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Que pensez-vous de ce mot d'un philosophe contemporain, M. Merleau-Ponty « La vraie philosophie est de réapprendre à voir le monde » ?

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Que pensez-vous de ce mot d

INTRODUCTION. - Il était jadis classique de concevoir la philosophie comme la connaissance des choses par leurs causes dernières, finales aussi bien qu'efficientes. Elle devait répondre aux derniers pourquoi que se pose l'homme et découvrir le sens de la vie. Il y a un demi-siècle encore, Jules LACHELIER déclarait : « C'était l'office de la philosophie de tout comprendre, même la religion. » Chez nombre de nos contemporains, l'ambition philosophique semble devenue plus modeste. Témoin cette réflexion de Maurice MERLEAU-PONTY : « La vraie philosophie est de rapprendre à voir le monde. » (Phénoménologie de la perception, p. xvi.). Pouvons-nous admettre cette conception et réduire la philosophie à une plus authentique vision du monde ? I. — LA PHILOSOPHIE RAPPREND A VOIR LE MONDE L'accoutumance émousse nos impressions. Ce qui est habituel ne nous étonne plus : nous ne sentons pas la beauté de spectacles que nous avons constamment sous les yeux, aussi faut-il que le touriste fasse sur ce point l'éducation du paysan; l'esclavage ne choquait pas le sens moral des Anciens et les bourgeois du siècle dernier trouvaient juste que le salaire du travailleur fût indépendant de ses charges familiales. Cet effet de l'habitude s'observe aussi dans le domaine des idées. Si un phénomène exceptionnel excite notre curiosité et nous intrigue, les phénomènes que nous jugeons normaux nous paraissent sans intérêt : pour le primitif, le lever et le coucher quotidiens du soleil lui semblent ne pas poser de question, mais qu'il se produise en plein jour une éclipse passagère, le voilà tout interdit et en quête d'une explication. L'explication, il la trouve d'abord dans le mythe. Puis cette source impure se purifie et, suivant le niveau auquel on se place, c'est la science, la philosophie et la religion qui répondent aux pourquoi que se pose l'esprit.

« Que pensez-vous de ce mot d'un philosophe contemporain, M. Merleau-Ponty « La vraie philosophie est de réapprendre à voir le monde » ? INTRODUCTION. - Il était jadis classique d e concevoir la philosophie c o m m e la connaissance d e s choses par leurs causes dernières, finales aussi bien qu'efficientes. Elle devait répondre aux derniers pourquoi que se pose l'homme et découvrir le sens de la vie. Il y a un demi-siècle encore, Jules LACHELIER déclarait : « C'était l'office de la philosophie de tout comprendre, même la religion. » Chez nombre de nos contemporains, l'ambition philosophique semble devenue plus modeste. Témoin cette réflexion de Maurice MERLEAU-PONTY : « La vraie philosophie est d e rapprendre à voir le monde. » (Phénoménologie d e la perception, p. xvi.). Pouvons-nous admettre cette conception et réduire la philosophie à une plus authentique vision du monde ? I. — LA PHILOSOPHIE RAPPREND A VOIR LE MONDE L'accoutumance émousse nos impressions. Ce qui est habituel ne nous étonne plus : nous ne sentons pas la beauté de spectacles que nous avons constamment sous les yeux, aussi faut-il que le touriste fasse sur ce point l'éducation du paysan; l'esclavage ne choquait pas le sens moral des Anciens et les bourgeois du siècle dernier trouvaient juste que le salaire du travailleur fût indépendant de ses charges familiales. Cet effet de l'habitude s'observe aussi dans le domaine des idées. Si un phénomène exceptionnel excite notre curiosité et nous intrigue, les phénomènes que nous jugeons normaux nous paraissent sans intérêt : pour le primitif, le lever et le coucher quotidiens du soleil lui semblent ne pas poser de question, mais qu'il se produise en plein jour une éclipse passagère, le voilà tout interdit et en quête d'une explication. L'explication, il la trouve d'abord dans le mythe. Puis cette source impure se purifie et, suivant le niveau auquel on se place, c'est la science, la philosophie et la religion qui répondent aux pourquoi que se pose l'esprit. Mais cette explication elle-même, par suite de l'accoutumance, perd de sa valeur, sinon objective du moins subjective, parce qu'elle en vient à paraître aller d e soi. Pour le chrétien, par exemple, la création rend parfaitement compte d e l'existence du monde, le péché originel explique la misère de l'homme et l'Incarnation du Verbe rédempteur nous sauve du désespoir; mais ces dogmes eux-mêmes, qui lui sont familiers depuis l'enfance, ne l'étonnent guère plus que la marche du soleil au-dessus de l'horizon. Il en est de même des vérités philosophiques communément reçues : la connaissance, c'est-à-dire la possibilité d'être d'une certaine manière (intentionnellement, diton d'un mot qui laisse le mystère intact) ce qu'on n'est pas, l'existence d'une âme qu'il nous est cependant impossible de voir en ellemême, la conscience morale dont les injonctions se fondent sur un absolu qui nous échappe...; les thèses de cette philosophie classique font en quelque sorte partie du lot de connaissances que nous recevons toutes faites et n'avons pas besoin de justifier, à moins qu'un sceptique... ou un examinateur rte manifestent cette exigence. Dans ce cas, d'ailleurs, la justification fournie n'est, pour ainsi dire, qu'à l'usage externe : elle ne répond pas à un besoin intime et elle est d'ordinaire empruntée à des livres bien plus que fondée sur une réflexion personnelle. Or, reproduire fidèlement les affirmations reçues, les arguments qui les appuient, les distinctions qui répondent a u x difficultés d e l'adversaire, ce n'est pas vraiment philosopher. Il est s a n s doute paradoxal d e prétendre que la philosophie ne vaut q u e par les problèmes qu'elle p o s e : elle vaut surtout par les solutions qu'elle apporte. Mais ces solutions ne sont vraiment philosophiques q u e lorsqu'elles répondent à des questions effectivement posées et réellement vécues. Aussi a-t-on pu dire que philosopher revient à « se comporter à l'égard de l'univers comme si rien n'allait de soi ». (W. JANKÉLÉVITCH, La mauvaise conscience, p. 5.) Cette attitude suppose le rejet systématique d e la vision commune du m o n d e et un effort pour s'en donner u n e représentation indépendante des habitudes. Ainsi, la vraie philosophie exige bien qu'on rapprenne à voir le monde. II. — ELLE NE SE RÉDUIT PAS A CE « RAPPRENTISSAGE » « Rapprendre à voir le monde » n'est pas toute la philosophie ni même la raison d'être essentielle de la philosophie. A. Tout d'abord, philosopher ne se réduit pas à voir, au sens propre du mot, quelque authentique que soit cette vision. Nous disons : « au s e n s propre du mot », car « voir » signifie également « comprendre ». Si l'on entendait par « voir le monde » le comprendre et pouvoir l'expliquer, nous pourrions (avec les réserves que nous ferons sur « le monde ») admettre l'affirmation soumise à notre examen. Mais ce n'est pas le sens que M. MERLEAU-PONTY donne à cette formule : pour « il s'agit de décrire, et non pas d'expliquer ni d'analyser », expérimenter les choses dans leur originalité propre, voilà toute la philosophie. Ce n'en peut être que le préambule ou la condition préalable : avant de construire un système du réel, il faut de toute évidence, avoir de ce réel une connaissance authentique, et, comme la vision commune est altérée par une longue accoutumance, rapprendre à le voir. Mais le philosophe n'a terminé son oeuvre que lorsqu'il a édifié un système explicatif. Bien plus, seul ce système explicatif constitue l'objet propre de la philosophie. « Rapprendre à voir » relève de la phénoménologie. B. Ensuite, la philosophie n'a pas pour objet essentiel le monde, dans l'acception ordinaire du mot, c'est-à-dire la réalité matérielle perceptible à nos sens. C e m o n d e constitue l'objet exclusif d e la, science. Sans en faire abstraction, le philosophe a un autre centre d'intérêt : jadis, ce qui est éternel et nécessaire, et, en définitive, Dieu : aujourd'hui, l'homme. Sans doute, l'homme fait partie du monde et son « être au monde » constitue un important thème de réflexion chez les philosophes contemporains; il n'en reste pas moins que par « voir le monde » on entend la connaissance de la réalité matérielle. Sans doute encore, tout se tient, en sorte que l'explication de cette réalité matérielle peut aboutir à la constitution de tout un système philosophique : DESCARTES prétendait même exposer le sien à partir de l'étude de la lumière (Discours de la méthode, 5° partie); on n'en donne pas moins une idée fausse de la philosophie en la définissant c o m m e u n e certaine manière de « voir le monde ». Qu'on ne nous objecte pas l'allemand Weltanschauung, qui signifie littéralement « vision du monde » : c'est une vue intellectuelle et implicitement systématique prise du point de vue de l'homme et centrée sur la place faite à l'homme; aussi est-il plus usuel d'utiliser le mot allemand sans le traduire. Suivant le mot célèbre d'ARISTOTE, la science commence par l'étonnement, mais nous pouvons préciser et établir cette distinction les sciences au sens courant du mot, c'est-à-dire les sciences de la nature, commencent par l'étonnement devant le monde; au contraire, la philosophie commence par l'étonnement devant l'au-delà de ce m o n d e matériel. Pour nos contemporains, « la philosophie commence avec l'étonnement que nous procure ce fait de grande envergure qu'est l'existence de la pensée : elle aurait presque fini sa tâche si elle avait fini de le paraphraser ». Le commencement de la philosophie consiste donc moins à « rapprendre à voir le monde » qu'à rapprendre ou à apprendre à voir le monde de l'esprit en vue de le comprendre et de l'expliquer. CONCLUSION. O n ne saurait méconnaître l'importance philosophique d'une vision authentique du m o n d e à laquelle travaille la phénoménologie dont M. MERLEAU-PONTY fut un représentant de premier plan. Mais de m ê m e q u e l e s observations scientifiques ne suffisent pas à constituer la science, les descriptions phénoménologiques les plus pénétrantes ne tiennent pas lieu de philosophie. Philosopher, au sens vrai du mot, ce n'est pas voir ou décrire mais expliquer. »

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