Devoir de Philosophie

Que veut-on dire quand on qualifie d'inhumain le comportement d'un homme ?

Publié le 09/03/2009

Extrait du document

Que veut-on dire quand on qualifie d'inhumain le comportement d'un homme ?

 

• Remarquer le caractère paradoxal de l'énoncé. • En quel(s) sens peut-il être non contradictoire de dire qu'un homme est inhumain ? • Ne s'agit-il pas d'opérer une différence entre des définitions de l'humain comme « fait « et des définitions de l'humain comme « valeur « ? Par exemple lorsqu'on dit que « l'homme est l'être qui travaille « ou que « l'homme est l'être qui parle «, on vise à énoncer des caractéristiques spécifiques de l'humain en l'homme « au niveau des faits «. Se situe-t-on au même niveau lorsqu'on qualifie d'inhumain le comportement d'un homme ? (Au niveau des faits, si c'est le fait d'un homme cela peut être dit humain). • « Inhumain 11 dans le sens de l'énoncé renverrait donc non pas à ce qu'est l'homme, tel ou tel homme, mais à ce qu'il devrait être pour être reconnu par leks autres, ou par tel autre comme « homme «. Autrement dit, il ne suffirait pas d'être homme pour être reconnu humain... • Ceci ne signifie-t-il pas aussi — implicitement — qu'être « humain «, c'est être l'incarnation de certaines valeurs, le porteur et l'agent de certaines valeurs ? Peut-être que les hommes (ou des hommes) considèrent qu'être homme est un « honneur «, qu'il s'agit de mériter, que tout homme ne peut pas (ou pas toujours) être humain parce que être « humain « ne serait pas un fait mais une valeur. • Finalement qualifier d'inhumain le comportement d'un homme, n'est-ce pas présupposer que l'homme est un être de valeur, un être des valeurs ? • Traiter le sujet n'est-ce pas ici examiner les conditions de possibilité (le présupposé, l'implicite) de ce type d'affirmation ? Son fondement ?

 

« l'incompréhension réciproque, de l'autre l'affirmation du relativisme, outre qu'elle se condamne à l'inefficacité morale,finit par supprimer tout sens au qualificatif d'inhumain — sauf si quelque réaction affectivo-morale vient la perturberface à ce qu'elle ne peut s'empêcher de considérer comme un scandale. Retour au sens premier: serait inhumain, non pas ce qui est indigne de l'homme, mais ce qui contredit l'humanité ouson concept.La référence philosophique qui s'impose est ici la morale kantienne et la maxime selon laquelle il convient deconsidérer l'humanité «jamais comme un moyen, toujours comme une fin».Peut alors être qualifié d'inhumain tout comportement qui, bien que relevant de la volonté d'un homme ou d'ungroupe humain, ne respecte pas cette exigence.

L'inhumain apparaît dès que, et si peu que ce soit, une personneest utilisée pour satisfaire des désirs, des intérêts, des pouvoirs quels qu'ils soient.Ce qui revient à définir le comportement inhumain par le non-respect de la personne humaine, à condition de donnerà celle-ci son sens plein: elle représente à elle seule l'humanité dans son ensemble. Sujet : En quoi peut-on parler d'un comportement inhumain ? L'inhumain c'est le non humain, celui qui n'obéit pas en somme aux règles, aux valeurs, voire aux croyances del'humanité.

Mais paradoxalement nous ne saurions qualifier sans pléonasme un comportement animal d'inhumain,c'est donc que l'inhumain est toujours rapporté à l'homme.

Mais comment quelque chose dans l'homme pourrait-ilêtre inhumain ? Si nous caractérisons un individu d'inhumain ne lui ôtons-t-on pas par là une qualité qu'il estpourtant sensé toujours disposé parce qu'il est justement homme ? En ce sens l'inhumain peut-il réellement émergerde l'humain ? D'autre part face à la pluralité des valeurs et des cultures sommes-nous réellement à même de définirce qui relève de l'humain et donc de l'inhumain ? Enfin, si nous sommes capables d'être inhumain n'est-ce pas qu'il ya une inhumanité de l'homme autant qu'une humanité de l'homme ? L'inhumain ce n'est que l'étranger Montaigne explore la variété des coutumes et des croyances susceptible d'enrichir à l'infini son image de l'homme.Or, selon lui si l'on considère les hommes réels c'est la puissance de la coutume qui devient manifeste : « ici on vitde la chair humaine, là c'est office de pitié de tuer son père en certain âge ; ailleurs les pères ordonnent desenfants encore au ventre des mères, ceux qui veulent être nourris et conservés, et ceux qui veulent êtreabandonnés et tués… », Les Essais , Livre 1, Chapitre 23. Dans le Livre 1 Chapitre 31 des Essais , Montaigne renvoie le terme de barbare à une qualification de la culture d'une personne sur celle d'une autre.

Si bien que nous sommes tentés d'appeler barbare et inhumain ce qui n'appartientpas à notre culture.

Il écrit au cours de ce chapitre : « Chacun appelle barbare ce qui n'est pas de son usage ».

Lesvaleurs que nous jugeons bonnes, justes, vraies de toute nécessité et donc humaine sont renvoyées à n'être quedes expressions particulières d'une culture.

Car pour Montaigne : « Quelle vérité que ces montagnes bornes, qui estmensonge au monde qui se tient au-delà » Livre 1, Chapitre 12.

L'inhumain n'existe pas réellement, mais révèle enréalité le jugement étriqué d'un homme qui appartenant à une culture particulière juge toute autre comme abjecte.Or, écrit Montaigne : « (…) comme de vrai il semble que nous n'avons d'autre mire de la vérité et de la raison quel'exemple et idées des opinions et usances du pays où nous sommes.

Là est la parfaite religion, la parfaite religion, laparfaite police, et parfait accompli usage de toute choses », Essai , Livre 1, chapitre 31. C'est cette analyse que reprendra Lévi-Strauss notamment dans Jean-Jacques Rousseau, fondateur des sciences de l'homme où il écrit : « Jamais mieux qu'au terme de ces quatre derniers siècles de son histoire, l'homme occidental ne put-il comprendre qu'en arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, enaccordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière constammentreculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer, au profit des minorités toujours plusrestreintes, le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour-propre son principe etsa notion.

». Le comportement inhumain c'est l'immoral Mais l'inhumain n'est pas seulement le non-homme mais aussi celui qui commet des actes barbares, immoraux.

Cen'est pas uniquement l'étranger qui appartient à un autre univers de sens mais aussi et surtout celui qui n'écoutepas ce que sa conscience pour le coup morale lui dicte de faire.

Rousseau admet aisément qu'il y a autant demorales qu'il n'y a de culture.

Mais pour autant il ne saurait définir l'homme autrement que par la conscience.

Car :« Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel malgré nos propres maximes nousjugeons nos actions et celle d'autrui comme bonnes ou mauvaises, et c'est à ce principe que je donne le nom deconscience », La profession du Vicaire Savoyard .

Et à ceux qui projettent d'affirmer que règne au niveau moral une irréductible différence entre les cultures il répond : « (…) Cet accord évident et universel de toutes les nations, ill'osent le rejeter ; et contre l'éclatante uniformité du jugement des hommes ; ils vont chercher dans les ténèbresquelques exemples obscur, et connu d'eux seuls ; comme si tous les penchants de la nature étaient anéantis par ladépravation d'un peuple et qui, sitôt qu'il est des monstres, l'espèce ne fût plus rien ».

L'humanité de l'hommeémerge par cette faculté éminemment morale qui conduit chacun à suivre le bien et non le mal.

Ainsi Rousseaurépond au relativisme culturel et moral de Montaigne en écrivant : « O Montaigne ! toi qui te piques de franchise etde vérité, sois sincère et vrai, si un philosophe peut l'être et dis moi s'il est quelque pays sur la terre où ce soit uncrime de garder sa foi, d'être clément, bienfaisant, généreux, où l'homme bien soit méprisable et le perfide honoré ».. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles