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Ribot a écrit : « L'attention, sous ses deux formes, est un état exceptionnel, anormal, en contradiction avec la condition fondamentale de la vie de l'esprit qui est le changement ». Expliquer et discuter cette idée.

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Si l'attention paraît à Ribot un état exceptionnel, anormal, c'est qu'elle semble en contradiction avec la loi fondamentale de la vie psychologique qui est la succession ou le changement. Suivant le mot de W. James, la conscience est un « courant » ; elle change constamment, se transforme, évolue, ne repasse jamais par le même état. La loi de la succession est la loi la plus générale de la vie psychologique. Comme l'a dit Pascal, « rien ne s'arrête pour nous. Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle. » Voilà pourquoi les moralistes et les poètes ont si souvent comparé la vie de l'âme au cours d'un fleuve ; et c'est pourquoi aussi, dans son remarquable chapitre sur le courant de la pensée, W. James a tant insisté sur les sentiments de relation ou de passage, sur les états transitifs qui sont ceux où la pensée vole.

« Ribot a écrit : « L'attention, sous ses deux formes, est un état exceptionnel, anormal, en contradiction avec la condition fondamentale de la vie de l'esprit qui est le changement ». Expliquer et discuter cette idée. Si l'attention paraît à Ribot un état exceptionnel, anormal, c'est qu'elle semble en contradiction avec la loi fondamentale de la vie psychologique qui est la succession ou le changement. Suivant le mot de W. James, la conscience est un « courant » ; elle change constamment, se transforme, évolue, ne repasse jamais par le même état. La loi de la succession est la loi la plus générale de la vie psychologique. Comme l'a dit Pascal, « rien ne s'arrête pour nous. Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle. » Voilà pourquoi les moralistes et les poètes ont si souvent comparé la vie de l'âme au cours d'un fleuve ; et c'est pourquoi aussi, dans son remarquable chapitre sur le courant de la pensée, W. James a tant insisté sur les sentiments de relation ou de passage, sur les états transitifs qui sont ceux où la pensée vole. L'attention paraît en contradiction avec cette loi fondamentale de la vie psychologique, parce qu'elle est un arrêt momentané du courant de la conscience, parce qu'elle est un effort pour fixer la pensée, qui de sa nature est fugitive. Il y a dans l'affirmation de Ribot une part de vérité. Il est certain que l'attention ne s'exerce pas sans difficulté : c'est une lutte contre la mobilité naturelle de l'esprit, contre la distraction, contre la paresse ; et c'est aussi une lutte, comme le remarque Roustan, « contre la nature extérieure qui pose sans cesse à notre intelligence de nouveaux problèmes ». De fait, l'attention fatigue lorsqu'elle se prolonge. Soutenir l'attention, c'est la ramener par des efforts répétés sur une idée qui tend toujours à dérober. Aussi faut-il qu'un intérêt, direct ou indirect, excite et renouvelle cet effort de l'esprit. L'enfant n'est guère capable que d'attention spontanée, c'est-à-dire que de cette attention qui s'attache à des images attrayantes par elles-mêmes. Une intelligence vulgaire ne pourra s'appliquer à des idées ou à des tâches sans attrait que si un inter« indirect, mais puissant, l'y pousse, par exemple la nécessité ou le besoin, le désir de gagner de l'argent. Une intelligence supérieure pourra méditer longtemps sur le même sujet, parce qu'elle y découvrira des aspects toujours nouveaux ; ici l'attention volontaire engendrera l'attention spontanée. Si c'est l'attention qui fait, comme l'a dit W. James, les maîtres en tout genre, c'est donc que, portée à un certain degré, elle n'est pas une qualité commune. Pourtant en disant que l'attention est une activité anormale, exceptionnelle, en contradiction avec la mobilité naturelle de l'esprit, Ribot se laisse aller à une certaine exagération. D'abord elle peut se concilier avec la loi fondamentale de la vie psychologique, qui est le changement. En réalité, dans l'attention, l'esprit n'est pas fixé sur un objet immobile ; il passe et repasse par une suite d'objets ou d'idées qui forment un ensemble, ce qu'on pourrait appeler un sujet. Le « déisme » n'exclut pas le « polyïdéisme ». L'esprit trouve dans cette variété d'aperçus de nouveaux motifs de s'intéresser davantage à l'idée dominante. L'attention est plutôt une direction qu'une fixation de l'esprit; le courant de la conscience n'est pas précisément arrêté, il est plutôt ralenti, canalisé, orienté. Dans l'attention, l'esprit est très actif ; comme dit Aristote, il fait « la chasse aux idées ». D'ailleurs entre la conscience et l'attention il n'y a pas une ligne de démarcation aussi tranchée que le prétend Ribot. Si l'attention est une activité de sélection, il ne faut pas oublier que la conscience aussi ne cesse de choisir : la loi de l'intérêt domine toute la vie psychologique. La vie nous impose à tous l'usage fréquent de l'attention volontaire, soit que nous ayons à travailler, à exécuter une besogne fastidieuse, à soutenir une conversation qui nous pèse, soi 1 qu'il nous faille sacrifier les intérêts du présent à ceux de l'avenir. Les hommes les plus ordinaires sont capables de cet effort quotidien ; il peut nous coûter parfois ; il coûte surtout aux volontés faibles et aux esprits nonchalants. Mais l'attention est comme naturelle aux volontés fortes et aux esprits supérieurs. Si l'attention était un fait anormal, comme le prétend Ribot, comment pourrait-on distinguer des formes normales et des formes anormales de l'attention ; comment pourrait-on distinguer cet art de fixer à propos notre esprit, qui est proprement l'attention, de l'idée fixe, de l'obsession, de la distraction, etc., en un mot de toutes les formes morbides de l'attention ? .Au surplus, l'âme n'est pas une pure succession d'images. S'il y a dans la conscience du changeant et du divers, il y a aussi en elle une certaine permanence et des éléments durables. Avec les tendances, l'habitude, la personnalité, le caractère, est-ce que l'attention ne doit pas être considérée comme un correctif à la loi de la succession ? C'est le tort des psychologues empiriques, auxquels Ribot se rattache, de n'avoir vu dans l'âme que succession et mobilité. Il ne faut pas perdre de vue les deux aspects de la vie psychologique, l'unité , et la multiplicité, la permanence et le changement. Ce n'est pas assez dire, l'attention, par le fait même qu'elle est déterminée par l'intérêt, a un caractère vital, biologique. Un être qui ne serait pas attentif à ses sensations, à ses besoins, serait condamné à périr. Et c'est l'attention spontanée ou réfléchie qui permet à l'être vivant, plus particulièrement à l'homme, de choisir ce qui lui est utile et de s'adapter à son milieu. Le mot « anormal », dont s'est servi Ribot pour caractériser l'attention, est donc manifestement exagéré. Un être intelligent est un être naturellement attentif. L'attention joue un grand rôle dans la vie pratique. Le propre des hommes supérieurs est d'être attentifs, c'est-à-dire de s'intéresser, aux choses qui échappent aux yeux du vulgaire. L'attention est une des facultés maîtresses du génie. »

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