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Quels rapports y a-t-il entre l'histoire et la sociologie ?

Publié le 28/01/2010

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histoire

Ce n'est pas sans peine que la sociologie, au début de ce siècle, prit conscience d'elle-même, et, se situant parmi les autres disciplines qui se partageaient la recherche de l'explication du monde, précisa son objet et son but. En particulier, il lui fut — et peut-être lui reste-t-il encore — difficile de déterminer, d'un commun accord, ses frontières et ses rapports avec une autre science, ou une autre étude, son aînée de deux millénaires : l'histoire. Ce sont ces rapports entre l'histoire et la sociologie que nous devons tâcher de préciser. * * * L'histoire, lisons-nous dans le dictionnaire le plus répandu (Petit Larousse illustré), est « le récit des événements, des faits dignes de mémoire «. La sociologie, au contraire, est définie comme « la science des phénomènes sociaux «. Ainsi l'histoire, constituée essentiellement par des récits, serait avant tout une œuvre littéraire, ayant pour but d'intéresser, ou, tout au plus, de faire connaître les faits passés les plus importants, soit en eux-mêmes, à cause de leur caractère étonnant ou admirable, soit à cause de leurs conséquences sur l'avenir de tout un peuple. Le sociologue, au contraire, ferait une œuvre scientifique analogue à celle du physicien ou du chimiste : il aboutirait à une explication des phénomènes étudiés et à la découverte des lois générales. Tandis, en effet, que l'histoire s'arrête à l'établissement de faits particuliers ou individuels, comme la Révolution de 1789 ou celle de 1848, l'assassinat de Henri IV ou celui de Marat, la sociologie prétend arriver à l'explication générale ou à la théorie de la révolution et du crime politique. Ainsi le seul examen de la définition usuelle de l'histoire et de la sociologie nous suggère que ce sont là deux branches bien différentes de la recherche scientifique.

histoire

« comme le sociologue et utilise ses acquisitions.Il procède comme le sociologue, s'élevant à des considérations générales ayant la portée d'une loi.

Sans prétendrefaire la philosophie de l'histoire, un historien digne de ce nom ne peut pas s'empêcher d'éclairer la situation qu'il vientd'analyser ou l'époque qu'il vient de conter par une réflexion suggérée par son expérience des hommes et du passé :n'est-ce pas là ce que le lecteur intelligent préfère dans son livre ?D'ailleurs, même pour remplir son rôle strict d'historien, il doit faire appel à des principes généraux.

Son rôle propreest d'expliquer les événements qu'il raconte.

Voudrait-on faire de lui un simple narrateur, il devrait cependant, pourordonner son récit, déterminer on supposer des rapports de causalité.

Or, comment déterminer la cause desévénements écoulés depuis des siècles ? Le seul moyen d'y parvenir est de comparer des situations analogues et,par les méthodes de concordance, de différence et de variations concomitantes que proposait Stuart Mill, découvrirla loi générale dont le fait qu'il rencontre n'est qu'une application.

L'histories se fait donc sociologue, à moins que,un sociologue ayant fait ces recherches avant lui, il puisse lui emprunter ses conclusions pour éclairer le momentdont l'explication l'arrête. Nous devons donc le constater, au lieu de s'opposer, les démarches de l'historien et celles du sociologue partent dumême point et convergent vers le même but : la sociologie comme l'histoire se fonde sur des faits concrets;l'histoire comme la sociologie tend à déterminer des lois générales.Ne faudrait-il pas dire, dès lors, que ces deux sciences se fondent en une science unique des sociétés et que lasociologie doit englober l'histoire ou l'histoire se dilater jusqu'à absorber la sociologie ?Certes, une fusion de plus en plus étroite de l'histoire et de la sociologie se réalise : la sociologie devient de plus enplus positive, fondée sur des faits historiques; l'histoire surtout, moins attentive que jadis aux individus qui tiennentles premiers rôles sur la scène politique, cherche plutôt à faire revivre pour le lecteur un état social disparu, à fairecomprendre un grand mouvement qui, comme le mouvement révolutionnaire du xviiie siècle en France, transforme enpeu d'années teinte une partie du monde.Mais on ne peut pas dire que la sociologie et l'histoire ne sont qu'une seule ou unique science.Il restera toujours vrai, en effet, que l'historien restreint ses recherches à une période et à une société déterminées: il ne s'élève à des considérations générales qu'accidentellement, pour, jeter un peu plus de lumière sur ce passéqui commence à émerger de l'ombre.

Si alors il a l'impression de devenir sociologue, c'est que la sociologie n'est pasencore faite.

Il est sociologue comme il est philosophe ou géologue, lorsque, pour mieux comprendre un événementqu'il revit, il rappelle ou va rafraîchir dans des ouvrages spéciaux ses notions de philosophie ou de géologie.

Lorsquela sociologie sera une science, sinon achevée, du moins très avancée, l'historien ne pourra plus avoir l'illusion d'êtreun vrai sociologue : il sentira l'imprécision et L'incertitude de ses conjectures, et c'est auprès des spécialistes de lasociologie qu'il ira les vérifier.Mais, par ailleurs, l'histoire restera toujours une science ou du moins une étude distincte de la sociologie.

Sansdoute, les recherches de l'historien sont précieuses pour le sociologue; mais il ne s'ensuit pas que l'historien ne soitque l'auxiliaire et comme le défricheur du sociologue.

Faire connaître et faire revivre une période du passé d'unpeuple, suivre une nation depuis les origines jusqu'à l'époque actuelle, est un objet digne de l'esprit de l'homme etun but qui se suffit.La sociologie et l'histoire ont donc un objet propre et relativement indépendant.

Mais comme elles peuvent se rendrede mutuels services.

L'esprit scientifique demande que sociologues et historiens travaillent dans une sympathiquecollaboration.

Quand on a l'esprit scientifique et un vrai souci d'éclairer un peu la marche de l'humanité, les querellesde préséance — qui sont le plus souvent des manifestations d'un amour-propre assez vain — paraissent bienridicules.. »

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