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Que penser de l'expression: l'histoire alimente l'histoire" ?

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Les événements passés n?ont donc de sens et ne trouvent leur accomplissement que lorsqu?ils se trouvent être réfléchis par la science historique. Nous pouvons même dire qu?ils deviennent réellement compréhensible grâce à cette médiation que l?histoire, en tant qu?étude, accomplit sur l?histoire, en tant que suite d?événements. En ce sens, l?histoire alimente l?histoire de nouveaux événements à réfléchir chaque jour.                       II/ L?histoire, comme étude, peut étouffer les actions historiques.               Nous venons ainsi de voir que les événements historiques ne prennent réellement toute leur valeur que lorsqu?ils sont réfléchis scientifiquement. Les événements étaient donc un réservoir d?études pour la science historique. Mais ne perd -on pas une dimension essentielle de ces événements lorsque nous en venons à dire cela ? En effet, l?histoire, pour pouvoir être racontée, a d?abord et avant tout besoin d?être vécue. C?est ce que nous rappelle Nietzsche, dans sa Seconde considération inactuelle. « Que la vie ait besoin d?être servie par l?histoire, c?est un fait dont il faut prendre conscience, tout autant que du principe que nous aurons à définir plus tard, à savoir qu?un excès d?histoire nuit au vivant.

« Introduction : La question repose ici sur ce que nous pouvons entendre par le terme d' « histoire.

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En effet, en français, ce terme recouvre deux significations bien différentes.

Il désigne, d'une part, le récit des événements passés.

Ce récit divise le temps passé en périodes (Antiquité, Moyen-Age…) et cherche à reconstituer les événements passés de la façon la plus objective qui soit.

L'histoire prétend alors à un statut scientifique.

D'un autre coté, le terme « histoire » désigne également les événements eux-mêmes.

Nous pourrons ainsi parler du cours de l'histoire, ou de l'histoire de quelqu'un.

Reste donc à savoir dans quel sens nous prenons les termes de la question.

De quelle(s) histoire(s) s'agit-il ? Si d'une part, nous voulons dire que l'histoire, au sens de l'ensemble des événements passées, alimente l'histoire, le récit de ses événements, cette expression paraît tout à fait juste.

En effet, il faut bien que des événements se soient passés pour que nous puissions ensuite les narrer, les reconstituer et les réfléchir.

A l'inverse, pouvons nous dire que l'étude des événements passés nous encourage à participer aux événements les plus importants ? Il se pourrait bien que ce soit l'effet inverse qui se produise et qu'à trop étudier l'histoire, nous en viendrions à oublier que nous avons notre propre histoire à construire.

A quoi pourrait-alors bien servir l'histoire ? Elle peut être un mode de connaissance particulier qui, lorsqu'elle reconnaît le hasard qui la compose, nous permet de faire preuve d'actions réfléchies. I/ Il faut qu'il y ait des événements historiques pour que naisse la science historique. La science historique a pour objet le passé.

Or, cet objet semble avoir deux aspects contradictoires.

En effet, il se présente d'abord comme ce qui a eu lieu, comme un ensemble d'événements qui se sont déroulés et qui peuvent être étudiés.

Néanmoins, le fait que ces événements soient passés rappelle qu'ils ne sont plus.

L'histoire, comme science, serait donc ce qui essaierait de faire revivre ces événements d'une part, et de les observer depuis un nouveau point de vue, une fois que le temps s'est écoulé, d'autre part.

Quel est alors le lien entre l'histoire en tant qu'ensemble d'événements et l'histoire comme étude de ces événements ? Hegel, nous décrit, dans les Principes de la philosophie du droit, l'histoire événementielle : « Par suite, c'est le jeu le plus mobile de la particularité intérieure, des passions, des intérêts, des buts, des talents, des vertus, de la violence, de l'injustice et du vice, de la contingence extérieure à la plus haute puissance que peut prendre ce phénomène.

» Les événements semblent donc construits purement et simplement par la contingence, l'accidentel, au point que l'on voit mal quel est le rapport de cette contingence avec l'histoire qui se voudrait une science objective.

En fait, nous dit Hegel, à travers l'affrontement de ces intérêts contradictoires, c'est « l'esprit du monde », le droit suprême, qui s'accomplit.

Il se dévoile alors « dans l'histoire du monde comme tribunal du monde.

» En fait, écrire l'histoire, reconstituer ces événements passés et en rendre compte à travers un récit contribue à prononcer un jugement sur les actions passées.

En écrivant l'histoire, nous pouvons reconstituer ce qui, de droit, s'est accomplit dans le monde et reconnaître la marche de l'esprit du monde.

Les événements passés n'ont donc de sens et ne trouvent leur accomplissement que lorsqu'ils se trouvent être réfléchis par la science historique.

Nous pouvons même dire qu'ils deviennent réellement compréhensible grâce à cette médiation que l'histoire, en tant qu'étude, accomplit sur l'histoire, en tant que suite d'événements.

En ce sens, l'histoire alimente l'histoire de nouveaux événements à réfléchir chaque jour. II/ L'histoire, comme étude, peut étouffer les actions historiques. Nous venons ainsi de voir que les événements historiques ne prennent réellement toute leur valeur que lorsqu'ils sont réfléchis scientifiquement.

Les événements étaient donc un réservoir d'études pour la science historique.

Mais ne perd -on pas une dimension essentielle de ces événements lorsque nous en venons à dire cela ? En effet, l'histoire, pour pouvoir être racontée, a d'abord et avant tout besoin d'être vécue.

C'est c e que nous rappelle Nietzsche, dans s a Seconde considération inactuelle.

« Que la vie ait besoin d'être servie par l'histoire, c'est un fait dont il faut prendre conscience, tout autant que du principe que nous aurons à définir plus tard, à savoir qu'un excès d'histoire nuit au vivant.

(…) L'excès d'histoire a attaqué la faculté plastique de la vie, elle ne sait plus tirer du passé sa forte nourriture.

» Qu'entendre par-là ? L'excès de l'étude des événements porte en fait un désavantage pour la vie.

A force de fixer les événements, de chercher à les expliquer et de croire pouvoir les comprendre entièrement, nous en venons à oublier que nous vivons, et que cette vie nous donne d'abord et avant tout le droit de construire l'histoire.

Nietzsche reconnaît bien à l'histoire comme étude des événements toute son importance dans la mesure où elle nous permet de nous donner davantage de force pour agir, pour nous faire à notre tour les constructeurs de l'histoire.

La tendance de l'histoire comme récit n'est donc pas d'alimenter l'histoire ; Elle se révèle bien plutôt comme un obstacle qui nous donnerait tout le poids du passé à porter, à supporter, et nous empêcherait d'agir. III/ L'histoire n'alimente l'histoire que si l'on prend en compte ses deux aspects. Faut-il dès lors estimer, avec Hegel, que tout événement historique n'a pour fin que d'être étudié et compris par la science historique, ou alors, faut-il, avec Nietzsche, s'absenter de toute connaissance historique, pour conserver une liberté d'action ? Il semble qu'il nous faille adopter un juste milieu.

Tocqueville, dans ses Souvenirs, raconte qu'il s'est entretenu à la fois avec des gens des historiens et avec des hommes d'action.

« J'ai toujours remarqué que les premiers voyaient partout des causes générales, tandis que les autres, vivant au milieu du décousu des faits journaliers, se figuraient volontiers que tout devait être attribué à des incidents particuliers.

(…) Il est à croire que les uns et les autres se trompent.

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En effet, dire que l'étude historique est seule importante consiste ni plus ni moins à supprimer tous les acteurs de l'histoire.

Les hommes qui la font et qui l'alimente, ne sont alors considérés que comme un réservoir de matière ou comme des pantins dans une histoire reconstituée par des lois scientifiques.

L'histoire a donc une part de hasard à conserver.

Mais, ajoute Tocqueville, « le hasard ou plutôt cet enchevêtrement de causes secondes, que nous appelons ainsi faute de savoir les démêler, n'y fait rien qui ne soit préparé à l'avance.

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Il s'agit donc bien de rechercher des causes au déroulement des événements.

C auses que la science historique peut trouver dans divers domaines : « Les faits antérieurs, la nature des institutions, le tour des esprits, l'état des mœurs, sont les matériaux avec lequel le hasard compose ces impromptus qui nous étonnent et nous effraient.

» L'étude historique ne doit donc pas non plus être ignorée si nous voulons connaître ce fameux hasard qui se détermine lui-même dans beaucoup de domaines. Conclusion : -Les événements historiques alimentent la science qui les réfléchit. -C ette science peut cependant nuire aux actions historiques. - S'alimenter de l'histoire, c'est donc agir tout en sachant ce qui influence les événements. « L'histoire alimente l'histoire » est une expression juste dans la mesure où les deux termes sont bien distingués l'un de l'autre.

Il s'agit de reconnaître leur importance propre tout autant que leur interdépendance.. »

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