LES RELATIONS ENTRE LE CADI DE TOMBOUCTOU ET L’ASKIA : UNE LUTTE POUR LA PREEMINENCE POLITIQUE (1493-1591)
Publié le 23/02/2026
Extrait du document
«
LMarguerite Duras, Le Ravissement de Lol V.
Stein, 1964d va accorder au cadi de Tombouctou le pouvoir de
commander à ses serviteurs sans même songer à l’idée que ce dernier eût
la possibilité de se dérober à son autorité.
1.1.
L’opposition du cadi Mahmoud Ben Omar Ben Mohammed
Aqît à l’Askia Mohammed 1er (1493-1528)
La justice au songhay était un droit régalien par excellence et
confié au cadi par l’Askia et révocable à tout moment par l’empereur.
Askia Mohammed, après l’usurpation du pouvoir grâce à l’aide des
milieux musulmans, s’est montré l’ami des savants de l’empire et leur a
accordé de nombreux privilèges consolidant ainsi leur pouvoir.
Ce droit
leur fut accordé à tous, mais aucun autre magistrat musulman de l’empire
ne semble avoir entrepris véritablement de faire usage comme celui de
Tombouctou.
Le cadi Mahmoud Ben Omar Ben Mohammed Aqît a été
nommé aux fonctions de cadi de Tombouctou en 1498 par Askia
Mohammed.
Il exerça la fonction jusqu’en 1548, date de sa mort.
Il
s’approprie une part importante des pouvoirs auxquels il n’avait pas droit
légitimement.
Il ne tarda point à l’accompagner d’un droit d’autonomie
à l’égard du gouvernement de Gao.
En effet, le juge de Tombouctou,
craint et respecté affirmait la primauté de son autorité et de ses fonctions
152
sur celles de l’empereur de Gao et jouissait de prérogatives qui
dépassaient largement le strict cadre de ses compétences légales et
traditionnelles.
Le Tarikh el-Fettach souligne que : « la ville n’avait pas d’autre magistrat
que le magistrat chargé de rendre la justice ; elle n’avait pas de chef ou plutôt c’était le
cadi qui était le chef de la ville.
» (Mamoud Kati, 1964 : 314).
L’islam était
devenu le prétexte qui permettait à ce dignitaire comme tout autre
jurisconsulte de l’empire de s’immiscer dans les affaires du pays.
A
Tombouctou, le cadi dirigeait la cité.
Il lui arrivait de s’opposer parfois
ouvertement au souverain songhay.
Le premier acte de ses
insubordinations est ses immixtions dans l’organisation de la vie politique
et économique de Tombouctou.
Il va interférer dans le recouvrement de
l’impôt et de diverses taxes à Tombouctou.
Selon Jean Charles Dede, son
rôle consistait simplement à rationaliser, collecter et acheminer vers la
capitale politique abritant les trésors royaux, les taxes et impôts prélevés
(J.C.
Dede, 2014 : 80).
Mais ce cadi va outrepasser les prérogatives de sa
fonction en empêchant à diverses reprises l’exécution régulière des
procédures appliquées dans les opérations de collecte et de prélèvement
fiscaux alors qu’il n’y avait pas le droit.
Les chroniques de Tombouctou
fournissent d’importants renseignements sur ses oppositions courantes
au souverain de Gao.
Le cadi Mahmoud afficha son indépendance à
Tombouctou au point de renvoyer les messagers de l’Askia et les
empêchèrent d’exécuter les ordres de l’Askia Mohammed 1er.
Michael
Gomez en effet, révèle qu’il est fort probable que la véritable pomme de
discorde entre les deux hommes ait été le problème d’impôt incompatible
avec la sharia, conformément à la pratique traditionnelle que le souverain
a cherchée à imposer.
Cela nécessitait sans doute la résistance du cadi à
toutes tentatives de la part des représentants du souverain.
Le juge donna
à la suite une réponse pertinente à l’Askia.
En fait, le cadi répondit en ces
termes :
« As-tu oublié ou feins-tu d’oublier le jour où tu es venu me
trouver chez moi et où tu m’as pris par les pieds et par mes
vêtements en me disant : « je viens me placer sous ta protection
et te confier ma personne pour que tu m’épargnes le feu de
l’enfer ; je me confie à toi », telle est la cause qui m’a fait chasser
tes....
»
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