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Réhabilitation de la violence : la violence positive.

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S'il est évident que, dans une société donnée, la violence isolée, en tant que telle, reste négative aux yeux de tous les membres d cette société et pour toute forme de gouvernement, il n'en est pas moins vrai, pour l'exemple que nous choisissons, que cette violence de la rue, si perceptible aujourd'hui dans sa croissance continue (délinquance, banditisme...), est positive d'abord en ce qu'elle est un symptôme. La fièvre, par exemple, est positive, parce que sans elle, notre organisme ne pourrait pas lutter contre la maladie, de même pour la douleur ; s'il est des maladies graves sans douleur, il n'empêche que la douleur renseigne. La sueur elle aussi a été réhabilitée comme signe nécessaire pour une adaptation au milieu et comme réflexe salutaire.

Essayons de réhabiliter la violence, au même titre que toutes les autres «négativités» (Sartre): Folie, Sauvagerie, Infirmité...

« Réhabilitation de la violence : la violence positive. S'il est évident que, dans une société donnée, la violence isolée, en tant que telle, reste négative aux yeux de tous les membres d| cette société et pour toute forme de gouvernement, il n'en est pas moins vrai, pour l'exemple que nous choisissons, que cette violence de la rue, si perceptible aujourd'hui dans sa croissance continue (délinquance, banditisme...), est positive d'abord en ce qu'elle est un symptôme.

La fièvre, par exemple, est positive, parce que sans elle, notre organisme ne pourrait pas lutter contre la maladie, de même pour la douleur ; s'il est des maladies graves sans douleur, il n'empêche que la douleur renseigne.

La sueur elle aussi a été réhabilitée comme signe nécessaire pour une adaptation au milieu et comme réflexe salutaire. Essayons de réhabiliter la violence, au même titre que toutes les autres «négativités» (Sartre): Folie, Sauvagerie, Infirmité... 1 — Critique de l'antiviolence.

La violence apparaît positive dans l'œuvre de Nietzsche: ce qui s'oppose à la violence est, chez Nietzsche, marqué d'un caractère négatif.

En effet, « l'homme fort », chez Nietzsche, le Surhomme, ne retenant en lui que les forces positives, d'affirmation, doit être libre d'exercer sa violence fécondante, à la manière des actes forts de Jésus dans la Bible.

« Le Maître », selon Nietzsche, est en effet tout différent du Maître selon Hegel, tout encombré de servilité (puisqu'il n'existe que par son rapport dialectique avec l'esclave). La violence du Maître nietzschéen est une « bonne » violence, quoique tout le monde ne puisse la comprendre puisqu'elle sera considérée par les conformistes comme imprégnée de négativisme.

Elle est la violence wagnérienne en un premier temps, puis celle de Dionysos, le dieu libre et jeune.

Le tragique de l'existence s'acquiert à ce prix.

Il en résulte que les obstacles à cette violence positive sont eux-mêmes une violence mais négative, une antiviolence violente et stérilisante. Nietzsche dénonce l'idéal ascétique du prêtre, qui, dit-il, cache le ressentiment, la mauvaise conscience (voir « Les Mouches » de Sartre) ; il dénonce le retournement des forces contre soi, bref la dévitalisation et l'effémination.

Il est certain que Nietzsche retrouve ici une trace de la « force » des sophistes, ou l'influence des chevaliers des Chansons de Geste (combat de Roland).

La violence du prolétariat chez Marx est du même ordre. 2 — La violence comme fondement de toute culture. A — Nous avons vu ci-dessus que l'interdit dirigé contre la violence des exigences naturelles fondait la culture.

Ainsi Lévi-Strauss prétend que la prohibition de l'inceste est le fondement premier de la culture.

Mais il faut supposer dans l'Interdit une première violence, d'abord contre soi-même et ses propres penchants.

On sait que pour les Grecs, la culture s'acquiert par l'universalité de la raison qui est violence faite aux passions.

De même chez Freud, le « principe de plaisir » ou exigence de satisfaction immédiate, caractéristique des besoins, des pulsions et de l'inconscient, ne suffit pas à fonder une culture.

Il est contrecarré par « le principe de réalité » déjà frustrant, et plus encore par les impératifs sociaux imposés par le Surmoi. Ces frustrations impliquent une violence très considérable dont les cicatrices sont durables dans la personnalité psychique.

Ainsi les maladies mentales seraient comme des infections de ces blessures dues à la violence sur soi, pour parler de façon imagée.

Et quand Freud dit que la société dépend du refoulement et de la sublimation, il donne un caractère éminemment violent à l'interdit introjecté. B — De plus le langage, le travail, le concept, qui chez Hegel sont ce qui nous permet de transformer la matière, ont un caractère essentiellement négatif et négateur, c'est-à-dire qu'ils ne sont positifs que par la négation de la négation.

Ils créent des objets fabriqués où la Raison s'exprime, par la violence.

L'ubris (la « démesure » des Grecs), qui permet à certains êtres d'exception d'égaler les dieux pour un temps, est promise au châtiment (Prométhée, les Titans).

Or c'est cette démesure et leur violence qui apporte aux hommes quelque chose de positif, par exemple le Feu (que Prométhée a volé aux Dieux). C — La violence sert la culture en constituant une espèce de « son pape de sécurité » du système.

Chez les primitifs, la violence est de mise lors des fêtes qui régénèrent mystiquement le temps sacré on les Dieux ont fondé le monde (cf.

R.

Caillois, théorie de la fête dans « l'Homme et le Sacré », et chapitre La Religion).

Cette violence s'exprime notamment par la transgression des interdits, ce qui en temps normal (profane) aurait mis la société en danger de contagion par la souillure : on peut tuer, piller, violer, pratiquer l'inceste, tuer et manger l'animal-totem. Et cette violence peut inverser le temps profane : les esclaves insultent leurs maîtres d'hier...

Ainsi le « Missbraucht, l'abus irrégulier, le viol brutal », comme dit Caillois, sont-ils nécessaires dans la Fête pour régénérer le temps usé et le monde, ainsi que l'acte des fondateurs de la société.

La violence en ce cas précis sert la société, et même la fonde, la consolide, la régénère. D — Mais la violence est encore nécessaire dans certaines théories politiques. — Pour Clausewitz (dans « De la guerre », 1837), la guerre est un acte violent dans lequel, par un usage illimité de la violence et de la force, chacun cherche à imposer sa loi.

Mais « la guerre n'est qu'une partie du commerce politique et n'est pas une grandeur indépendante ».

Elle s'insère dans une série d'échanges qui favorisent ultérieurement les adversaires. Pour un théoricien moderne (Shimon Tzabar, «Éloge de la Défaite », Denoël), la guerre et la défaite sont le gage. »

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