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Qu'est-ce que le TRAVAIL ?

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On n'a pas toujours parlé du «travail». Bien que ce terme figure parmi les notions les plus communes, son apparition dans le lexique culturel est tardive. Ce n'est guère que depuis le xix' siècle qu'il a pris la valeur d'un concept dans certains discours. Les conditions de cette transformation sont complexes. Sans doute entretient-elle des rapports avec l'avènement des sociétés industrielles, le triomphe de la bourgeoisie et le déclin des religions traditionnelles. Peut-être, comme le suggère Foucault, le travail est-il devenu un objet de sciences (en économie) en même temps que la vie et le langage, par suite d'un bouleversement dans les conditions du savoir. En tout cas, la révolution lexicale est certaine. Un exemple la fera sentir.   

« On n'a pas toujours parlé du «travail».

Bien que ce terme figure parmi les notions les plus communes, son apparition dans le lexique culturel est tardive.

Ce n'est guère que depuis le xix' siècle qu'il a pris la valeur d'un concept dans certains discours.

Les conditions de cette transformation sont complexes.

Sans doute entretient-elle des rapports avec l'avènement des sociétés industrielles, le triomphe de la bourgeoisie et le déclin des religions traditionnelles. Peut-être, comme le suggère Foucault, le travail est-il devenu un objet de sciences (en économie) en même temps que la vie et le langage, par suite d'un bouleversement dans les conditions du savoir.

En tout cas, la révolution lexicale est certaine.

Un exemple la fera sentir. Une notion récente Chez Montaigne, «travail» signifie tourment, peine, conformément à l'étymologie latine «tripalium», instrument de torture.

En 1759, Voltaire écrit dans «Candide»: «Le travail éloigne de nous trois grands maux: l'ennui, le vice et le besoin.» Le mot a changé de sens.

De douleur, le travail est devenu bienfait.

S'il fallait chercher une origine à ce second sens, il faudrait plutôt lui reconnaître celle de l'anglais «work», qui vient du mot grec «ergon» (tâche, action, produit).

Doit-on en conclure que c'est en rompant avec le vieux rapport qui l'unissait à la malédiction de Dieu dans l'Ecriture que ce mot a pris un nouveau sens? Doit-on, au contraire, comme Max Weber, voir l'origine de cette nouvelle évaluation du «travail» dans une éthique protestante qui est une des causes déterminantes du capitalisme? Ce sont des problèmes d'interprétation. Formation d'un concept Une chose est sûre: dès le xviie siècle apparaît, dans l'analyse des richesses, un concept de travail.

Dans l'analyse des richesses, le travail est utilisé comme mesure de la valeur.

Parce qu'il est décomposable en unités de temps, abstraction faite de son caractère qualitatif, le travail permet de comparer entre eux tous les produits: le travail n'est pas la source, mais la mesure de la valeur échangeable des biens.

A l'égard de ce travail ainsi entendu, le développement de la production et l'augmentation de la quantité des biens produits par une même quantité de travail, ne sont pas une augmentation de la richesse d'une nation.

Que le travail ait un prix variable selon qu'on le demande beaucoup ou peu, c'est là un fait qui n'influe pas sur la «richesse», laquelle se mesure par la quantité de travail employée. Ce qu'établit l'économie politique, dont on fixe l'apparition à Ricardo, c'est que le travail , compris comme activité productrice, est la source de la valeur.

Le travail n'est pas une mesure instituée pour les commodités de l'échange. Il est ce sans quoi il n'y aurait pas d'échanges et pas d'économie du tout.

Cette transformation est fondamentale — beaucoup plus importante que toute variation de sens antérieurs.

Avec elle, la pensée s'est ouvert un nouveau domaine: celui des rapports concrets que l'homme établit avec ses besoins et ses ressources et que les hommes établissent entre eux.

Il est apparu que le travail, considéré par l'économie libérale comme un des facteurs de la production, était relatif, tant dans sa forme que dans son organisation, au système économique où il est exercé. Qu'avec une même quantité de travail on pût produire plus, c'est ce que révélaient le capitalisme industriel et la division manufacturière du travail; que la production fût relative à la productivité du travail employé et combiné rationnellement avec du capital (dont le travail est la source), c'était le point de départ des analyses de la production que multiplia l'économie libérale. La philosophie du travail Mais, à peu près à la même époque, la philosophie rompait elle aussi avec un vieux dédain du travail.

Au chapitre Iv de la «Phénoménologie de l'esprit» apparaît le «travail», compris comme un stade essentiel de la formation de la conscience de soi, activité de nier un monde immédiat et informe et de se l'approprier en tant que monde élaboré, où l'homme se reconnaît. Le jeune Marx, lecteur de Hegel et de Ricardo a esquissé dans les «Manuscrits de 1844», une confrontation de l'économie politique et de la philosophie, où le concept de travail joue un rôle central.

C'est d'une méditation sur le caractère du travail, dans les sociétés modernes, qu'est née une critique de l'aliénation inspirée par l'humanisme, et c'est à ce genre de critique, qui exprime un «humanisme» militant, que retourne aujourd'hui toute sociologie du travail.

Le travail est l'essence de l'homme, être générique qui se réalise par ses oeuvres et aspire à être reconnu en elles par l'autre, comme il reconnaît l'autre en ses œuvres.

Le travail est donc créateur d'un système de réciprocités, où l'existence humaine et l'existence sociale devraient s'unifier.

Or, dans la société capitaliste, où la propriété des moyens de production est concentrée entre un petit nombre de mains, l'ouvrier vend, pour vivre, sa force de travail et concourt à produire des marchandises, qui s'échangent dans l'anonymat d'un système d'équivalences.

Ainsi l'ouvrier est-il étranger: à sa force de travail, qu'il échange contre sa subsistance au lieu de l'employer à se réaliser; à son produit, où il ne se reconnaît pas et où on ne le reconnaît pas (caractère de la marchandise); et à son essence humaine, puisqu'il met son activité générique au service de son existence individuelle, et ne s'accomplit ni en tant qu'homme ni en tant qu'individu.

Cette triple étrangeté, c'est l'aliénation.

En ce stade, le communisme est conçu comme la suppression de l'aliénation, c'est-à-dire comme l'instauration d'un type de société où le travail ne soit pas une activité indifférente à la réalisation de l'homme et nécessaire à sa seule subsistance individuelle, mais réalise effectivement l'essence humaine en chacun, par réciprocité effective. Travail et humanisme Marx a abandonné très vite cette problématique, mais il n'est pas faux de considérer que les problèmes humains. »

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