de chaînes, personnages d'un Orient inventé... En 1642 il présente à ceux qui ont été ses modèles le tableau le plus vaste qu'il ait jamais peint qu'est La Compagnie du capitaine Frans Banningh Cocq (La Ronde de nuit).

Nul ne doute que la peinture qu'il vient d'achever soit un chef-d'oeuvre.

Mais les miliciens qui entourent Cocq et qui ont payé pour que la toile rende comme il convient hommage à leur civisme, ne peuvent admettre que les mouvements et les ombres cachent presque leurs visages.

Par cette toile Rembrandt congédie ses modèles, refuse que la peinture continue de ne servir que leur vanité.

En cette même année 1642, meurt sa femme Saskia. Quatorze ans plus tard, en 1656, la Haute Cour d'Amsterdam nomme un liquidateur judiciaire qui est. »

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