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« Le Festin de Balthazar de Rembrandt "Le roi Balthazar donna un grand festin.

[..] En ce moment apparurent les doigts d'une main d'homme, et ils écrivirent en face du chandelier, sur la chaux de la muraille du palais royal.

Le roi vit cette extrémité de main qui écrivait.

Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent ; les jointures de ses reins se relâchèrent, et ses genoux se heurtèrent les uns contre les autres." (Daniel 5, 1-5-6) C'est ce moment précis où le festin de Balthazar se transforme en drame que Rembrandt a choisi de peindre.

Le roi donnait un grand repas au cours duquel il avait fait apporter, pour y boire, les vases d'or et d'argent que son père Nabuchodonosor avait dérobés au Temple de Jérusalem.

L'apparition de la main céleste traçant sur le mur ces mots incompréhensibles pétrifie l'assemblée.

Que signifie ce message chiffré ? Balthazar fera appel à tous les sages de Babylone, aucun ne parviendra à le décoder.

Seul Daniel, l'un des captifs de Juda, réussira : le message annonce la mort de Balthazar. L'artiste donne ici libre cours à son sens dramatique en fixant l'efroi du roi. Dans cette toile, Rembrandt a subi l'influence du grand rabbin Manasseh ben Israël.

L'érudit préparait alors un livre, publié en 1639, dans lequel il reproduit le mystérieux signe tracé de main céleste.

Selon le savant juif, si aucun sage de Babylone n'a réussi a le déchiffrer, c'est parce que les mots n'étaient pas tracés de droite à gauche selon l'usage hébreu, mais à la verticale.

C'est ce graphisme que Rembrandt a repris sur sa toile. La vie de Rembrandt est tendue par deux ambitions.

Jusqu'en 1642, Rembrandt n'a d'autre volonté que d'être le premier des peintres d'Amsterdam.

Jusqu'en 1669, année de sa mort le 4 octobre, Rembrandt veut être le premier des peintres de son temps.

Jusqu'en 1642, c'est à la fortune et à la renommée qu'il voue son oeuvre.

A partir de 1642, il ne rend plus de comptes qu'à la peinture.

Jeune peintre associé à Jan Lievens à Leyde, il ne songe à vingt ans qu'à prouver qu'il est peintre d'histoire et qu'il est capable de peindre des portraits qui répondent à l'attente de modèles sûrs de leur foi comme de leur fortune.

C'est que la peinture d'histoire est le premier des genres dans la hiérarchie que les guildes et les académies ont instaurées en Europe depuis presque deux siècles.

C'est que le portrait est le plus sûr moyen d'attirer à soi une clientèle bourgeoise qui veut tenir tête à la noblesse de l'Europe.

Dès 1631, Rembrandt est à Amsterdam.

Il a vingt-cinq ans.

La Leçon d'anatomie du professeur Tulp, qu'il peint un an plus tard somme que l'on reconnaisse immédiatement la puissance et la pertinence de sa peinture.

Cette toile est l'une des premières qu'il signe de son seul prénom, Rembrandt.

Signer ainsi c'est vouloir être confondu dans la gloire avec ceux que l'on nomme de la même manière par leurs seuls prénoms ou surnoms, comme Masaccio, Leonardo, Michelangelo, Rafaelo...

Rembrandt sait encore que seule la gravure, parce qu'elle circule à plusieurs exemplaires, est en mesure de faire connaître son oeuvre aux amateurs de toute l'Europe.

Aussi Rembrandt grave.

Pendant des années, posent devant Rembrandt des théologiens et des armateurs, des marchands et des banquiers, des couples aux pourpoints et aux robes parés de dentelles, des fonctionnaires de la Compagnie des Indes orientales.

Et dans son atelier, Rembrandt, peintre d'histoire, peint la Sainte Famille comme L'Enlèvement de Ganimède ou Le Sacrifice d'Abraham.

Et il peint encore des personnages qui ne sont ni des portraits ni des prophètes des Saintes Écritures mais des philosophes, mais des hommes coiffés de turbans, chargés de chaînes, personnages d'un Orient inventé... En 1642 il présente à ceux qui ont été ses modèles le tableau le plus vaste qu'il ait jamais peint qu'est La Compagnie du capitaine Frans Banningh Cocq (La Ronde de nuit).

Nul ne doute que la peinture qu'il vient d'achever soit un chef-d'oeuvre.

Mais les miliciens qui entourent Cocq et qui ont payé pour que la toile rende comme il convient hommage à leur civisme, ne peuvent admettre que les mouvements et les ombres cachent presque leurs visages.

Par cette toile Rembrandt congédie ses modèles, refuse que la peinture continue de ne servir que leur vanité.

En cette même année 1642, meurt sa femme Saskia. Quatorze ans plus tard, en 1656, la Haute Cour d'Amsterdam nomme un liquidateur judiciaire qui est chargé de vendre tous les biens du peintre.

Quatre ans plus tard, Rembrandt doit quitter la somptueuse demeure qu'il a pendant des années encombré de chefs-d'oeuvre et doit s'installer dans le quartier populaire du Jordaan, sur le Rozengracht.

Rembrandt, ruiné, ne cesse pas de peindre et de graver.

On sait dans toute l'Europe quelle exception il est.

Depuis Messine, l'amateur qu'est Don Antonio Ruffo lui commande un portrait d'Homère, un autre d'Alexandre.

Le grand duc de Toscane, de passage à Amsterdam, lui rend visite.

Mais les bourgeois d'Amsterdam, qui lui ont commandé pour leur nouvel Hôtel. »

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