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Travail et liberté sont-ils antinomiques ?

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Travail contrainte, châtiment de Dieu, travail douleur (cf. son étymologie)  Travail contraire à la pente naturelle de l'homme: l'oisiveté; cf. Rousseau : le travail est une malédiction naturelle dont les hommes auraient pu se passer  Antiquité grecque: le travail est une activité« servile », d'esclave et ne fait l'objet que du mépris. Les hommes « libres» ne travaillent pas, mais prennent du loisir c'est-à-dire réalisent  une œuvre.  Le présupposé de ces différents arguments repose sur l'illusion implicite d'une liberté donnée sans avoir à l'acquérir qui rejaillit sur l'idée d'une aliénation dans le travail. Or il faudrait pas oublier que dans la cité grecque, les hommes « libres» ne le sont que parce que d'autres travaillent pour eux. Ce qui explique qu'en démocratie où les hommes sont considérés égaux, c'est le droit au travail qui fonde le droit à la liberté.

« Le travail est une contrainte que nous imposent les lois de la nature et de la société.

Et donc en tant que nécessité, activité non choisie, le travail paraît antithétique à la liberté.

De plus le travail est synonyme de pénibilité, d'effort dans l'opinion, mais également étymologiquement : l'origine du mot travail vient du latin Tripalium qui signifie instrument de torture.

D'un autre côté, la société actuelle n'envisage pas une liberté purement intellectuelle ; la liberté pour le sens commun, c'est avant tout la liberté d'exercer son pouvoir d'achat et donc dans cette optique travailler est indispensable pour être libre.

Il faudra donc dépasser ces deux aspects afin de montrer que le travail est l'essence de l'humanisme tout en étant le moteur du développement intellectuel.

L'enjeu de la question posée est donc de donner une définition de la liberté autre que celle ne n'avoir aucune contrainte.

Dans une première partie, nous envisagerons la liberté, comme liberté de ne pas travailler si on le souhaite et de plus nous verrons que l'oisiveté, bien que décriée par l'opinion, « la mère de tous les vices », peut procurer bonheur et spiritualité.

Ensuite dans une deuxième partie nous étudierons le véritable sens du travail que nous nuancerons tout de même dans une troisième partie où nous verrons que le travail peut changer de nature, devenir aliénant, dans le cadre du capitalisme ou annuler la notion de liberté s'il n'est plus considéré que comme une activité incessante permettant d'échapper à soi-même. Celui qui travaille n'est pas libre.

C'est lorsque l'homme ne fait rien qu'il est vraiment libre.

La liberté est d'abord la liberté de paresser.

L'oisiveté est strictement opposée au travail dans le sens commun : le travail se définit en général comme activité improductive.

L'oisif est assimilé au paresseux dans la mesure où il refuse le travail pour s'adonner à l'inaction.

De plus le travail ne consiste pas seulement en une activité physique mais il occupe l'esprit alors que l'oisiveté de son coté n'est pas seulement une absence d'action mais aussi un esprit livré à lui-même qui ne se s'adonne qu'à des pensées vides de sens, vaines et futiles.

Mais l'opinion dans cette analyse, oublie certains bienfaits de l'oisiveté. Pour délivrer l'oisiveté du blâme de l'opinion dont elle est entachée il faut d'abord s'attacher à séparer l'oisiveté de l'ennui.

L'ennui est l'état d'âme de celui qui n'ayant rien à faire, est plongé dans l'insatisfaction de soi, laquelle peut aller jusqu'à la mélancolie.

L'ennui est la façon dont je peux éprouver ma propre inaction bien que n'accompagnant pas toujours cette dernière.

L'oisiveté en revanche n'est pas un état d'âme ou un sentiment, mais d'abord l'état de celui qui ne vaque pas au travail.

L'oisiveté, c'est la vie consacrée à l'étude qui est la vie de l'homme libre par excellence.

Pour les anciens, l'oisiveté n'est pas un vide, mais au contraire la vie la plus remplie qui soit : c'est le fait de celui qui n'a pas à subvenir à ses besoins, et qui affranchi de la nécessité, peut mener une vie libre et studieuse.

L'ennui est au contraire le lot de ceux, qui, restent continuellement dans le besoin.

Celui qui ne peut se suffire à lui-même souffre de l'ennui dès lors qu'il ne fait rien : il ne peut réaliser l'autarcie, qui est la condition de toute existence heureuse.

L'autarcie est en effet un des idéaux de la philosophie grecque, d'Aristote aux stoïciens : elle est l'expression de la liberté en tant que n'est libre que celui qui ne dépend que de lui-même.

Ainsi Kierkegaard, philosophe du 20ème siècle déclare : « L'oisiveté, en tant qu'oisiveté, n'est nullement la mère de toues les maux, au contraire, c'est une vie vraiment divine lorsqu'elle ne s'accompagne pas d'ennui. Aussi seuls les dieux ou le sage sont-ils véritablement libres, se suffisant pleinement à eux-mêmes et ne désirant rien.

Cette absence de désir signifie la satisfaction de tous les besoins, de tous les appétits, c'est-à-dire le bonheur.

L'oisiveté n'est donc rien d'autre que le bonheur auxquels goûtent les « dieux de l'Olympe » dans les écrits de Kierkegaard.

« Les dieux de l'Olympe ne s'ennuyaient pas, ils vivaient en une oisiveté heureuse ».

Et donc pour cet auteur, l'oisiveté peut se dire divine, à la fois parce qu'elle est le bonheur le plus haut mais aussi parce qu'elle échappe aux contingences de la vie de l'homme ordinaire.

L'oisiveté permet aussi à l'homme d'accomplir sa nature spirituelle, dans le sens où elle permet de s'élever « jusqu'aux humanités » toujours selon Kierkegaard.

Les humanités, c'est la culture humaine telle que la conçoit une éducation humaniste.

Et l'étude de celles –ci n'est rendue possible seulement par l'oisiveté.

Et elle est en ce sens cette forme d'activité qui trouve en elle-même son objet et qui est ainsi la plus haute des activités toutes les autres manquant toujours de quelquechose, visant autre chose qu'elles-mêmes.

L'oisiveté n'est donc pas la simple négation du travail, mais un moyen d'accéder à la liberté. Mais dans nos sociétés peut-on concrètement envisager une liberté sans travail et donc sans moyen de subsistance ? C'est pourquoi nous nous attacherons plutôt à détacher le vrai sens du travail à savoir un moyen de libération possible de d'humanisation. Le travail, c'est la liberté tout d'abord parce-qu'il affranchit des contraintes naturelles.

Travailler permet en effet de satisfaire ses besoins vitaux.

Grâce à la puissance de son travail, amplifiée par les innovations techniques, l'homme parvient à maîtriser les conditions de son existence biologique.

Depuis Platon, on admet que le travail est apparu dans l'humanité en raison de la disproportion qui existe entre les besoins humains et ce que leur propose leur environnement.

Par son travail, l'homme dompte la nature et s'affranchit d'elle, et c'est ainsi que l'homme gagne en liberté.

De plus, il faut souligner que l'homme éprouve sa liberté en rencontrant des obstacles.

Ainsi Sartre, dans son ouvrage, l'Etre et le néant, dit « C'est seulement dans et par le libre surgissement d'une liberté que le monde développe et révèle les résistances qui peuvent rendre la fin projetée irréalisable.

» L'obstacle, les résistances des choses ou des autres est condition de possibilité même de la liberté.

L'homme exerce sa liberté en travaillant car il se heurte à la résistance de la matière ou à des obstacles qu'il doit surmonter. En outre travailler, c'est aussi gagner en indépendance sociale.

L'homme qui travaille assure lui-même sa subsistance et est moins dépendant à l'égard d'autrui et de sa compassion qui reste toujours hypothétique.

Cette conception du travail est d'ailleurs défendue par l'économiste Adam Smith dans Richesse et Nations. Mais le travail se révèle surtout indispensable à la formation de notre conscience personnelle et de notre raison. Hegel montre, dans sa dialectique du maître et de l'esclave, que la conscience de celui qui travaille se transforme, et qu'elle est la seule qui puisse accéder à la vraie liberté.

Celle-ci est à la fois indépendance relativement à une autre conscience et capacité à modifier le milieu.

Or, seul le travailleur, l'esclave, finit par se passer de l'autre, du. »

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