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Rousseau: Réflexion et comparaison des idées.

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La réflexion naît des idées comparées, et c'est la pluralité des idées qui porte à les comparer. Celui qui ne voit qu'un seul objet n'a point de comparaison à faire. Celui qui n'en voit qu'un petit nombre et toujours les mêmes dès son enfance ne les compare point encore, parce que l'habitude de les voir lui ôte l'attention nécessaire pour les examiner ; mais, à mesure qu'un objet nouveau nous frappe, nous voulons le connaître, dans ceux qui nous sont connus nous lui cherchons des rapports ; c'est ainsi que nous apprenons à considérer ce qui est sous nos yeux, et que ce qui nous est étranger nous porte à l'examen de ce qui nous touche. Appliquez ces idées aux premiers hommes, vous verrez la raison de leur barbarie. N'ayant jamais rien vu que ce qui était autour d'eux, cela même ils ne le connaissaient pas ; ils ne se connaissaient pas eux-mêmes. Ils avaient l'idée d'un père, d'un fils, d'un frère, et non pas d'un homme. Leur cabane contenait tous leurs semblables; un étranger, une bête, un monstre étaient pour eux la même chose : hors eux et leur famille, l'univers entier ne leur était rien. ROUSSEAU

• Rousseau souligne ici le rôle de l'expérience et de la comparaison dans la réflexion et dans tout le procès de la connaissance. • La réflexion procède par médiation en établissant des rapports entre ce qui est connu et ce qui est à connaître. • La pauvreté du monde extérieur peut être une limitation de l'activité réflexive. La réflexion philosophique naît d'une expérience nouvelle qui solliciterait notre attention endormie par l'habitude. Quelle portée pourrait avoir la réflexion de l'homme sur lui-même et sur l'être en général, si elle était étrangère et comme fermée à la réalité extérieure? La réalité intérieure ne s'enrichit-elle pas de ce que lui apporte le monde extérieur ? • Il ne s'agit pas d'une acceptation passive et spontanée du témoignage des sens et d'en rester à l'immédiateté comme « l'homme primitif », mais de s'élever jusqu'à l'idée, jusqu'à l'universalité du concept (« l'homme primitif » a l'idée d'un père, d'un fils, non d'un homme).

« Les idées de la Raison : le monde (KANT) Sur le monde, la critique de Kant prend une toute autre forme. Les propositions de la métaphysique sur le monde sont en effet totalement contradictoires et en même temps, semble-t-il, logiques. C'est la coexistence de ces deux thèses, que l'on va exposer ci-après, qui fait dire à Kant que la recherche sur le concept « monde » est un échec : comment pourrait-il être possible que deux thèses contradictoires soient vraies en même temps ? La métaphysique a du monde la représentation suivante : il est la série totale des choses qui s'y écoulent, il est la totalité des choses. Dès lors quatre questions peuvent être posées sur cette totalité, qui sont résumées dans le tableau suivant : cette série des choses qui constituent la totalité est-elle finie ou infinie, dans le temps et dans l'espace ? Si le monde est une addition de parties, est-il divisible à l'infini ou faut-il s'arrêter à des éléments qui sont indivisibles ? Si le monde est un enchaînement de causes et d'effets, peut-on remonter à une cause première ou l'enchaînement est-il illimité ? La relation entre les événements qui se produisent dans le monde est-elle totalement contingente ou existe-t-il un être nécessaire dont dépendent ces événements contingents ? Sans entrer dans le détail des démonstrations qui suivent l'énoncé, on peut se contenter de dire qu'elles aboutissent à montrer que les thèses, qui sont strictement antinomiques, peuvent être également soutenues avec succès, ce qui en soi pose un grave problème et indique déjà qu'elles doivent être mal posées. Kant ne s'arrête pas là : il résout le problème en recourant à l'« Analytique ». Il souligne qu'il y a dans la réflexion métaphysique sur l'objet « monde » une impossibilité qui tient aux conditions mêmes de la configuration de l'esprit humain. La raison, qui cherche à déterminer l'objet « monde », charge l'entendement d'une tâche impossible qui est de penser a priori l'idée de la totalité. Or cette idée ne peut pas être première. La sensibilité soumet constamment à l'entendement la diversité des phénomènes et ce dernier, à partir de ce donné de l'expérience, établit des liaisons selon les catégories dont il dispose. C'est l'expérience qui est donc, on l'a vu précédemment, première, elle précède l'unification accomplie par l'entendement. Dans l'idée métaphysique de monde, il y a une inversion de cet ordre de la connaissance car l'idée de totalité des choses, qui est celle du monde, y est une donnée première avant toute perception sensible. L'entendement doit prouver la totalité du monde, et non la construire à partir de l'expérience. C'est pourquoi ce même entendement, incapable de parvenir à une idée de totalité qui échappe à l'expérience, fournit, par défaut, des démonstrations logiques aussi fausses les unes que les autres. L'idée métaphysique de monde comme totalité n'est donc pas légitime devant le tribunal de la Raison. »

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