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POPPER: Conscience de soi et animalité

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Certains animaux ont sans aucun doute une personnalité; ils possèdent quelque chose d'analogue à la fierté et à l'ambition, et ils apprennent à réagir à un nom. La conscience de soi humaine, en revanche, est ancrée dans le langage et (explicitement comme implicitement) dans des théories formulées. Un enfant apprend à utiliser son nom pour lui même et finalement, à employer un mot comme "ego" ou "je", et il en apprend l'usage avec la conscience de la continuité de son corps et de son moi [...]. La grande complexité et la non-indépendance de l'âme humaine, ou de l'ego humain, sont particulièrement manifestes quand on considère qu'il existe des cas où des personnes ont oublié qui elles sont; elles ont oublié tout ou partie de leur histoire passée, tout en ayant conservé, ou peut-être recouvré, une partie de leur ego. Dans un certain sens, leur mémoire n'a pas disparu, car [i]elles se souviennent de la façon[/i] de marcher, de manger, et même de parler. Mais [i]elles ne se souviennent pas qu'[/i]elles viennent de Bristol, ou alors de leur nom et de leur adresse. Comme elles ne savent plus rentrer chez elles (ce que les animaux savent faire en principe), leur conscience de soi est même tombée en deçà du niveau normal de la mémoire animale. Mais si elles n'ont pas perdu la faculté de parler, une conscience humaine supérieure à celle de l'animal est demeurée intacte. Popper, Popper, Toute vie est résolution de problèmes.

Selon Popper, on peut sans risquer de tomber dans l'anthropomorphisme reconnaître que certains animaux - supérieurs en particulier - manifestent certaines caractéristiques que la tradition réserve ordinairement aux êtres humains. En particulier, on peut très bien admettre que certains témoignent d'une personnalité, c'est-à-dire, d'une identité qui leur serait propre, personnelle, rassemblant des attitudes singulières ou des traits de caractère. Cette personnalité qu'on leur reconnaît aboutit parfois à leur donner une identité; on va désigner un spécimen par un nom qu'on lui donne. Popper ne se demande pas si ces qualités que l'on admet bien volontiers ne seraient pas en définitive les conséquences de l'imprégnation que subissent les espèces animales au contact des humains, imprégnation qui exigent des structures mentalement très simples du côté des espèces animales. Même l'éthologie réductionniste admettait un système de réflexes conditionnés (cf. le chien de Pavlov). Popper ne mentionne pas non plus le fait que les éthologues contemporains dénoncent les méfaits théoriques du milieu domestique ou du laboratoire pour l'observation comportementale. Ils préfèrent aujourd'hui privilégier les recherches en milieu naturel ou semi-naturel (parcs zoologiques ou réserves). En outre, les primatologues ont aussi renoncé à considérer l'apprentissage des singes chez certains primates comme la méthode unique pour faire "parler" ces derniers. Quant à la "fierté et à l'ambition", il ne s'agit jamais que de vertus sociales, propre à illustrer l'influence du groupe sur l'individu et sa réaction en retour. Là aussi on ne risque e forme d'anthropomorphisme.

« Certains animaux ont sans aucun doute une personnalité; ils possèdent quelque chose d'analogue à la fierté et à l'ambition, et ils apprennent à réagir à un nom.

La conscience de soi humaine, en revanche, est ancrée dans le langage et (explicitement comme implicitement) dans des théories formulées.

Un enfant apprend à utiliser son nom pour lui même et finalement, à employer un mot comme "ego" ou "je", et il en apprend l'usage avec la conscience de la continuité de son corps et de son moi [...].

La grande complexité et la non-indépendance de l'âme humaine, ou de l'ego humain, sont particulièrement manifestes quand on considère qu'il existe des cas où des personnes ont oublié qui elles sont; elles ont oublié tout ou partie de leur histoire passée, tout en ayant conservé, ou peut-être recouvré, une partie de leur ego.

Dans un certain sens, leur mémoire n'a pas disparu, car [i]elles se souviennent de la façon[/i] de marcher, de manger, et même de parler.

Mais [i]elles ne se souviennent pas qu'[/i]elles viennent de Bristol, ou alors de leur nom et de leur adresse.

Comme elles ne savent plus rentrer chez elles (ce que les animaux savent faire en principe), leur conscience de soi est même tombée en deçà du niveau normal de la mémoire animale.

Mais si elles n'ont pas perdu la faculté de parler, une conscience humaine supérieure à celle de l'animal est demeurée intacte. Popper, Popper, Toute vie est résolution de problèmes. Karl Popper produit dans cet extrait une réflexion de nature épistémologique sur le thème de la conscience.

Sur une question rebattue de la tradition philosophique, à savoir la différence entre l'homme et l'animal, il va proposer de nouvelles raisons théoriques de maintenir une telle distinction.

A ce titre, son épistémologie sera de type rationaliste.

Mais c'est un rationalisme qui lève un tabou métaphysique et qui n'hésite plus à faire de la conscience un produit biologiquement explicable par l'évolution des espèces.

Ici, Popper va s'intéresser aux conditions de possibilité d'émergence de la conscience tant au niveau phylogénétique qu'ontogénétique.

C'est dans le langage qu'il va trouver la principale de ces conditions.

Le langage ne sera pas pour lui un quelconque attribut métaphysique donné en partage à l'homme, mais l'instrument théorique essentiel, rendant possible pour la conscience l'accès à la connaissance objective.

Car c'est bien ici d'une épistémologie du sujet dont il s'agit.

La conscience humaine ne se distinguant alors non pas sa coloration subjective, mais par sa capacité d'atteindre à la connaissance objective. Selon Popper, on peut sans risquer de tomber dans l'anthropomorphisme reconnaître que certains animaux supérieurs en particulier - manifestent certaines caractéristiques que la tradition réserve ordinairement aux êtres humains.

En particulier, on peut très bien admettre que certains témoignent d'une personnalité, c'est-à-dire, d'une identité qui leur serait propre, personnelle, rassemblant des attitudes singulières ou des traits de caractère.

Cette personnalité qu'on leur reconnaît aboutit parfois à leur donner une identité; on va désigner un spécimen par un nom qu'on lui donne.

Popper ne se demande pas si ces qualités que l'on admet bien volontiers ne seraient pas en définitive les conséquences de l'imprégnation que subissent les espèces animales au contact des humains, imprégnation qui exigent des structures mentalement très simples du côté des espèces animales.

Même l'éthologie réductionniste admettait un système de réflexes conditionnés (cf.

le chien de Pavlov).

Popper ne mentionne pas non plus le fait que les éthologues contemporains dénoncent les méfaits théoriques du milieu domestique ou du laboratoire pour l'observation comportementale.

Ils préfèrent aujourd'hui privilégier les recherches en milieu naturel ou semi-naturel (parcs zoologiques ou réserves).

En outre, les primatologues ont aussi renoncé à considérer l'apprentissage des singes chez certains primates comme la méthode unique pour faire "parler" ces derniers.

Quant à la "fierté et à l'ambition", il ne s'agit jamais que de vertus sociales, propre à illustrer l'influence du groupe sur l'individu et sa réaction en retour.

Là aussi on ne risque nulle forme d'anthropomorphisme. Non seulement on ne risque rien de tel à le dire, mais surtout ce la permet de faire avancer l'état du problème. Comme bon nombre d'éthologues contemporains, Popper pense que c'est le langage qui témoigne d'une discontinuité profonde entre l'homme et l'animal.

Les fonctions linguistiques ne sont pas des fonctions parmi d'autres.

C'est le langage qui est à l'origine de la conscience de soi et des différentes modalités de la conceptualisation.

Et ce qui fait l'originalité du point de vue de l'auteur, c'est de dire que la conscience humaine ne se caractérise pas par sa dimension subjective mais par son fonctionnement d'emblée conceptuel, rendant possible des capacités d'abstraction.

Contrairement à ce que pense le sens commun et la tradition - celle-ci ne faisant que légitimer celuilà -, l'attitude subjective n'est pas le privilège exclusif de l'homme puisque ce dernier la partage avec certains animaux.

Le comportement de l'animal va cependant s'en tenir à des fonctions expressives ou à des fonctions d'appel; il va exprimer ses attentes et ses émotions.

En bref, il se cantonne à une connaissance subjective.

Ce qui caractérise l'homme, c'est l'apparition de la connaissance objective.

Cette dernière va être rendue possible par l'extériorisation de la connaissance de l'homme au travers du langage et des théories qu'il élabore.

C'est l'extériorisation linguistique de son savoir qui explique la supériorité de l'homme.

Le langage et les produits du langage gagnent une sorte d'autonomie; ils s'autonomisent de l'organe qui les a proférés.

Allons plus loin et disons même que les théories que l'esprit humain échafaude sur le monde sont comme des organes exosomatiques - de même que les organes sont peut-être des théories endosomatiques (cf.

« Une épistémologie sans sujet connaissant », in La connaissance objective).

Formulées linguistiquement, ces théories peuvent même être critiquées par celui-là même qui les a produites.

Ne mourant pas de ses théories, contrairement aux animaux qui payent souvent de leur vie les erreurs commises ou les tentatives ratées, l'homme peut mettre à l'épreuve ses théories, qui sont indépendantes de lui, et les faire évoluer.

Dans l'histoire humaine, ce sont alors, plus que le corps humain, les théories intellectuelles qui évoluent en un mouvement, qui en retour, modifie celui qui les a créées. En définitive, la position de l'auteur ne consiste pas à répéter ce que la tradition du rationalisme classique, métaphysique, avait pu dire depuis bien longtemps, à savoir que l'homme est un être de raison, dont la supériorité. »

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