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Que pensez-vous du mot du philosophe Alain sur la politesse : « On dit souvent qu'il y a une politesse du coeur qui se moque des formes. C'est ce que je ne crois point. » ?

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Ce texte, extrait d'un propos du 17 décembre 1922 intitulé « La science des signes » est reproduit dans Sentiments, Passions et Signes, p. 195. Voici les lignes qui suivent : « Les bons sentiments font souvent beaucoup de mal. Le premier mouvement sera de marquer quelque pitié pour un homme que la maladie a changé, et il n'y a point d'impolitesse qui laisse plus de regrets que celle-là. Même l'expression du plaisir doit être mesurée et préparée; il y a des sourires et des regards parlants qui laissent l'interlocuteur dans l'embarras; ce sont des signes dont il n'a pas la clef; souvent ce sont des signes dont personne n'a la clef, non plus celui qui les lance. » Alain est revenu souvent sur ce thème de la politesse. On trouvera un large choix de textes dans le tome II de Mlle Drevet, dans la Collection Les grands textes, p. 59-64. Notons encore dans un Propos du 10 septembre 1910 cette réflexion qui concerne exactement notre sujet : « Et je ne dis point du tout que la politesse est un mensonge, bonne pour les étrangers; je dis que plus les sentiments sont sincères et précieux, plus ils ont besoin de politesse. » (Propos, Edit. La Pléiade, p. 159.) INTRODUCTION. - « La politesse se perd », observent tristement certaines personnes qui ont connu la vie de société d'avant 1914. Aux générations nouvelles, cette politesse fait au contraire bien souvent figure d'anachronisme. Les observances formalistes ne sont plus de notre époque. Nous sommes des réalistes et visons à l'essentiel : ne pas se gêner les uns les autres, et autant que possible, se rendre mutuellement service, voilà ce que demande le véritable amour du prochain qui inspire la vraie politesse, celle du coeur, et non la fidélité à des obligations conventionnelles, aussi gênantes dans bien des cas pour ceux qui en sont l'objet que pour ceux qui s'y jugent astreints. ALAIN, qui cependant n'a rien du conservateur systématique et ne se fait pas défaut de bousculer bien des traditions, se prononce nettement contre cette façon de voir : « On dit souvent... » Que penser de cette opinion du célèbre auteur des Propos ?

« Que pensez-vous du mot du philosophe Alain sur la politesse : « On dit souvent qu'il y a une politesse du coeur qui se moque des formes.

C'est ce que je ne crois point.

» Ce texte, extrait d'un propos du 17 décembre 1922 intitulé « La science des signes » est reproduit dans Sentiments, Passions et Signes, p.

195.

Voici les lignes qui suivent : « Les bons sentiments font souvent beaucoup de mal.

Le premier mouvement sera de marquer quelque pitié pour un homme que la maladie a changé, et il n'y a point d'impolitesse qui laisse plus de regrets que celle-là.

Même l'expression du plaisir doit être mesurée et préparée; il y a des sourires et des regards parlants qui laissent l'interlocuteur dans l'embarras; ce sont des signes dont il n'a pas la clef; souvent ce sont des signes dont personne n'a la clef, non plus celui qui les lance.

» Alain est revenu souvent sur ce thème de la politesse.

On trouvera un large choix de textes dans le tome II de Mlle Drevet, dans la Collection Les grands textes, p.

59-64.

Notons encore dans un Propos du 10 septembre 1910 cette réflexion qui concerne exactement notre sujet : « Et je ne dis point du tout que la politesse est un mensonge, bonne pour les étrangers; je dis que plus les sentiments sont sincères et précieux, plus ils ont besoin de politesse.

» (Propos, Edit.

La Pléiade, p.

159.) INTRODUCTION.

- « La politesse se perd », observent tristement certaines personnes qui ont connu la vie de société d'avant 1914.

Aux générations nouvelles, cette politesse fait au contraire bien souvent figure d'anachronisme.

Les observances formalistes ne sont plus de notre époque.

Nous sommes des réalistes et visons à l'essentiel : ne pas se gêner les uns les autres, et autant que possible, se rendre mutuellement service, voilà ce que demande le véritable amour du prochain qui inspire la vraie politesse, celle du coeur, et non la fidélité à des obligations conventionnelles, aussi gênantes dans bien des cas pour ceux qui en sont l'objet que pour ceux qui s'y jugent astreints. ALAIN, qui cependant n'a rien du conservateur systématique et ne se fait pas défaut de bousculer bien des traditions, se prononce nettement contre cette façon de voir : « On dit souvent...

» Que penser de cette opinion (lu célèbre auteur des Propos ? I.

— POURQUOI LE DÉDAIN DE LA POLITESSE. Il faut le reconnaître, ceux qui se moquent des manières polies des personnes d'un autre âge ne manquent pas de bonnes raisons.

Mais il,.

semble bien que leur sévérité tient à une notion inexacte de la politesse. Peut-être un certain nombre de ceux qui ont quelques vagues notions de grec font-ils entre politesse et politique un rapprochement qu'ils estiment instructif : la politesse, pensent-ils, est pure politique, au sens péjoratif qu'a pris le mot dans l'usage ordinaire.

Ces deux mots n'ont-ils pas mie même racine, polis, et la politesse, comme la politique n'est-elle pas le propre de la ville ? Le campagnard va droit devant lui, avec une naïveté qui passe souvent pour sottise; c'est le citadin qui a l'art des manières politiques, recourant à la ruse et à la duplicité pour parvenir à ses fins. Le malheur est que ce rapprochement étymologique est purement imaginaire.

Politesse ne dérive pas du grec polis, mais du latin "polire" qui signifie polir.

Le maçon, le menuisier, le ferronnier, mettent un soin spécial à polir les surfaces sur lesquelles se posera ou glissera la main, afin d'éviter tout ce qui pourrait blesser ou tout simplement déplaire.

C'est « cette crainte de déplaire qui est au fond de la politesse », et non je ne sais quel projet machiavélique d'exploiter la candeur naïve d'autrui en lui manifestant un intérêt qu'on n'éprouve pas. Il est sans doute possible, il n'est même que trop fréquent, de recourir aux marques extérieures de la politesse par pure politique : c'est même alors que, manquant de naturel, elles sont le plus exagérées.

Mais, à moins d'un défaut de clairvoyance, cet excès de démonstrations, loin de satisfaire, gêne si même il ne blesse pas : de la politesse, nous n'avons là qu'une apparence qui ne trompe presque personne.

On ne méritera pas la réputation d'être poli pour multiplier ses attentions ou manifester un respect obséquieux à ceux dont on dépend ou dont on espère quelque chose : c'est principalement dans les rapports avec des inconnus que se manifeste la politesse passée à l'état d'habitude et devenue comme une seconde nature.

Elle suppose le souci fondamental de faire en sorte que nos contacts passagers avec les autres ne soient pas pour eux une gêne, mais leur procurent les menues satisfactions d'une sympathie discrète. Après ces remarques préliminaires, il nous sera facile d'apprécier la réflexion d'ALAIN. II.

— IL N'Y A DE POLITESSE VÉRITABLE QUE DU CŒUR. La politesse est, sans doute, affaire de comportement extérieur.

Il ne suffit pas, pour être poli envers quelqu'un, d'éprouver à son égard une admiration respectueuse, un attachement sincère, un vif désir de le voir heureux.

Ces sentiments doivent se manifester.

Aussi se rencontre-t-il des gens pleins de bonnes intentions à l'égard de leurs semblables, généreux et prêts à se dévouer, et qui n'en ont pas moins dans bien des cas, une attitude sans politesse : il leur manque de traduire extérieurement ce qu'ils éprouvent dans le secret de leur coeur. Mais, nécessaires à la politesse, les manières extérieures ne sont pas la politesse.

Elles ne constituent que des signes : indispensables dans une communauté d'êtres qui ne lisent pas dans les cœurs, ces signes ne valent que par ce qu'ils signifient, par les dispositions intimes qu'ils extériorisent.

Ou encore le comportement extérieur se réduit à un ensemble d'actes matériels qui a besoin d'être informé par une intention bienveillante. Cette bienveillance foncière, cette attitude du coeur, constitue l'essentiel de la politesse.

Les manières extérieures, les formes plus ou moins conventionnelles de traiter avec autrui ne sont que des moyens dont l'homme vraiment poli. »

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