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Qu'est-ce que la conscience ?

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J'ai conscience d'exister, j'ai conscience de mes souvenirs ou de mes sentiments, mais j'ai aussi conscience que ce tapis est vert, qu'il y a des livres entassés sur ce bureau. La conscience est donc bien plus que cette « intuition qu'a l'esprit de ses états et de ses actes » dont parle le Vocabulaire de Lalande. Elle est coextensive à mon expérience de l'univers. La conscience n'est donc pas un objet à d'être connu, pour tous les objets. Elle est la lumière dans laquelle tous les objets se trouvent baignés, elle est comme l'apparition du jour qui arrache les choses à l'obscurité, leur donne couleur et forme visible. La conscience n'est-elle qu'une lumière ?

« J'ai conscience d'exister, j'ai conscience de mes souvenirs ou de mes sentiments, mais j'ai aussi conscience que ce tapis est vert, qu'il y a des livres entassés sur ce bureau.

La conscience est donc bien plus que cette « intuition qu'a l'esprit de ses états et de ses actes » dont parle le Vocabulaire de Lalande.

Elle est coextensive à mon expérience de l'univers.

La conscience n'est donc pas un objet à d'être connu, pour tous les objets.

Elle est la lumière dans laquelle tous les objets se trouvent baignés, elle est comme l'apparition du jour qui arrache les choses à l'obscurité, leur donne couleur et forme visible.

La conscience n'est-elle qu'une lumière ? Je crois obstinément que ce vase de cristal continue d'exister quand je cesse de le regarder ou même de penser à son existence.

De la même façon peut-être mon comportement psychologique reste-t-il identique à lui-même que j'en prenne ou non conscience.

Tel est le point de vue épiphénoméniste qui fait de la conscience psychologique une simple lumière, un simple reflet de l'objet incapable d'exercer une action sur ce qu'il reflète. Cet épiphénoménisme n'est pas soutenable car il est clair que la conscience introduit dans ma conduite un nouveau facteur.

Pierre Janet a bien montré qu'elle n'est pas une lumière qui éclaire sans le modifier un tableau préexistant. En fait, la conscience est elle-même une conduite originale qui vient se greffer sur les comportements inconscients. Prendre conscience d'une action c'est réagir à cette action.

C'est ainsi que la conscience du succès est une nouvelle action qui se greffe sur l'action de réussir.

La conscience du succès, c'est en fait une conduite de « triomphe » qui s'ajoute à l'action de réussir. La phénoménologie contemporaine insiste sur le caractère actif de la conscience.

La conscience n'est pas un réceptacle, un simple contenant.

Il n'y a pas d'objet « dans » la conscience, mais toute conscience est une « intentionnalité », c'est-à-dire une activité qui consiste à viser un objet.

La perception, le souvenir, l'amour et la haine ne sont pas des états intérieurs mais des façons de viser le monde.

On pourrait risquer cette formule que la conscience n'est jamais « état de conscience », mais toujours « conscience d'état ». Mais si, comme le dit Sartre, « être une conscience c'est éclater vers le monde », on comprend l'ambiguïté de la doctrine phénoménologique qui peut s'interpréter en deux directions : ou bien la conscience n'est que le chemin d'accès à l'Être, elle semble alors toujours transcendée par l'objet qu'elle révèle et on revient au fond à la théorie de la conscience-signal, de la conscience-reflet ; ou bien la conscience apparaît comme réellement active et pour ainsi dire responsable de l'objet qu'elle fait surgir ; la phénoménologie s'infléchit alors dans une direction ce transcendantale », c'est-à-dire retrouve la théorie kantienne d'un sujet pensant antérieur à toute expérience, et condition de toute expérience.

Ce que manifesterait au premier chef la conscience ce serait donc la séparation d'un sujet pensant et d'un objet pensé. Sans doute est-il classique de distinguer la conscience spontanée qui serait simple présence de l'objet pensé et la conscience réfléchie qui seule nous séparerait de l'objet.

On nous assure que « l'action de la pensée par laquelle on connaît une chose est différente de celle par laquelle on connaît qu'on la croit ».

En fait si « exister pour une conscience c'est avoir conscience qu'elle existe » (Sartre), la conscience spontanée est en même temps, si peu que ce soit, conscience réfléchie.

Pour toute conscience, l'objet est représentation et non simple présence.

« La conscience d'une douleur, disait Lachelier, n'est pas douloureuse, mais vraie ».

Si j'ai conscience de la douleur c'est qu'à côté du « moi » qui souffre, il y a le « je » qui sait qu'il souffre et qui se sépare de cette souffrance dans l'exacte mesure où il la pose comme objet.

Si le moi s'identifiait totalement à sa douleur il ne la connaîtrait pas. Ainsi la conscience est une puissance de séparation et de déchirement.

Tout d'abord la conscience me sépare du monde.

Telle est l'expérience du cogito cartésien ; la pensée des objets, certitude intérieure, inébranlable, s'oppose à l'objet de pensée dont l'existence, à titre de réalité autonome, est mise en question.

La connaissance n'est pas cette co-naissance, cette fusion avec le monde dont parlait Claudel ; si l'instinct est, comme le voulait Bergson, une puissance de « sympathie », de communion avec le inonde, il est fusion inconsciente et muette.

L'unité qu'il instaure est inséparable de l'obscurité nocturne tandis que la clarté de la conscience instaure une scission irrémédiable. Non seulement la conscience me sépare du monde mais encore elle me sépare de moi-même.

Prendre conscience de moi-même, comme l'a bien vu Sartre, c'est ne plus être celui que j'étais.

Prendre conscience que je suis malheureux ou timide ou courageux, c'est ne plus être tout à fait et tout ingénument malheureux, timide ou courageux.

Seules les choses sont pleinement et uniquement ce qu'elles sont ; ce crayon n'est qu'un crayon, ce cendrier n'est qu'un cendrier.

Mais tandis que les choses sont « en soi », l'homme qui est aussi « pour soi », c'est-à-dire qui se donne une image de lui-même, se voit condamné par là à n'être jamais ce qu'il est, à ne plus coïncider avec soi ; je ne suis ce que je suis qu'en représentation, comme ce garçon de café qui sait qu'il est garçon de café et se plaît à jouer à la perfection son personnage ; conscient d'être ce que je suis je ne puis que jouer à être ce que je suis.

Ma conscience « néantise » les particularités de ce moi qu'elle pose comme objet, transcende et frappe de contingence.

Je suis donc séparé de moi-même par ce « rien », par ce néant qui est la marque de la conscience. Toute naïveté, toute sincérité m'est désormais interdite ; je ne puis être « quelque chose » que sur le mode de la mauvaise foi. Et si la conscience me coupe de moi-même, à plus forte raison me sépare-t-elle d'autrui ; je ne connais des autres que leurs gestes et leurs paroles ; ce monde clos, insulaire, de leur conscience m'échappe.

A mon tour j'échappe aux autres et cette secrète conscience marque tout à la fois mon pouvoir et ma solitude, dont l'enfant saisit. »

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