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Prendre conscience de soi , est-ce prendre conscience de notre corps ?

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La conscience est une fonction d'attention au réel, c'est ce qui nous permet de recevoir dans notre esprit les choses du monde extérieur. Prendre conscience de soi serait donc s'apercevoir tel que l'on se présente, prendre conscience de son corps tout entier. Pourtant, à l'évidence, nous ne nous apparaissons pas à nous même de la même manière que les objets nous apparaissent. La conscience de soi est l'expérience de notre propre subjectivité. Prendre conscience de soi pourrait alors relever d'une démarche purement réflexive et introspective de la conscience, qui ne nécessiterait pas de se tourner vers une extériorité. Dans ce sens, doit-on encore affirmer que prendre conscience de soi, c'est prendre conscience de son corps ? Dans quelle mesure peut-on se penser soi indépendamment de la pensée de son corps ? Il s'agit de savoir si notre corps constitue une donnée inaliénable et essentielle à notre être ou si nous pouvons maintenir notre identité de manière désincarnée...

« Introduction : La conscience est une fonction d'attention au réel, c'est ce qui nous permet de recevoir dans notre esprit les c h o s e s du monde extérieur.

P rendre conscience de soi serait donc s'apercevoir tel que l'on se présente, prendre conscience de son corps tout entier.

Pourtant, à l'évidence, nous ne nous apparaissons pas à nous même de la même manière que les objets nous apparaissent.

La conscience de soi est l'expérience de notre propre subjectivité. P rendre conscience de soi pourrait alors relever d'une démarche purement réflexive et introspective de la conscience, qui ne nécessiterait pas de se tourner vers une extériorité.

Dans ce sens, doit-on encore affirmer que prendre conscience de soi, c'est prendre conscience de son corps ? Dans quelle mesure peut-on se penser soi indépendamment de la pensée de son corps ? Il s'agit de savoir si notre corps constitue une donnée inaliénable et essentielle à notre être ou si nous pouvons maintenir notre identité de manière désincarnée… 1ère partie : Prendre conscience de soi, c'est d'abord prendre conscience de sa pensée. P rendre conscience de soi, c'est prendre conscience de sa pensée avant son corps.

Pour Descartes la pensée se saisit d'abord elle-même.

En effet, alors que l'on peut douter de tout, on ne peut en aucun cas douter que l'on pense (même si ce que l'on pense est faux).

Nous avons donc une première certitude indubitable : la conscience d'être en train de penser.

O n a alors conscience de notre propre activité de conscience pensante.

En affirmant « je pense donc je s u i s » (en latin : cogito ergo sum), la pensée s e s a i s i e comme pensée, l a c o n s c i e n c e s e s a i s i e comme conscience, c'est-à-dire comme substance indépendante du corps, qui n'a pas besoin du corps pour exister.

(Descartes, Méditations métaphysiques). La conscience est donc avant tout conscience d'elle-même, transparente à elle-même sans qu'aucun intermédiaire, aucun corps, ne lui soit nécessaire.

C e qui est présent dans la conscience semble alors directement accessible et faire sens, car la transparence de la conscience à elle-même nous ouvre à la certitude de ses objets.

La certitude est alors l'adhésion de la conscience à une vérité reconnue par elle avec évidence comme telle. « Plus aisée à connaître que le corps », la conscience de soi est donc la première certitude.

Elle est ce qui résiste à tous les efforts de la certitude.

On peut douter avoir un corps, en supposant qu'un malin génie nous trompe sur tous nos jugements et nos idées, mais on ne peut douter que l'on pense.

A insi, la pensée est première, sa certitude apparaît avec évidence à l'esprit, indépendamment de la certitude de notre corps.

La pure activité de la pensée est indubitable et ne dépend d'aucune autre certitude, elle est pour Descartes le premier principe, c'est-à-dire qu'elle ne dépend de rien d'autre qu'elle-même, et c'est de ce principe que toute les autres certitudes vont découler.

La pensée ainsi conçue comme indépendante et première ne requiert donc pas un corps.

Saisie dans sa pure signification, il lui suffit de s'analyser pour saisir ses propres qualités. - L'expérience nous le prouve, on peut avoir conscience de soi sans avoir conscience de notre corps.

C 'est l'expérience du « membre fantôme » : nous pouvons ne pas avoir conscience de nos membres, de nos gestes, notre situation corporelle dans l'espace et le temps.

Nous pouvons aussi avoir conscience d'un corps qui n'est pas (ou plus) le notre, quand nous avons une conscience de notre jeunesse pourtant révolue.

L'image que l'on a de soi, de son corps, est donc souvent fausse.

Nous avons donc une conscience de soi indubitable sans pour autant avoir conscience de notre corps véritable. 2ème partie : La conscience de soi ne peut être indépendante de la conscience d'un corps. - Prendre conscience de soi, c'est se donner une position d'existence.

En effet, Husserl, l'inventeur de la phénoménologie, explique que nous ne pouvons nous défaire de l'attitude naturelle qui consiste à penser toute chose dans les limites d'un monde.

Nous ne pouvons imaginer que le monde n'est pas, donc tout ce dont nous avons conscience, nous en lui donnons une position d'existence dans le monde.

Penser que quelque chose est, c'est donc penser que cette chose est dans le monde.

Par conséquent, lorsque nous avons conscience de nous-même, nous avons conscience d'un être dans le monde, donc d'un corps, car nous ne pouvons viser quelque chose qui ne serait pas dans ce monde. - En prenant conscience de soi, on prend conscience d'être « une chose qui pense » affirme Descartes.

Il est donc impossible de se penser sans penser un corps, une substance pensante, quelle qu'elle soit.

C e « je » désancré que parviens à atteindre Descartes par l'expérience du cogito, par son obstination même à vouloir douter de toute chose et de son corps même, témoigne en fait d'une volonté de certitude et de vérité.

P ar le doute, il se persuade que rien n'a jamais été et pourtant ce qu'il veux trouver, c'est « une chose qui soit certaine et véritable ».

P ar le doute, Descartes, parvient en définitive à l'affirmation de la certitude de son existence, car pour douter, c'est-à-dire penser, il faut être. Dans la 2 nde Méditation, Descartes acquiert la certitude d'être « une chose qui pense, c'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent ».

Descartes ne parvient donc pas à se passer de la conscience d'un corps lorsqu'il prend conscience de lui-même, car cette prise de conscience passe par la perception de sensations physiques qui témoignent d'une corporéité (« je sens »). 3ème partie : la conscience de soi passe par la médiation d'un corps. - Nous n'avons conscience de soi uniquement par la médiation de notre corps.

En effet, lorsque l'on dort, ou que l'on est évanoui, nous perdons conscience car nous ne ressentons plus rien.

Lorsque tous nos sens sont désactivés, que notre corps est en latence, nous n'avons plus conscience de nous-même. - La conscience de soi est réflexive, c'est parce que je me réfléchis par rapport au monde qui m'entoure que je prends conscience de moi.

Il est impossible de prendre conscience de soi si l'on n'a pas une altérité pour référent.

En effet, toute prise de conscience de soi résulte d'un processus de reconnaissance, c'est à travers l'autre que je prends conscience de moi-même, à travers le regard d'autrui.

Il faut donc que je me pense comme un corps, appréhendable et saisissable par autrui pour que je prenne conscience de moi.

Seul le contact charnel, la certitude physique, peut me donner une conscience certaine et indubitable de moi, car la conscience de soi est une conscience d'être pour autrui. - Si prendre conscience de soi n'implique pas de prendre conscience de son corps, alors nous ne pourrions avoir conscience de rien d'autre.

Le corps est l'intermédiaire de notre conscience avec le monde, il est l'instrument de notre conscience car il reçoit les données du monde extérieur et les restituent à la conscience.

Une prise de conscience sans prise de conscience de notre corps est stérile.

Il est évident que si la conscience n'était pas logée dans un corps, c'est-à-dire un objet positivement réel qui fait partie du monde, elle n'aurait rien à penser, rien d'autre qu'elle-même puisqu'elle n'aurait aucun accès au monde, que seul le corps est en mesure de donner. - Merleau-P onty explique qu'on ne peut pas sortir de notre corps, et que par conséquent, notre pensée est une pensée du corps.

Il est vain selon lui de distinguer le corps et l'esprit, car les deux sont indissolublement liés dans leur rapport au monde.

L e c o r p s de l'homme est toujours déjà là, et par conséquent toute expérience sensible ou intellectuelle qu'il aura sera toujours subjective, en tant qu'expérience intérieure à un corps.

Penser, c'est donc penser à travers un corps.

Le corps n'est pas seulement un instrument pour la pensée, il en est aussi un récepteur.

La pensée est toujours prise dans cette réflexivité du corps qui pense les choses en même temps qu'il se pense lui-même, qui est extérieur et intérieur à la fois.

Il faut revenir à la réalité concrète du corps vécu soulignée par M erleau-Ponty pour comprendre alors que l'on ne peut accéder qu'à des phénomènes, c'est-à-dire aux choses telles qu'elles nous apparaissent (ce qui peut être différent de ce qu'elles sont vraiment, et qu'on ne connaîtra jamais).

La pensée ne peut jamais être absolue, mais se développe dans un contexte phénoménal lié à la présence du corps qui lui est imputé. Conclusion : P rendre conscience de soi, c'est prendre c o n s c i e n c e d e s a pensée, dans le mouvement initial d'une pensée qui s e saisit comme pensée.

P rendre conscience de soi, c'est donc prendre conscience d'être pensant, avant même de prendre conscience de notre corps.

Mais en réalité, on s'aperçoit que penser requiert un corps, et que par conséquent il ne saurait y avoir de prise de conscience de soi sans prise de conscience d'un corps.

Une pensée sans un corps qui lui donne cet accès à l'extériorité, serait une pensée vide car repliée sur elle-même.

En fait, toute prise de conscience se fait par la médiation d'un corps, et l'on ne peut donc prendre conscience de soi que comme soi incarné, un soi qui s'aperçoit par l'intermédiaire des sens et par la reconnaissance d'autrui comme chose pensante, et corps à jamais entrelacé au monde dans lequel il vit.. »

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